Les causes des violences sexuelles au centre d’un débat à Kinshasa

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International Alert, une organisation de droit britannique a, mardi 26 octobre 2010 au Cercle Le gourmand, rendu public un rapport sur les violences sexuelles en RD Congo. Ce rapport, fruit de cinq chercheurs,  a porté sur la problématique de s’assurer que les violences sont, oui ou non, une arme de guerre dans la partie Est du pays.  

            Les chercheurs en sont arrivés à noter que trois types de problèmes semblent expliquer la persistance de ce que les gens ordinaires conçoivent comme l’état de guerre. En premier lieu, la pauvreté, comme en témoignent les problèmes fonciers, de subsistance et d’identité. 

Le deuxième type, c’est la faiblesse des structures étatiques et ses conséquences : la corruption et l’impunité. « Non seulement l’Etat n’exerce toujours pas de monopole sur l’exercice de la force, mais là où les forces armées sont présentes, elles sont généralement impliquées dans les abus commis sur la population civile », renseigne le résumé du rapport, commenté par Jeanne d’Arc Mihigo, l’un des chercheurs. Il a été porté à l’attention de l’assistance que la loi sur les violences sexuelles entrée vigueur en 2006 – pourtant une déclaration importante, n’est, d’une façon générale, pas appliquée.

            Mme Mihigo en est arrivée à se rendre compte que la combinaison de l’insécurité physique et de l’insécurité économique avec lesquelles les revendications économiques et identitaires sont intimement mêlées. Et à l’égard desquelles la théorie et la pratique de l’autorité de l’Etat sont si différentes, met à l’épreuve le sentiment d’ordre et de justice qu’éprouve la population, et par là même, leur sens de soi. « Lorsque les actes individuels de violences sexuelles sont permis par un contexte de forte militarisation, d’impunité et de paupérisation, ils peuvent être vus comme un crime d’opportunité, mais cela n’explique pas pourquoi les auteurs sont à la recherche de ces opportunités », selon le résumé du rapport qui conclue que l’analyse des violences sexuelles comme indicateur de la guerre ; est donc essentielle, car « elle suggère qu’elles sont une réponse individuelle aux pressions créées par les différents conflits, notamment la guerre contre le sens de soi et de la communauté ».  

Rutshuru : bastion des « violeurs» 

            Dans les Kivu, un certain nombre de sites ont été ciblés pour mener à bien la recherche : Rutshuru et Uvira, tandis que les sous sites sont notamment Lubero, Kaniola et autres localités où ont été relevés de taux élevé de cas des violences sexuelles. Les informants, ont été, entre autres, les autorités policières, les Ong des droits de l’homme, les prestataires de services, les enseignants et le clergé local.

            Au chapitre des recommandations, le rapport plaide pour un travail sur la militarisation et l’insécurité, la mise en place des mécanismes de coordination dans la collecte et la gestion des statistiques. 

Les « larmes » de Zink 

            Sous la modération de Georges Tshionza, les échanges ont donné l’occasion à l’ambassadeur de l’Union européenne en RDC, dont l’institution a pris en charge le processus ayant abouti à l’élaboration du rapport, pour se lâcher.  D’entrée de jeu, Richard Zink a reconnu que le phénomène des violences sexuelles est « extrêmement complexe multidimensionnel ».      

            Les souffrances physiques, psychologiques des victimes sont évidentes et les conséquences sociales, en particulier, le rejet par des communautés, aggravent la situation de chaque individu concerné, a reconnu le chef de la Délégation de l’UE. La hauteur du financement de l’Ue destiné à la prise en charge des victimes des violences sexuelles s’élève à environ 3 millions d’euros en 2010. Et les hôpitaux Heal Africa de Goma et Panzi de Bukavu ont pu bénéficier des fonds pour se spécialiser davantage dans les réparations chirurgicales des victimes.

Visiblement touché, l’ambassadeur a souligné être d’avis que si l’utilisation des actes de violences sexuelles comme arme de guerre semble de plus en plus guider les agressions commises par les groupes armés illégaux, certaines études soulignent également qu’une proportion croissante d’agressions sexuelles est commise par des civils.

            Ça et là, des cas de violences sexuelles ont été épinglés. Notamment à Uvira où l’on a identifié 512 cas tandis qu’à Walungu, le rapport fait état d’environ 3000 cas. Ici, 2% d’hommes ont fait l’objet de violences, selon le rapport.

            Il y a lieu de noter que le mot de bienvenue a été lu par la directrice de International Alert, Annie Bukaraba.                 D-I.K

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