L’Eglise Catholique interpelle la Majorité Présidentielle : «Le Pays va très mal… debout, Congolais !»

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Des évêques membres de la CENCO lors de l’ouverture du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 08/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Face à l’impasse créée et entretenue par la classe politique congolaise, l’Eglise catholique de la RDC vient de lever l’option de vulgariser l’Accord de la Saint Sylvestre auprès de toutes les couches du peuple congolais afin qu’elles s’en approprient et s’investissent dans des actions devant  conduire à sa mise en œuvre intégrale.

C’est le but de la « Campagne de sensibilisation sur l’Accord du Centre interdiocésain et les manifestations publiques et pacifiques », que la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) a lancée le vendredi 23 juin au siège de l’ong Caritas Congo sur l’avenue Basoko, dans la commune de Gombe.

Trois moments forts ont marqué l’événement, à savoir la lecture du
message des Evêques à l’issue de leur 54ème Assemblée plénière
ordinaire tenue à Kinshasa du 19 au 23 juin 2017 par le secrétaire
général de la Cenco, l’explication à l’intention des agents de paix
des supports de sensibilisation à travers une vidéo projecteur, ainsi
que le discours de lancement officiel de la campagne de
sensibilisation par le président de la Cenco.
Huit points jugés clés contenus dans l’Accord de la Saint Sylvestre
constitueront la principale base de la sensibilisation des agents de
paix auprès des Congolais de toutes les couches sociales. Il s’agit
notamment de :
– L’interdiction de changement ou révision de constitution pendant la
transition;
– Rappel de la durée et du nombre de mandats du président de la République;
– L’impératif de la tenue des élections présidentielle, législatives
nationales et provinciales d’ici décembre 2017 ;
– Mode de désignation du premier ministre (par le Rassemblement, puis
nomination par le chef de l’Etat) ;
– La durée de la période de transition ;
– La décrispation politique ;
– Et des modalités de la mise en place du Conseil National du Suivi de
l’Accord, etc.
En outre, les explications étaient essentiellement axées sur les
conditions légales d’organisation d’une manifestation publique
pacifique, les responsabilités des uns et des autres lors d’une
manifestation publique et pacifique, c’est-à-dire le comportement à
observer par les manifestants et les forces de l’ordre devant encadrer
la manifestation. Bref, tout a été donné sur l’organisation et
l’encadrement d’une manifestation publique et pacifique.

La Cenco affiche sa détermination pour l’application de l’Accord

Dans son discours de lancement de la campagne, le président de la
Cenco Mgr Marcel Utembi, a fait savoir qu’après s’être maintes
exprimée sur l’avènement de la paix, la justice, la démocratie et le
respect de la dignité de la personne humaine, l’Eglise a levé l’option
de  s’impliquer dans l’éducation civique et électorale du peuple
congolais. Objectif : contribuer à la réussite de la transition par la
mobilisation de la population aux élections.
Il a rappelé que la tenue des élections  en 2006 et 2011 avait, en
dépit des contestations et du manque de crédibilité, ouvert une
nouvelle ère pour l’avenir de la RD Congo. C’est pourquoi l’épiscopat
ne cesse d’exhorter la classe politique à s’engager dans le processus
de démocratisation et au respect de la constitution dans ses
dispositions verrouillées, notamment la durée et le nombre de mandats
du président de la république. Lesquelles dispositions, a souligné
l’orateur, constituent la colonne vertébrale du pacte républicain
conclu à Sun city.
Par ailleurs, le président de la Cenco a indiqué que c’est dans le
souci de consolider ce pacte que son organisation a offert ses bons
offices à la classe politique afin de sortir le pays de la crise
provoquée par la non organisation des élections dans le délai
constitutionnel. Ces bons offices ont abouti à la signature de
l’Accord global et inclusif du 31 décembre 2016. « Ce document doit
être connu par l’ensemble des citoyens congolais afin qu’ils s’en
approprient et en revendiquent la mise en œuvre intégrale », a-t-il
déclaré.
Aux agents de paix envoyés pour sensibiliser la population, Mgr
Marcel Utembi recommande : « Votre mission est d’apporter cet accord
auprès de toutes les femmes, tous les hommes, tous les jeunes
congolais où qu’ils soient. La mission qui vous est confiée est
lourde, mais aussi noble. Accomplissez cette mission avec courage,
dignité et patriotisme ».
Avant de les inviter à être les ambassadeurs du Christ dans la
société congolaise, et leur garantit le soutien de l’église. « Soyez
assurés du soutien et de l’accompagnement de vos pères évêques et de
toute l’église famille de Dieu en République Démocratique du Congo ».
Environ  200 agents de paix, hommes et femmes, seront déployés à
travers l’ensemble du territoire national pour accomplir cette mission
d’apostolat pour la mise en œuvre de l’Accord de la Saint Sylvestre
afin d’éviter au pays de sombre dans le chaos et l’implosion.
Dom

