L’empire du crime permanent

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Le bilan des 50 ans de la République Démocratique du Congo se confond avec celui d’un empire du crime permanent. La grande série noire démarre en août 1961, avec l’exécution publique, à aéroport de Bakwanga, de plusieurs députés du MNC, dont Jean-Pierre Finant, Pierre Elengesa, Joseph Mbuyi… sous le règne de l’Etat sécessionniste du Sud-Kasaï piloté par l’Empereur Albert Kalonji 1er du Mulopwe. Il s’ensuit peu après le massacre de Bakwanga. En effet sur ordre du Premier ministre Lumumba, l’armée du colonel Mobutu s’en va tuer des milliers d’innocents dans la cité minière de Bakwanga, actuellement Mbuji-Mayi, sous prétexte de vouloir écraser ce mouvement sécessionniste, alors que l’offre de dialogue se précise entre Joseph Kasa-Vubu et Albert Kalonji.
Quelques semaines plus tard, le colonel Kokolo tombe sous les balles du contingent ghanéen de l’ONUC (Organisation des Nations Unies Congo), chargé de la sécurité du Premier ministre Patrice Lumumba, déchu de ses fonctions depuis le 15 septembre 1960 et objet d’un mandat d’arrêt que devrait exécuter l’officier supérieur et ses hommes.

Lumumba, victime d’un complot

Le 17 janvier 1961, Patrice Emery Lumumba, aux arrêts peu avant la fin de l’année 1960, est exécuté dans la brousse proche de l’aéroport international de la Luano, après avoir transité par la prison de Mbanza-Ngungu. Moïse Tshombe, chef de l’Etat sécessionniste du Katanga et son ministre de l’Intérieur, Godefroid Munongo, sont cités parmi les donneurs d’ordre de sa mise à mort. Le dernier cité est même signalé parmi les témoins visuels de la besogne accomplie par un peloton d’exécution au sein duquel l’on compte quelques soldats belges.

Mais, on laisse entendre que le prisonnier convoyé par Mukamba, Kazadi et autres de Kinshasa à Lubumbashi, serait arrivé dans cette ville à demi mort, car victime de pires tortures.
Le colonel Mobutu est signalé comme l’architecte du scénario de l’arrestation du Premier ministre, sous la supervision d’officiels occidentaux, notamment américains et belges. La disparition de Lumumba fait grand bruit mais les traces du crime sont effacées avec l’immersion de ses restes dans un bain d’acide sulfurique, dit-on.

 

La vengeance des « héritiers » de Lumumba

Après l’exécution de Lumumba et la disparition de son corps, ceux qui se considèrent comme ses héritiers spirituels décident de se venger à leur manière, en lançant une rébellion armée contre le pouvoir central. De 1961 à 1964, les ténors de la « République Populaire du Congo », à savoir Antoine Gizenga, Christophe Gbenye, Soumialot et Olenga font régner la terreur dans la partie Est du pays. A Kisangani, le stade Lumumba est transformé en un abattoir public des milliers de « traîtres » à la cause de la « révolution ». Parmi les victimes les plus célèbres du régime sanguinaire de Kisangani, l’on cite le Bienheureuse Anuarité Nengapeta, la religieuse catholique torturée et mise à mort pour avoir refusé d’hypothéquer sa virginité et partant de trahir son serment de chasteté.
Ce mouvement rebelle trouve en Pierre Mulele un allié de taille, qui met le feu au Kwilu en 1963-1964. Au cours de l’année 1964, la contre-offensive gouvernementale, sous le mandat du Premier ministre Moïse Tshombe, se traduit aussi par des milliers de morts. Selon un bilan que dresse le lieutenant général Joseph Désiré Mobutu, en décembre 1965, dans son premier discours-meeting au stade Roi Baudouin (Stade Tata Raphaël) de Kinshasa, les différentes rébellions auraient causé plus de 500.000 morts, un chiffre contesté par plusieurs sources, qui pensent à un bilan mortuaire deux à trois fois inférieur.

