Le vrai message des transporteurs

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Les transporteurs privés de la ville de Kinshasa ont lancé hier lundi, à travers leur mouvement de grève, un message sans équivoque à l’intention de tous. Il s’agit d’un acte de protestation non seulement contre le flou entretenu autour de la gestion non transparente des recettes générées par les souscripteurs de la police d’assurances, notamment dans le secteur de l’automobile mais aussi de la démission de l’Etat dans le domaine des transports en commun. Ces dernières années en effet, les partenaires sociaux de la Sonas (Société Nationale d’Assurances) en général et les automobilistes en particulier, sont soumis à un véritable parcours de combattant avant d’être désintéressés en cas d’accident de circulation, d’incendie, d’inondation, de destruction méchante et autres sinistres.
Les propriétaires des véhicules commis au transport en commun n’ont cessé de s’interroger sur la destination que prend l’argent qu’ils confient à la Sonas pour la couverture des risques divers que les conducteurs font courir à leurs engins chaque qui passe. Car, pour prétendre bénéficier de l’assistance de la Sonas en cas de sinistre, il faut se soumettre à une ennuyeuse et ruineuse gymnastique administrative, au bout de laquelle le paiement, souvent dérisoire ou frappé par l’érosion monétaire, n’intervient qu’après plusieurs mois, voire des années.
 
L’incapacité de la Sonas de réagir dans des délais raisonnables et de payer des taux en rapport avec la hauteur de la police d’assurance souscrite figure au nombre des causes génératrices du refus de ses partenaires de jeter leur argent par la fenêtre. Dans l’imagerie des conducteurs des taxi, taxi-bus et bus, cette société est désormais perçue comme un tonneau de Danaïdes, où les fonds recouvrés au titre de la police d’assurance disparaissent sans laisser de traces.
Quant aux pouvoirs publics, il leur est reproché leur incapacité à organiser le transport en commun, laissant cette corvée aux privés, transformés en vaches à lait par des fonctionnaires et agents de l’ordre. Transporteurs, conducteurs et voyageurs en ont marre de subir. Faire cesser lmes tracasseries; tel est le voeu des grévistes.
C’est ce sentiment d’être continuellement exploités sous prétexte de l’obligation légale d’assurer leurs véhicules qui a fini par créer le ras le bol chez les transporteurs privés.
 
Les usagers de la route solidaires des grévistes
 
Principales victimes de la grève des transporteurs privés, les usagers du transport en commun auraient dû en principe protester contre l’absence des taxi, taxi-bus et bus de toutes les artères de la capitale. Curieusement fonctionnaires, travailleurs des entreprises privées, élèves, étudiants, vendeurs et vendeuses des marchés publics, débrouillards, sans-emploi ont activement soutenu leur grève.
Aux quatre coins de la ville, on entendait s’élever le même questionnement, à savoir la destination que prennent les plantureuses recettes qu’engrange la Sonas au titre des souscriptions à la police d’assurance. Le commun de Kinois est lui aussi convaincu que les transporteurs privés sont victimes de la mauvaise utilisation des fonds qu’ils versent dans les caisses de cette société. 
 
Sonas : mauvais signaux…
 
Lorsque l’opinion publique assiste à des interpellations, des arrestations et des emprisonnements des cadres et agents coupables de détournements à répétition des fonds publics consignés à la Sonas par les souscripteurs de la police d’assurances, elle ne peut pas voir d’un bon œil la traque des transporteurs privés sur les routes. Lorsque, à coups de campagnes médiatiques, l’on apprend que cette société affecte une partie de l’argent de ses partenaires sociaux au financement des travaux de construction ou d’embellissement de certains édifices publics ou encore à la prise en charge des soins médicaux d’artistes musiciens et de comédiens, l’on est en droit de se demander si de telles actions sont conformes à l’objet social de la Sonas. 
La méfiance s’accroît davantage quand les personnes physiques et morales ayant souscrit pour la couverture des risques divers sont contraintes d’attendre pendant des mois et des années, la libération des fonds leurs dus au titre de dédommagement, au motif que les caisses de leur assureur sonnent creux.
Les gestionnaires de l’assureur national devraient se souvenir à jamais du mauvais signal donné au public à travers l’évaporation de la cagnotte de 60 millions de dollars présentée comme le record absolu de recettes pour l’exercice 2008. Les souscripteurs ne peuvent pardonner le gâchis pratiqué sur cette manne financière, au point de ramener aujourd’hui la Sonas dans la mare des canards boiteux du Portefeuille de la République.
 
A quand un signal fort de bonne gouvernance ?
 
C’est vrai que dans le cadre du « jeudi sinistre », une poignée de souscripteurs défilent devant les écrans de télévision pour jeter des fleurs aux gestionnaires de la Sonas. Il s’agit là pratiquement d’une goutte d’eau dans la mer face à la montagne des sinistres impayés depuis belle lurette. Les contentieux d’assurances sont si nombreux que des milliers de souscripteurs ont perdu, à ce jour, l’espoir d’être à jamais satisfaits.
Aussi, dans le souci de recréer la confiance dans la masse de ses clients, parmi lesquels se recrutent les transporteurs privés, la Sonas se doit de leur lancer un signal fort en volant instantanément et efficacement à leur secours dans les malheurs. C’est quand chaque transporteur privé aura la preuve que son véhicule est réellement couvert contre les accidents de route, les incendies, les inondations…que les critiques négatives s’arrêteront d’elles-mêmes. La publicité sur le « jeudi sinistre » ne pourrait réellement avoir un impact positif dans l’opinion publique que si elle est accompagnée d’actes palpables et indiscutables sur la capacité de la Sonas de faire face aux sinistres, en temps réel. Si le message du lundi 21 mai 2012 n’est pas bien saisi par les gestionnaires de la Sonas, le recouvrement de la police d’assurances est hypothéqué.
 
Kimp

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