Voici la déclaration des Evêques Catholiques
1. Nous, Archevêques et Evêques, Membres de la Conférence Episcopale
Nationale du Congo (CENCO), réunis en notre 54ème Assemblée Plénière
Ordinaire à Kinshasa, du 19 au 23 juin 2017, mus par l’Evangile du
Christ et éclairés par la doctrine sociale de l’Eglise, nous sommes
penchés sur les conditions de vie de la population congolaise dont
nous avons la charge pastorale.
2. Nous sommes profondément inquiets et préoccupés par la
détérioration continue de la situation économique, sécuritaire et
humanitaire ainsi que par l’impasse politique actuelle.

A. Le Pays va très mal

Situation socio-économique

3. Il y a peu, la RD Congo jouissait d’une relative stabilité
économique. En ces jours, la santé économique de notre pays est
critique ; elle empire au jour le jour. Nous assistons au recul du
taux de croissance, à la dépréciation de la monnaie nationale face aux
devises étrangères à cause du flottement du taux de change. Le climat
des affaires est plus que morose et décourage les investisseurs.
4. La corruption, l’évasion fiscale, le détournement de fonds publics
ont atteint des proportions inquiétantes à tous les niveaux. Un groupe
de compatriotes, abusant manifestement de leur pouvoir, s’octroient
des avantages économiques faramineux au détriment du bien-être
collectif.
5. Par conséquent, le pouvoir d’achat a sérieusement baissé au point
que les familles peinent à joindre les deux bouts. Pour la grande
majorité de la population congolaise, les conditions de vie sont
devenues plus que précaires. En témoignent la sous-alimentation,
l’incapacité d’accéder aux soins de santé primaire et à la scolarité,
l’accumulation des arriérés de salaires, « l’explosion du chômage des
jeunes favorisant la grogne sociale, le banditisme et le recrutement
de jeunes dans les innombrables milices » . L’approvisionnement en eau
et en électricité est devenu irrégulier dans les milieux urbains,
tandis que les factures de consommation ne cessent d’augmenter.

