Le sens d’une provocation : Malumalu, l’agenda caché !

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Le calendrier électoral rendu public le lundi 09 août par la Commission Electorale Indépendante (CEI) continue de soulever des vagues au sein non seulement de la classe politique mais aussi de l’homme de la rue. Il s’agit là, aux yeux de nombreux compatriotes, d’un acté délibéré de provocation signé par l’abbé Apollinaire Malumalu, président de cette institution d’appui à la démocratie, juridiquement liquidée depuis la sortie, le 27 juillet 2010, d’ordonnance présidentielle portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), nouveau pouvoir organisateur des élections en République Démocratique du Congo. 

            L’abbé Malumalu est accusé de verser dans la provocation, du fait d’avoir décidé de faire atterrir la CEI sur une matière de fond ultra sensible, à savoir l’organisation des scrutins devant marquer la fin de la législature en cours et d’avoir ficelé un chronogramme qui énerve la Constitution. Selon une disposition pertinente de cette loi fondamentale, « le scrutin pour l’élection du Président de la République est convoqué par la Commission Electorale Nationale Indépendante, quatre-vingt-dix jours au moins avant l’expiration du mandat du Président en exercice ».

            Le président de la CEI et ses collaborateurs du Bureau de cette institution donnent l’impression de vouloir tout faire, sauf remplir leur contrat vis-à-vis de la République, qui les avaient investis de la mission de boucler leur mandat par l’organisation des élections locales et urbaines. Contrairement aux attentes, ils ont sombré dans un long sommeil, de 2007 à 2010, pour se réveiller brutalement dès l’annonce de l’ordonnance mettant juridiquement fin à l’existence de leur institution. 

CEI : la cigale du cinquantenaire 

            Après avoir végété trois ans durant, à l’image de la cigale de la célèbre fable de La Fontaine, elle tente de corriger ses erreurs par d’autres, notamment celles consistant à s’accaparer les prérogatives de la CENI et à semer le bordel dans le processus électoral de 2011. La CEI semble s’être engagée à prendre tout le monde de vitesse, en saucissonnant le calendrier électoral, au point de l’étaler sur presque trois ans, alors tous les scrutins concernent la même mandature.

            Et, au lieu de se contenter d’expédier les affaires courantes, notamment d’accélérer les opérations de nettoyage du fichier électoral, la CEI paraît déterminer à ne pas envoyer aux Congolais le signal fort qu’ils étaient en droit d’attendre d’elle, à savoir celui d’un nouveau départ après les erreurs des 50 premières années de l’indépendance. Hélas, les espoirs des Congolais de jouir d’un processus électoral incontestable, après ceux de 1960 et de 1965, commencent à s’estomper au regard du travail d’amateur qui se profile à l’horizon 2010-2013. 

La provocation est là 

            Nombre d’observateurs pensent que le calendrier électoral élastique élaboré par la CEI serait lié à l’incapacité de la RDC de financer ses élections, compte tenu de la réticence des bailleurs traditionnels à mettre la main à la poche. L’abbé Malumalu n’ignore pas les dégâts que son calendrier électoral va provoquer au sein de l’opinion nationale. Depuis lundi, les débats partent dans tous les sens. La société congolaise s’est terriblement fissurée avec d’un côté des compatriotes qui soutiennent la démarche de la CEI, et de l’autre, ceux qui la contestent sur la toute la ligne. Une chose est certaine : les Congolais ne vont plus s’arrêter de discutailler autour du processus électoral. La crise politique aux portes de la RDC, le blocage paraît inévitable.

            Après que tout le monde se sera suffisamment énervé, il faudra trouver, cette année ou l’année prochaine, des voies de sortie. La plus citée serait l’ouverture de nouvelles négociations entre la majorité au pouvoir et l’opposition parlementaire. Mais, avant d’en arriver là, un préalable va s’imposer : le report des élections. Pour quand ? On le saura après que les « négociateurs » auront aplani leurs divergences et défini les modalités de prolongation de la législature en cours. L’idée d’un gouvernement d’union nationale est aussi en l’air, dans un schéma de cohabitation entre le pouvoir et l’opposition parlementaire. 

Elections impossibles à l’Est ?

            Le peuple congolais va-t-il être conduit aux urnes en 2011, 2012 et 2013 ? Rien n’est moins sûr. En sus des contraintes budgétaires, il y a l’inévitable épine sécuritaire. A l’Est du pays, notamment en Province Orientale, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, des pans entiers du territoire national continuent d’être contrôlés par des groupes armés, internes comme externes. L’insécurité permanente, les incessants ballets des déplacés de guerre, l’absence de l’autorité de l’autorité sont autant d’obstacles à la révision du fichier électoral. Les Congolais vont-ils voter sans les participants des milliers, sinon des millions de leurs compatriotes de plusieurs contrées de l’Est encore en proie aux conflits armés ? Un corps électoral tronqué serait de mauvais augure pour un processus électoral qui veut inclusif. Malumalu et la CEI ont-ils pris la mesure des écueils ? Le pays chemine vers une nouvelle Transition. 

                                   Kimp.

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