Les martyrs de la Pentecôte

En mai 1966, Mobutu annonce un complot dont est victime le « Nouveau Régime ». Les ennemis de la paix et de la stabilité politique s’appellent Evariste Kimba, Emmanuel Bambi, Anani et Mahamba. Au terme d’un procès sommaire, ils sont condamnés à mort. Leur pendaison publique a lieu le dimanche de la Pentecôte, à la Grand’Place du Pont Cabu, au site où se trouve érigé présentement le stade dit des Martyrs de la Pentecôte, inauguré en 1993 et baptisé « Kamanyola » sous le régime Mobutu.

Schramme et Bob Denard

Deux mercenaires, l’un Belge, Jean Schramme, et l’autre Français, Bob Denard, se signalent en I967 par deux vagues de rébellions armées ayant pour zones d’occupation la Province Orientale et le Kivu. Des centaines de Congolais y périssent, avant que l’Armée Nationale Congolaise, avec le concours d’un contingent belge, ne réussisse à récupérer les territoires occupés.

Tshombe et Pierre Mulele à la trappe

En 1969, Moïse Tshombe, en exil en Espagne, est piégé par l’ambassadeur du Congo à Bruxelles, Bernardin Mungul Diaka, qui le fait croire à une affaire en or à négocier avec un homme d’affaires français. Hélas, l’avion qui doit l’amener au lieu du rendez-vous va se poser à Alger. Une fois dans la capitale algérienne, il se retrouve prisonnier politique, jusqu’à sa mort. Le coup fourré est signé Mobutu, avec la complicité de son homologue Boumediene.
En 1968, Pierre Mulele, qui est toujours dans le collimateur de Mobutu depuis son aventure militaire de 1963 à 1965 dans le Kwilu, au Bandundu, commet l’erreur de quitter le Congo/Brazzaville, sa terre d’asile, pour Kinshasa. Il se laisse en effet embobiner par le discours de l’homme fort du « Nouveau Régime » en rapport avec la « Révolution-pardon ». C’est Justin Marie Bomboko en personne qui se charge d’aller le chercher à Brazzaville, après que Mobutu ait garanti au président Marien Ngouabi que rien de fâcheux n’arriverait à cet enfant prodigue de retour d’exil.
Mais, dès que Pierre Mulele met ses pieds à Kinshasa, il est arrêté quelques jours après son arrivée et exécuté nuitamment. Mobutu justifie son acte par l’impératif de faire payer ses crimes à celui qui porte sur sa conscience le sang des milliers de compatriotes, civils comme militaires, tués lors de sa rébellion non seulement au Kwilu mais aussi en Province Orientale et au Kivu.

Les victimes de la dictature

De 1965 à 1990, la « Révolution » intervenue le 24 novembre 1965, date de la chute du régime Kasa-Vubu et de la prise du pouvoir par Joseph-Désiré Mobutu, a « mangé » plusieurs de ses fils. Quelques noms célèbres sont restés dans les annales, tel celui de Prosper Madrandele Tanzi, Directeur du Bureau Politique du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution), victime d’un empoisonnement au cours d’une réception officielle en 1974 à Lubumbashi. La chronique laisse entendre que le poison était destiné à son voisin de table, le Cardinal Joseph-Albert Malula.
Il y a aussi celui du général Masiala Kinkela Kulukangala, président de la Cour militaire ayant jugé et condamné à mort les « Conspirateurs », un groupe d’officiers sortis des académies militaires occidentales, accusés d’être à la base des préparatifs d’un coup d’Etat en 1975. Ce galonné trouve la mort dans un accident d’hélicoptère apparemment planifié. Il est « puni », raconte-t-on, pour avoir savoir à Mobutu qu’il était injuste de sanctionner des innocents contre lesquels la Cour militaire n’avait pas réuni des preuves suffisantes d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