Situation sécuritaire et humanitaire

6. L’insécurité quasi-généralisée à travers le territoire national
influe directement sur la vie des personnes. Elle porte atteinte à la
dignité humaine et au respect des droits humains. C’est le cas au
Grand Kasaï où les affrontements entre les forces de l’ordre et les
miliciens ont causé beaucoup de pertes en vies humaines. Après neuf
mois de conflit, il nous a été signalé à ce jour plus ou moins 3.383
morts, 30 fosses communes, plus d’un million de déplacés internes et
30.000 réfugiés en Angola.
7. Nous y déplorons des destructions méchantes : 60 paroisses
profanées et fermées, 31 centres de santé catholiques saccagés, 141
écoles catholiques endommagées et fermées, 3.698 habitations privées
détruites, 20 villages complètement détruits. En dépit des efforts
déployés par le Gouvernement congolais pour mettre fin à cette
tragédie, en collaboration avec la MONUSCO, la situation demeure
incertaine.
8. Nous constatons aussi la présence massive, incontrôlée et
permanente des groupes armés étrangers sur le territoire national
semant désolation dans la population locale et constituant pour elle
une véritable source d’inquiétude. Il s’agit notamment des rebelles de
la LRA, de l’ADF NALU, des combattants sud-soudanais et tant d’autres.
9. Nous continuons à signaler la présence des éleveurs Mbororo qui se
sont installés dans les Provinces du Bas-Uélé, du Haut-Uélé et
d’autres éleveurs « étranges » dans le Tanganyika, le Haut-Lomami, le
Kwilu, le Kwango, la Mongala et l’Ituri. Ce phénomène n’augure-t-il
pas la mise en œuvre du plan de balkanisation de la RD Congo ?
10. Dans certains milieux, bien d’autres faits troublants nous
tourmentent par leur gravité et leur répétition : le kidnapping et
l’assassinat des enfants, des enlèvements de personnes et des vols à
mains armées devenus récurrents, des attaques de paroisses et autres
structures de l’Eglise catholique. Des évasions apparemment
programmées des détenus des prisons de Makala et de Matete à Kinshasa,
de Kasangulu, de Kalemie et de Béni demeurent pour nous un grand point
d’interrogation. A ces situations, s’ajoute le dysfonctionnement des
institutions provinciales issues du découpage territorial qui déçoit
les espoirs et laisse un impact négatif sur la population.
11. Le Nord-Kivu, le Tanganyika et l’Ituri comptent également beaucoup
de victimes humaines et de déplacés internes dus aux affrontements
entre les forces de l’ordre et les rebelles ainsi qu’aux tensions
accrues entre ethnies et communautés, telles qu’entre les Batwa et les
Bantous ; une tragédie qu’on semble oublier. Il se fait
malheureusement que la population a abandonné les terres, les champs
sont dévastés et la famine se fait déjà sentir.
Situation des droits humains
12. La Constitution de la République garantit à tout citoyen le droit
de jouir de ses libertés. Par contre, les restrictions du droit à la
liberté d’expression et l’interdiction des manifestations pacifiques
sont croissantes dans notre société. La répression des mouvements de
contestation pacifique va parfois jusqu’à l’usage excessif de la
force.
13. Des défenseurs des droits humains, des acteurs politiques et
sociaux dont les voix divergent de la pensée du pouvoir sont
régulièrement menacés ou font l’objet d’arrestations arbitraires. Les
responsables de ces violations ne sont pas poursuivis par la Justice
et condamnés pour atteintes aux droits humains. Au lieu de la
décrispation politique consacrée par l’Accord du 31 décembre 2016,
nous assistons plutôt au durcissement du pouvoir. Nous observons,
hélas ! une absence de l’autorité de l’Etat ainsi que du débat public
et responsable sur toutes ces questions.

B. D’où vient la crise actuelle ?
14. La situation misérable dans laquelle nous vivons aujourd’hui est
une conséquence de la persistante crise socio-politique due
principalement à la non-organisation des élections conformément à la
Constitution de notre pays.
15. L’Accord politique global et inclusif du 31 décembre 2016 contient
des pistes de solutions à la sortie pacifique de cette crise. Par
manque de volonté politique, la mise en œuvre intégrale de cet Accord
est insignifiante. Au mépris de la souffrance de la population, les
acteurs politiques multiplient des stratégies pour le vider de son
contenu, hypothéquant ainsi la tenue d’élections libres, démocratiques
et apaisées. C’est pourquoi, nous exhortons toutes les parties
prenantes à l’Accord à assumer pleinement leurs responsabilités de
bonne foi et par amour pour la patrie. Des prétendues solutions mises
en place ne contribuent pas à la cohésion nationale. Elles risquent
plutôt de hâter l’implosion de notre cher pays. N’allons pas à
contre-courant des idéaux de l’indépendance.
16. L’Arrangement particulier qui devait être finalisé pour la mise en
œuvre de cet Accord a été vidé de sa substance par les engagements
particuliers non inclusifs. Il faut aussi noter que la loi relative au
Conseil National du Suivi de l’Accord et du Processus Electoral
(CNSA), organe fondamental dans la mise en œuvre de l’Accord, n’a pas
été vraisemblablement inscrite à l’ordre du jour de la dernière
session ordinaire du Parlement.
17. Comment pouvons-nous sortir de la crise multiforme qui mine notre
société ? Par nos prises de position, nous n’avons cessé de rappeler à
la classe politique congolaise de prendre en compte les vraies
aspirations de la population. Vous en êtes témoins. Malheureusement,
nous ne sommes pas souvent écoutés. Cependant, pour la cause de notre
pays et l’avenir de notre peuple, nous ne nous tairons point (cf. Is
62,1) et nous ne baisserons pas le bras.

