Le rêve américain : un modèle pour les Congolais ?

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En ce mois de février consacré, chaque année, à la commémoration de l’histoire afro-américaine, y a-t-il des valeurs et des modèles dont peuvent, à juste titre, s’inspirer les Congolais pour leur édification et leur progrès ?

La question reste évidemment ouverte. En attendant, la thématique choisie par les organisateurs – « L’histoire de l’émancipation  économique afro-américaine » – convie à un questionnement permanent sur la marche des afro-américains : leurs rêves, leurs espoirs, leurs combats, les succès qu’ils ont pu remporter et les défaites qu’ils ont enregistrées. Un thème qui revêt, depuis novembre 2008, un sens profond avec l’élection de Barack Obama comme premier président noir des Etats-Unis d’Amérique.

Un rêve de tous les jours

C’est, justement, le président américain qui a donné le tempo de la commémoration : « Ce thème nous incite à rendre hommage aux Afro-américains qui ont surmonté l’injustice et l’inégalité pour parvenir à l’indépendance financière et à la sécurité de l’autonomie qui l’accompagne… Les préjugés raciaux généralisés paralysaient leurs progrès, tandis que la discrimination institutionnelle telle que les « codes noirs » et les lois « Jim Crow » les privait de leurs pleins droits de citoyens. En dépit de ces barrières apparemment infranchissables, des Afro-Américains inspirés firent œuvre utile de pionniers, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Ils devinrent des ouvriers spécialisés et exercèrent des professions libérales. Ils achetèrent des terres et une nouvelle génération d’entrepreneurs noirs fonda des banques, des établissements scolaires, des journaux, des hôpitaux et des entreprises de toute sorte. »

C’est pour lutter contre l’oubli des sacrifices consentis par les Américains d’origine africaine, que le célèbre historien Carter Woodson, un fils d’anciens esclaves de Virginie, avait initié en 1926 la Semaine de l’histoire des noirs. Par contre, le choix du mois de février coïncide avec les anniversaires d’Abraham Lincoln et de Frederick Douglass. Mais, c’est surtout  le Président Gérarld Ford qui avait étendu la semaine à un mois de festivités en 1976, année du bicentenaire des Etats-Unis. Depuis lors, les réalisations des Américains de race noire dans tous les domaines ont bénéficié d’une visibilité plus accrue à travers « l’Association pour l’étude de la vie et de l’histoire des Noirs américains (Association for the Study of African American Life and History), ASALH en sigles. Celle-ci explique que «  Ce thème qui a trait à l’identité des Noirs dans le continent américain vise à célébrer le centenaire de l’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur  (National Association for the Advancement of Colored People ou NAACP) et met en évidence le problème de la race et de la citoyenneté dans l’histoire des Etats-Unis, sous l’angle des Noirs qui étaient dans un pays où régnait l’esclavage ainsi que du point de vue des aspirations politiques des Afro-américains de nos jours… »

Destins croisés pour vaincre les préjugés et la pauvreté

Né aux Etats-Unis, fils d’un père noir d’origine kenyane et d’une mère blanche, Barack Obama semble avoir intégré les espoirs et les limites du rêve américain. « Vaincre tous ces maux (les écueils importants qui restent encore dans les vestiges de la discrimination) exigera le même dévouement et le même sentiment d’urgence qui a permis aux générations passées d’Afro-Américains de surmonter les injustices de leur époque… Dans les annales de l’histoire afro-américaine, il reste encore beaucoup à écrire. Ajoutons-y notre chapitre, plein de progrès et d’ambition, de manière à ce que les enfants de nos enfants sachent que nous aussi, nous avons fait notre part pour effacer un passé injuste et façonner un avenir meilleur », proclame-t-il.
Ces injustices sont celles vécues par un certain Martin Luther King qui aurait pu totaliser 80 ans en janvier dernier, et dont le puissant rêve continue d’inspirer des générations entières. Lauréat du prix Nobel de la paix en 1964, Martin Luther King c’est ce défenseur des droits civiques qui s’est battu, jusqu’à son assassinat en 1968, en faveur de principes universels. Son rêve de justice et d’égalité raciale a façonné des millions d’Américains. C’est encore Barack Obama qui témoignait lors de son discours d’investiture : « Un homme dont le père, il y a moins de soixante ans, n’aurait peut-être pas été servi dans un restaurant local peut aujourd’hui se tenir debout devant vous pour prononcer le serment le plus sacré.»

Un modèle universel

Il reste, évidemment, à savoir comment les Africains en général et les Congolais en particulier peuvent s’approprier ce rêve, cet esprit d’abnégation, ce sens du sacrifice et du combat pour bâtir leur histoire et vaincre la pauvreté. Le contraste est, pour le moment, effrayant : au lieu d’investir pour les générations à venir, les Africains célèbrent dans bien de cas leur égoïsme et choisissent bien souvent de mettre en péril l’intérêt collectif. D’où l’émergence d’un leadership irresponsable aussi bien dans la classe politique que dans la société civile généralement gangrenées par les démons de la corruption. Plusieurs observateurs regrettent ainsi que le sens du combat des afro-américains ne soit pas suffisamment intériorisé par les Africains afin de construire pour eux-mêmes des modèles tournés vers le progrès et le développement.
Pour sa part, Barack Obama n’hésite pas d’encourager les initiatives luttant contre l’exclusion et encourageant les performances en procédant à la remise du Prix « John Thompson Jr. Legacy of a Dream Award », le 15 janvier 2010, pour le travail humanitaire réalisé par le basketteur congolais de la NBA, Mutombo Dikembe. Ce dernier a en effet mis à la disposition de la population congolaise un centre hospitalier offrant des soins de santé de très bonne qualité à Nd’jili, une des communes populaires de Kinshasa. Le Président Obama y est allé avec son sens inné de l’humour : « Mutombo attaque la pauvreté en Afrique de la même façon et avec la même vigueur qu’il accrochait les adversaires lors des matches de la NBA ! »
Combien d’autres Congolais méritent un tel éloge ? That’s the question.

Eddy Kabeya

 

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