La gaffe de Munongo

En 1992, la Conférence Nationale Souveraine appelée à mettre un terme à l’ordre ancien et à jeter les bases d’un Etat de droit, aborde l’étape des déballages. La Commission des assassinats politiques s’apprête à entendre Godefroid Munongo, ancien homme fort de l’Etat Sécessionniste du Katanga et témoin oculaire de l’exécution de Patrice Lumumba en janvier 1961 à Lubumbashi.
Avant de se présenter devant la commission ad hoc, il croit utile d’aller demander conseil à Mobutu, dans sa résidence de Gbadolite, transformée en nouveau siège de la Présidence de la République. Nul ne sait ce qui se passe entre lui et son interlocuteur. Toujours est-il qu’à son retour à Kinshasa, il est foudroyé par un accident cardio-vasculaire. Il emporte ainsi dans sa tombe ses secrets sur l’assassinat de Lumumba.

Les guerres d’agression-libération

En 1977, l’ex-Zaïre est attaqué, dans sa partie Sud-Est, au Katanga (ex-Shaba), par des ex-gendarmes Katangais conduits par le général Mbumba Nathanaël. Cette guerre d’agression dans l’entendement du régime Mobutu et de ses soutiens occidentaux, et de « libération » pour les assaillants, dure 80 jours. L’armée nationale, dépassée, s’appuie sur un corps expéditionnaire marocain et l’appui logistique de la France pour se tirer d’affaires.
Une année plus tard, une autre guerre de libération-agression éclate dans la même province, à Moba. Les rebelles, qui décrochent après six jours de combat, ont pour leader un certain Laurent-Désiré Kabila.
C’est le même Kabila qui, cette fois en neuf mois (octobre 1996-mai 1997), et avec l’appui militaire et humain de l’Erythrée, de l’Ouganda, du Rwanda, du Burundi, de l’Angola, de la Namibie et du Zimbabwe, dirige un vaste mouvement insurrectionnel qui met le régime Mobutu K.O., après 32 ans de règne. C’est la victoire de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo).

Une année après, l’ex-Zaïre redevenu Congo fait face à une multitude de rébellions, dont la toile de fond est à chercher dans la brouille intervenue entre Laurent-Désiré Kabila et ses alliés rwandais et ougandais, au sujet de la facture de la guerre. Il s’agit du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), parrainé par le Rwanda, du MLC (Mouvement de Libération du Congo), parrainé par l’Ouganda. Le RCD va donner naissance, quelques mois plus tard, à deux dissidences dénommées RCD-K-ML (Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Kisangani-Mouvement de Libération) et RCD/N (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/National).
De 1998 à 2003, la RDC vit cinq années de guerre. Selon la comptabilité faite par plusieurs Ong internationales, ces guerres d’agression-libération ont fait 5 millions de morts chez les Congolais.

L’assassinat de Mzee Kabila

Il y eut l’assassinat d’un Premier ministre au Congo en 1961. L’empire permanent du crime avait certainement besoin d’être confirmé par l’élimination physique d’un Chef de l’Etat. Cela va être fait un certain 16 janvier 2001. C’est par un bel après-midi de cette journée qu’un certain Rachidi, présenté comme le présumé tueur, va mettre fin aux jours de Mzee Laurent-Désiré Kabila. Mais le meurtrier jamais n’aura l’occasion de parler, puisque abattu aussitôt après son coup par le colonel Eddy Kapend, ce qui a pour conséquence de brouiller toutes les pistes.

Et voici Chebeya

A la veille de l’apothéose du cinquantenaire, un défenseur des droits de l’homme, Floribert Chebeya, est abandonné mort dans sa voiture, le 02 juin 2010, à Mbenseke, dans la banlieue Ouest de Kinshasa. Ce crime révolte aussi bien la communauté nationale qu’internationale. Des messages d’indignation signés Onu, Union Européenne, Union Africaine, USA, Canada, France, Belgique, Hollande, Allemagne, Suisse, Grande-Bretagne…exigent une enquête approfondie, un procès équitable et une sévère sanction contre les coupables.
En dépit de son enterrement, le samedi 26 juin 2010, l’ombre de Chebeya continue de planer sur les festivités du 30 juin. Kimp.

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