C. Que devons-nous faire ?
18. Chers frères et sœurs, regardons où nous risquons d’aller. Le pays
va très mal. Mettons-nous debout, dressons nos fronts encore courbés
et prenons le plus bel élan (…) pour bâtir un pays plus beau que celui
d’aujourd’hui (cf. L’hymne national congolais). Il est impérieux de
nous impliquer nous-mêmes, de prendre notre destin en main, sinon
notre avenir sera hypothéqué pour longtemps.
19. Face au tableau sombre que présente aujourd’hui notre pays, la
pire des choses est le découragement ! Nous vous le demandons
instamment : il ne faut céder ni à la peur ni au fatalisme. Une
minorité de concitoyens a décidé de prendre en otage la vie des
millions de Congolais. C’est inacceptable ! Nous devons prendre en
main notre destin commun. C’est le moment historique d’être « des
‘ambassadeurs du Christ’ (2 Co 5,20) dans l’espace public, au cœur du
monde » et d’« avoir une présence active et courageuse dans le monde
de la politique (…) » (Africae Munus, n.128, 131).
20. Nous encourageons la poursuite de l’éducation civique et
électorale ainsi qu’un engagement actif et pacifique de tous afin
d’éradiquer les causes profondes de nos souffrances. En effet, en
cette période préélectorale nous avons le devoir sacré de nous
approprier les lois qui règlementent notre vivre ensemble, notamment
l’Accord de la Saint-Sylvestre, l’unique feuille de route, solidement
fondé sur la Constitution de la République, dont il faut exiger le
respect et la mise en application intégrale par les signataires.
21. La sortie pacifique de la crise actuelle exige la tenue des
élections présidentielle, législatives et provinciales avant décembre
2017, tel que le prévoit l’Accord politique du 31 décembre 2016. Aller
aux élections suppose l’enrôlement qui s’effectue, malheureusement,
avec une lenteur inquiétante. Bien préparer les élections, c’est aussi
se faire identifier et enrôler pour que la Commission Electorale
Indépendante (CENI) dispose d’un fichier électoral fiable pour
convoquer les scrutins dans le délai convenu.
22. Nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne et réaffirmons le
caractère sacré et inviolable de la vie humaine. C’est pourquoi nous
demandons la mise sur pied d’une enquête sérieuse et objective pour
établir les responsabilités sur les atrocités commises au Grand Kasaï.
23. Sans nous lasser, confions le processus électoral à Dieu, Maître
de l’histoire. Aussi demandons-nous instamment aux prêtres, à partir
du 30 juin, d’inviter dans chaque paroisse de nos diocèses le peuple
de Dieu, ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté, à un
moment de prière intense et de jeûne pour la Nation. La prière doit
aussi nous disposer à rendre plus inventives notre solidarité et notre
proximité fraternelle avec nos compatriotes vivant dans les zones de
conflit en nous mobilisant pour une assistance humanitaire
conséquente.
24. Par l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Notre Dame du Congo,
que le Seigneur nous donne la clairvoyance de ce que nous devons faire
et la force de l’accomplir pour un Congo meilleur qu’aujourd’hui.
Fait à Kinshasa, le 23 juin 2017

3 COMMENTS

  1. Distraction! L’église catholique devrait avertir, dire « debout congolais » dès les premières semaines de l’occupation. Donc juste après la mort de Mzee Kabila. Pour le moment, ils sont tous roulés dans la farine. Kabila a le contrôle du pays, il a l’armée, il a la police….et on ne peut rien lui faire.

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