L’endométriose : un diagnostic tardif peut conduire à la stérilité chez la femme

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L’endométriose A l’occasion de la journée mondiale de l’endométriose (une maladie méconnue et douloureuse qui peut rendre certaines femmes et filles stériles), célébrée le 13 mars de chaque année,Le Phare a interrogé Robert Bavi, gynécologue obstétricien de la clinique «  La Trinité », située dans la commune de Kasa-Vubu. Dans cette interview, le médecin décrit la maladie, ses symptômes, ses causes, etc. Cela dans le but d’informer les femmes encore ignorantes de cette maladie sur le danger d’un diagnostic tardif. Entretien.

Le Phare : Qu’est l’endométriose ?

Dr Robert Bavi : L’utérus  est composé de 3 couches. En partant de l’extérieur vers l’intérieur, nous avons la séreuse, le myomètre et l’endomètre. L’endométriose est une situation particulière de l’endomètre, la couche interne de la matrice,  qui se retrouve aussi en dehors de sa localisation naturelle. Ce positionnement anormal dit endométriose peut se localiser n’importe où, dans les ovaires, dans les muscles utérins, au niveau des trompes, des intestins, du nombril ou du vagin.

 

Comment reconnaître les symptômes de cette maladie ?

Il  y a  surtout des douleurs atroces pendant les règles. Par rapport à la localisation de la maladie, Il peut y avoir des douleurs pendant les rapports sexuels. Pendant qu’on fait les selles, on peut remarquer aussi le sang dans les urines. Pendant les règles, dans le cas où c’est la vessie qui est atteinte. La maladie peut se situer aussi au niveau du nombril et se caractérise souvent par un saignement, du vagin où l’on remarque quelque chose de bleuâtre qui apparaît, etc.   Mais si la maladie a tellement évolué, ces signes  n’accompagnent pas toujours les règles douloureuses.

 

Quelles sont les causes de la maladie ?

En réalité, les causes de l’endométriose restent jusqu’à présent mystérieuses. Elles ne sont pas encore élucidées de manière précise. On ne sait pas pourquoi les unes en souffrent et pourquoi pas les autres. Normalement, les règles de la femme s’é coulent essentiellement en dehors de l’utérus en passant par le vagin, jusqu’à l’extérieur. Mais il y a une petite  partie qui peut refouler à travers les trompes et aller dans la cavité abdominale, aux intestins, etc. En principe, le corps nettoie tout ce qui n’est pas à sa place en le rejetant ou en le détruisant. C’est ainsi que généralement, le tissus endométrial qui entre dans les règles à travers les trompes devraient être détruit par les organismes naturels. Pour la plupart des femmes, ça se passe ainsi et elles ne souffrent pas de l’endométriose. Mais chez certaines, pour des raisons qui ne sont pas très bien connues, ces cellules se plantent sur des organes qui se trouvent en dehors de l’utérus sans être détruites.

 

Est-il facile de diagnostiquer l’endométriose ?

On peut facilement diagnostiquer la maladie à partir d’un interrogatoire et d’un examen clinique qui peut orienter vers la probabilité de l’endométriose.  Et il faut aussi savoir que l’endométriose est découverte  généralement entre 25 et 50 ans. La moyenne est autour de 40 ans quelque fois. Il arrive de fois qu’on la découvre avant cet âge, soit à cause des problèmes  de stérilité, soit parce qu’on a à tout moment des douleurs, etc. C’est pourquoi une jeune femme non ménopausée doit penser à l’endométriose lorsqu’elle connaît ces symptômes. Bref, pour se rassurer de la présence de l’endométriose, nous faisons le toucher vaginal parce qu’elle peut déjà donner une idée sur la possibilité d’endométriose. Il y a l’hystérographie, l’échographie pour voir l’aspect de l’utérus par exemple, la résonnance magnétique qui donne des précisions presqu’à 90% qu’il s’agit d’une endométriose. L’hysteroscopie est l’examen de certitude parce qu’on entre plus en profondeur.

 

Quelles sont les conséquences que courent les femmes qui en souffrent ?

Le fait d’abord d’être handicapée par des douleurs pendant les règles vous cause des dommages parce  qu’il est difficile de travailler ou vaquer à ses occupations. En plus, la qualité des rapports sexuels en dépend parce qu’on ne sera pas en mesure de satisfaire complètement son partenaire dans cet état.  Cette maladie peut aussi conduire à la stérilité au cas où les trompes sont abimées. Et cela peut causer le divorce étant donné que la femme qui en souffre a du mal à concevoir. Hormis cela, c’est une maladie qui peut amener à un coût élevé du traitement au niveau du couple mais aussi au niveau de la société si dans le pays, il y a un système des soins communautaires.

 

L’endométriose est-elle une maladie facilement guérissable ?

Si la maladie est découverte au début, elle est facile à traiter. Il y a des médicaments ou des piqûres qu’on donne tels que la pilule, et les analogues LH-RH. Mais le vrai traitement est chirurgical parce qu’il faut détruire les implants d’endométriose là où ils se trouvent. Et si l’organe est complètement abîmé, on enlève cette partie mais on peut aussi assurer sa réparation. Tout dépend du stade auquel se trouve la maladie puisque celle-ci en a quatre.  Généralement, on utilise la chirurgie soerioscopique pour pouvoir détruire la maladie si elle n’est pas étendue. Si elle est étendue, on peut couper la partie abîmée pour pouvoir libérer la personne de sa souffrance.

 

Une femme atteinte de l’endométriose peut-elle concevoir ?

 

Il y en a qui conçoivent. Mais dans la plupart des cas, il y a des obstacles sur le passage des gamètes pour féconder l’ovule. Cet obstacle fait que soit, on peut concevoir mais il peut arriver que la grossesse se situe  en dehors de l’utérus. Dans ce cas, la grossesse ne saura pas évoluer vue qu’elle n’est pas à son endroit idéal. Conséquence, elle peut  éclater et faire une hémorragie qui pourrait amener à  la mort. A ce stade, ce n’est pas l’endométriose qui tue mais c’est la grossesse mal implantée qui peut tuer par la suite d’une hémorragie.

 

Est-il possible de prévenir la maladie ?

Non ! Parce qu’on ne sait pas qui va l’attraper d’avance. On ne sait pas qu’est-ce qui fait qu’un groupe détruise ces cellules et pas d’autres. Donc, il faudrait arriver à un traitement immunologique c.à.d. donner des vaccins à des personnes à risque. Mais on ne sait pas qui sont ces personnes à risque. On peut diagnostiquer à posteriori mais c’est difficile de le faire à priori.

Durant votre longue carrière de gynécologue obstétricien, avez-vous déjà diagnostiqué des cas d’endométriose ?

Bien sur ! Je pense que dans notre pays, le pourcentage doit être élevé mais il est difficile de faire les statistiques parce que les femmes ne viennent pas systématiquement voir le médecin au moment où la douleur commence ni pour un simple diagnostic. L’endométriose est plus connue et fréquente en Europe où on a commencé à s’intéresser à cette maladie. Parce que là, avant de prescrire le médicament, il était obligatoire de faire l’hysteroscopie pour se rassurer qu’il s’agit bel et bien de ça. En faisant ce test, on trouvait qu’il y avait environ 2/3 d’endométriose dans les groupes des femmes qui souffrait des douleurs des règles. Mais en RDC, les femmes n’y accordent aucun intérêt même quand elles sont informées de la maladie.

 

Perside Diawaku et

Myriam Iragi 

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