Le spectacle de Basal’ya Bazoba ou le mariage entre le possible et l’impossible

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La 100ème représentation théâtrale du « Basal’ya Bazoba » s’est déroulée, mercredi 07 juillet dernier, au Centre culturel congolais le Zoo. Un lieu plein de symbole pour la culture congolaise mais, qui sert de temps en temps de lieu de refuge aux enfants abandonnés ou enfants dits sorciers. Par simple curiosité, beaucoup d’entre eux  y en sont sortis transformer en artiste comédien, peintre ou encore musicien… Voilà qui prête bien pour ce grand projet culturel sensé  accompagner l’Etat congolais dans la promotion de la nouvelle loi portant protection de l’enfant. Une loi votée en janvier 2009 qui stipule en son article 160 : « Quiconque impute méchamment et publiquement à un enfant un fait précis qui est de nature à porter atteinte à son honneur et à sa dignité est puni de 2 à 12 mois de servitude pénale principale et d’une amende de 200.000 à 600.000 francs congolais. En cas d’accusation de sorcellerie à l’égard d’un enfant, l’auteur est puni de 1 à 3 ans de servitude pénale principale et d’une amende de 200.000 à 1.000.000 FC.»

« Basal’ya Bazoba » est une comédie musicale théâtralisée qui fustige les pratiques, désormais répandues à travers la société congolaise, maltraitant les enfants dits sorciers. Accusations gratuites amplifiées et qui font des bonnes affaires des Eglises dites de réveil. Et, les conséquences sont lourdes pour une société congolaise à la recherche des voies de sortie de ses crises multiformes. Plus grave encore, c’est la dislocation de cellule familiale en particulier et le manque de respect à la notion de « Res Publica » en général. Car, sans l’éducation de base, l’avenir d’un peuple est abruti. D’où le bien fondé de cette initiative du Centre de recherche et de création artistique en milieu urbain de la Compagnie Théâtre Kinois en mutation (K-MU Théâtre), de la Compagnie Dakar d’Amsterdam aux Pays-Bas, de l’Ong belgo-congolaise « Oser la vie » militant pour les droits des enfants et le « Theatre Embassy » qui appui les projets de développement des partenaires du Sud.

Bannir les préjugés

Clôturant la campagne de sensibilisation, le hollandais Guido Kleene de la Cie Dakar, metteur en scène et chef du projet de Basal’ya Bazoba a commencé par une anecdote : «En venant à Kinshasa pour la première fois, il y a trois ans, l’on m’a mis en garde sur le danger permanent avec les Kuluna (bandits à mains armés) et autres stéréotypes nuisibles dans un pays post conflit. Mais, est que j’ai été agressé ou menacé ? Non. Nous venons d’effectuer 100 spectacles, deux fois par jours, dans les endroits reculés de la capitale congolaise. On a joué tout le long des rails à Masina et à Kisenso, dans les grandes avenues de Makala, Bumbu et Ngiri Ngiri, sur la Place des artistes au Rond-point Victoire, dans les grandes écoles de Kitambo, au terrain municipal de Bandal, au terrain Sainte Thérèse de Lemba, de Maluku, de l’UPN, de Camp Luka… J’ai pris le transport en commun comme tout bon kinois, j’ai fréquenté certains quartiers chauds voir dangereux pour les expatriés, j’ai habité le quartier Kauka et la commune de N’Djili. J’habite encore la commune de Masina… »

Comme clé de ce succès, Guido Kleene souligne : «C’est la conviction de croire que l’impossible est possible d’atteindre, et c’est surtout ce mariage entre le possible et l’impossible. C’est savoir reconnaître que l’intérêt collectif prime sur les besoins égoïstes ! »

Un dévouement affiché également par les collaborateurs au projet: Toto Kisaku, Fabrice Bwabulamutima, Marciano Tasisu, Olga Tshiyuka, Cojack Kossakamwe, Toussaint Kimbembi, Reagan Matuke, Douwe Hibma, Manuel Boutreur, Henri Kisasa, Jeannot Matwaki…

En plus, leurs productions ont drainé une foule immense de spectateurs. C’est l’avantage de sa mise en scène orientée vers le public cible et dans un code de langage approprié au milieu. Toutefois, le metteur en scène fera mieux de veiller à la diminution des bruits sonores des instruments de musique lorsqu’il y a dialogue essentiel sur scène. Sinon, à force d’être trop populaire, la jeunesse risque de brader les repères artistiques fondamentaux!

Eddy KABEYA

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