Les chercheurs africains en marche contre le paludisme

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En général, nous ne célébrons pas le paludisme en Afrique. C’est plutôt un fléau à vaincre. Nous sommes très nombreux à nous battre, jour après jour, contre cette menace insidieuse qui pèse sur nos enfants. Nous qui, en tant que chercheurs, étudions les moyens de le vaincre, nous sommes très souvent témoins de ses ravages. Mais en cette Journée mondiale de lutte contre le paludisme, généralement consacrée à réfléchir au fardeau de la maladie, nous devrions aussi célébrer les progrès accomplis dans la lutte antipaludique.

Les décès dus au paludisme dans le monde semblent avoir diminué, pour passer d’environ un million en 2000 à moins de 800 000 en 2009. Comment y sommes-nous arrivés ? La communauté internationale s’est engagée à généraliser l’usage des moustiquaires imprégnées d’insecticide, les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine et les pulvérisations intra-domiciliaires. De telles mesures doivent être généralisées, car la maladie fait encore payer un tribut bien trop lourd. Mais cela ne suffira sans doute pas.

Nous savons d’expérience qu’une résistance aux médicaments antipaludéens et aux insecticides peut apparaître très rapidement et compromettre gravement notre capacité à contrôler la maladie. Nous savons d’ores et déjà qu’il nous faudra améliorer les mesures actuelles de contrôle du paludisme et découvrir de nouvelles armes pour le combattre. Pour cela, il est nécessaire d’investir dans la recherche et de développer les capacités requises pour mener des travaux d’investigation.
Récemment, on a vu deux phénomènes se conjuguer dans la quête d’un vaccin antipaludéen efficace : les efforts menés pour élaborer de nouveaux outils de prévention et une campagne de renforcement des capacités africaines dans le domaine de la recherche clinique. La vaccination constitue l’une des meilleures interventions possibles en matière de santé publique, mais un vaccin antipaludique semblait hors de portée. Aujourd’hui pourtant, un candidat prometteur a progressé plus loin que tout autre au stade des essais cliniques.

En janvier 2011, les recrutements portant sur 15 460 nourrissons et jeunes enfants pour les essais cliniques de phase III du candidat vaccin antipaludéen RTS,S se sont achevées sur onze sites dans sept pays africains..

Le RTS,S est développé par GlaxoSmithKline Biologicals, la Malaria Vaccine Initiative (MVI) et des centres de recherche africains. L’étude, qui devrait se terminer en 2014, permettra de prendre des décisions tant scientifiques que politiques quant à une possible mise en circulation du vaccin à partir de 2015. S’il est approuvé et recommandé, le RTS,S viendrait s’ajouter aux interventions actuelles en matière de contrôle du paludisme et pourrait sauver des centaines de milliers de vies.
Comme pour toutes les mesures de contrôle du paludisme, il a fallu de longues recherches pour en arriver à ce stade. Et pour pouvoir mener ces travaux, nous devions donner à nos chercheurs les moyens de remplir leur mission.

À Bagamoyo, en Tanzanie, par exemple, nous avons pu disposer, pour mener des essais sur le vaccin antipaludique, d’un nouveau centre de recherches convenablement équipé, d’un service de pédiatrie rénové et de meilleures télécommunications, et ce grâce à l’appui de la MVI et de INDEPTH – Malaria Clinical Trials Alliance (MCTA). Les installations serviront à présent à tester d’autres types de médicaments et de vaccins antipaludéens ou antituberculeux. Il est désormais acquis qu’il est possible de mener des recherches à un niveau jugé impossible auparavant, avec pour résultat une implication plus grande des chercheurs africains souhaitant trouver des solutions à des problèmes sanitaires africains.

À l’autre bout du continent, dans la petite ville de Nanoro, au Burkina Faso, un centre de recherches complètement équipé a vu le jour au sein de l’hôpital de district Saint Camille. Bien que Nanoro ait été sélectionné comme centre sentinelle pour la surveillance de la résistance aux médicaments antipaludéens, les recherches étaient gravement entravées par le manque d’électricité ou l’absence d’une infrastructure adéquate pour appuyer une équipe permanente. Les investissements faits pour tester le vaccin ont poussé les pouvoirs publics à étendre le réseau électrique pour englober le site et la ville tout entière. Le centre, qui ne possédait que deux projets et n’employait que dix personnes en 2009, s’est développé, avec aujourd’hui 20 projets procurant de l’emploi à 150 personnels clinique ou d’appui.

Ce renforcement des capacités en matière de recherche est de bon augure pour la lutte contre le paludisme et autres problèmes sanitaires propres au continent. L’infrastructure aura un effet permanent, et pas seulement au laboratoire ou dans les cercles académiques. Lorsque les chercheurs et le personnel médical disposent d’installations et de matériel de qualité, il est possible d’engager des individus hautement qualifiés et cela contribue grandement à la qualité des services de santé au niveau national.
Au niveau communautaire, l’impact des essais cliniques est encore plus évident. À Bagamoyo, l’amélioration de la qualité des soins de santé a été telle qu’un nombre croissant d’enfants se rendent au centre de santé lorsqu’ils tombent malades, ce qui concourt à améliorer le bien-être général des jeunes de la communauté.

À Nanoro, l’électrification du site a eu un impact bénéfique sur la santé et le bien-être général. L’hôpital dispose à présent des réfrigérateurs nécessaires pour entreposer les vaccins, mais aussi d’équipements chirurgicaux ou de matériel diagnostique. L’approvisionnement en eau s’est amélioré avec l’installation de pompes électriques fiables. Et les écoles comme les élèves – qui représentent peut-être la prochaine génération de chercheurs – peuvent prolonger leurs heures d’étude après la tombée de la nuit.

De l’ Afrique de l’Est à l’Afrique de l’Ouest ou dans des centres situés entre les deux, nous voyons des chercheurs et des personnels de santé africains, des décideurs politiques et des collectivités locales qui travaillent dur pour mettre des mesures de contrôle en place aujourd’hui et ¬créer de nouveaux outils pour demain. Si nous persévérons, nous pourrons un  jour réellement commémorer l’éradication de la maladie lors de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme.

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