L’éradication des groupes armés devient une préoccupation nationale

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miliciens_kata_katangaLe Projet Usalama a dévoilé hier lundi 4 novembre 2013, dans l’après-midi, à l’Hôtel Sultani, l’étude sur les groupes armés de la RDC que viennent de réaliser sur le terrain, et dans des conditions éprouvantes, trois chercheurs de l’Institut de la Vallée du Rift. La conférence intitulée «  Comprendre les groupes armés congolais » et animée par le directeur du projet Jason Stearns, le professeur Koen Vlassenroot de l’Université de Gand en Belgique, et Mme Judith Verweijen, sous la modération de Willy  Mikenye, s’est focalisée sur les conclusions de ce travail de recherche et les considérations d’ordre politique.

Cette étude souligne la problématique des groupes rebelles M 23 et FDLR et les milices Maï-Maï qui au départ, s’érigeaient en mouvements de protection des communautés locales, pour finir par apparaître comme des bandes armées affichant des revendications politiques et réclamant une autonomie de gestion des territoires et des villages sous leur contrôle. En définitive, ces groupes rebelles se sont constitués en vecteur de l’insécurité. Aussi pour restaurer l’autorité de l’Etat, la paix det assurer la stabilité des institutions de l’Etat, les chercheurs ont abouti à plusieurs recommandations. La plus importante est leur éradication et le lancement du processus de DDRR ( Démobilisation, désarmement, réintégration et réinsertion), par les Fardc.

            Jason Stearns  a rappelé les étapes de la réalisation de l’étude, avant d’aborder les points sur la prolifération des groupes armés dans l’Est de la RDC, les historiques de ces groupes dans les Kivu, et leur persistance. A ce sujet, le directeur du projet Usalama est remonté à l’origine pour faire observer que ces différents groupes Maï-Maï ont été créés depuis l’invasion de l’Est du pays par les FDLR et puis, par le CNDP et le M 23. C’est une réponse des autochtones au vide sécuritaire laissé après les incessants mouvements des Fardc. Dans le Sud-Kivu, ces groupes dénommés Raïa Mutomboki qui signifie la population est fâchée, ont mis en déroute les FDLR, au lendemain du meurtre des négociants de la province tombés dans une embuscade de ces rebelles rwandais, alors qu’ils se rendaient pour écouler des articles de traite dans les mines d’exploitation artisanale. A cette époque, a fait savoir le professeur Koen Vlassenroot, ils se sont constitués en mouvement d’auto-défense des communautés locales. Il s’est révélé par la suite, qu’ils seront instrumentalisés par des politiciens, s’équipant en armes et imposant des taxes aux paysans. Lors des opérations d’intégration, certains de leurs membres ont été élevés au sein des Fardc, à des grades supérieurs. Mme Judith Verweijen a reconnu pour sa part que c’était un message que tous les groupes armés ont bien capté. Car, il est apparu que c’est en prenant des armes qu’on peut arracher des grades et des postes de responsabilité, peu importent les crimes commis sur les populations. Cette chercheuse a alors déploré l’intégration des groupes armés qui n’a pas tenu compte de la méritocratie, ni de l’entrainement militaire. Pour la plupart, ces Maï-Maï ne sont pas passés par une formation militaire classique. Ne répondant qu’à leur hiérarchie, ils ont créé des problèmes de commandement au sein des Fardc, au point qu’il n’y avait pas de coordination dans les différents fronts. Fort du soutien du Rwanda, le CNDP mué en M 23 imposait ses options au gouvernement congolais. Avec sa mise en déroute, ces rebelles doivent passer par le processus DDRR. Et a indiqué Mme Judith, c’est le lieu de renforcer la réforme de l’armée et débattre de toutes les questions au niveau du Parlement qui doit produire de bonnes lois pour le pays. Les grands maux qui minent la réforme sont la détérioration de la méritocratie,  la distribution des grades, le déséquilibre entre les officiers non formés sur ceux sortis de grandes académies militaires, des généraux hommes d’affaires, les groupes armés intégrés sans être désarmés et qui favorisent la disparition des armes dans leurs unités et la fuite d’informations.

            A l’issue de cette conférence, les participants se sont intéressés à la responsabilité des multinationales, à la capacité du gouvernement congolais à achever la réforme de l’armée, de la police et de la sécurité et justice. C’est à cette préoccupation que le coordinateur du Réseau de la réforme de services de sécurité et justice, Emmanuel Kabengele a répondu à la presse, en rappelant la volonté de son organisation et de ses partenaires d’œuvrer pour le retour de la stabilité et de la paix sur l’ensemble du territoire national, à travers les structures de suivi mises sur pied par le gouvernement.

                                                                                                        J.R.T.

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