Le professeur Bobutaka plaide pour la reconstitution et la sauvegarde de la mémoire belgo-congolaise

0
47

La série de grandes expéditions des explorateurs en RDC, à l’époque pré-coloniale et coloniale, composée des scientifiques belges, hollandais, portugais, espagnols, allemands et anglais, notamment des géographes, des anthropologues, des agronomes, des botanistes, des historiens, des médecins, des entomologistes, des assistants médicaux et des agents sanitaires, ainsi que des sociologues, des pédagogues et des missionnaires chrétiens, a produit une abondante documentation scientifique. Dans le lot, on peut épingler des études sur les espèces végétales et animales, des cartes géographiques, des livres qui présentent par exemple, tous les instruments de musique traditionnels, la sculpture, la peinture, l’art textile avec le raphia, et l’architecture ancestrale.

 Que reste-t-il aujourd’hui de cette riche et foisonnante documentation? Telle est la question que le professeur Bob Bobutaka se pose et à laquelle de nombreux intellectuels congolais cherchent désespérément des réponses. En quoi consiste-t-elle ?

De quoi est-elle faite ? Et par qui a-t-elle été écrite ?

L’on se rappellera que dans leurs rapports, les géographes avaient décrit le relief des territoires qu’ils avaient découverts, délimitant leurs superficies et dénombrant les cours d’eau, les montagnes et les plaines qui s’offraient à leur vue. Des anthropologues intéressés par les types des nègres rencontrés lors de leurs nombreuses expéditions, défrichaient le terrain pour les sociologues qui se chargeaient d’étudier à leur tour, la culture, les mœurs et les coutumes de chaque peuplade qu’ils appelaient population indigène.

Les historiens avaient tenté d’étudier à travers les nombreuses migrations saisonnières, d’où venaient les Bantous, les Pygmées et les Nilotiques et les conquêtes remportées lors de ces vagues de déplacement massif à la recherche de nouveaux terrains de chasse, de pêche, des rivières et des lacs, et de vastes pâturages pour le petit bétail.

De récits d’explorateurs occidentaux en Afrique, les Européens avaient appris non sans surprise que les populations congolaises, qu’ils considéraient comme des peuples primitifs et retardés, connaissaient les techniques de la fonderie artisanale pour la fabrication des lances en acier, du cuivre, maîtrisaient la poterie, la distillation de l’alcool indigène et la tannerie du cuir. Aussi curieux que cela puisse paraître, ils avaient fabriqué des pirogues et des pagaies avant de rencontrer des Blancs, et des cabanes perchées sur des arbres. En outre, ils savaient comment transformer les produits agricoles pour leur meilleure conservation. Dans le domaine de l’agriculture, on retient d’eux qu’ils avaient répertorié les saisons agricoles, pour telle ou telle culture.

Tout cela était consigné dans des manuscrits précieusement gardés en Belgique et dans d’autres bibliothèques scientifiques du monde.

            Témoin révolté de la disparition et de la destruction des ouvrages écrits par les différents explorateurs, géographes et autres missionnaires  belges, hollandais et anglais, l’archivologue et bibliologue congolais, le professeur Bobutaka a lancé le week end dernier, un véritable pavé dans la mare en dénonçant le peu d’intérêt que les autorités accordent à cette mémoire qui rassemble à travers plusieurs ouvrages, la longue histoire de relations entre la Belgique et son ancienne colonie. Il n’y a qu’à voir où sont gardés ces livres qui retracent le parcours scientifique de ces nombreux auteurs dont la plupart ont sombré dans l’anonymat. Il a alors plaidé pour la reconstitution en RDC, de cette abondante documentation historique et scientifique qui mérite d’être restaurée, archivée et bien conservée.

            En effet, cet archivologue déplore surtout l’état de délabrement et de vétusté avancée des infrastructures qui abritent la Bibliothèque nationale et les Archives nationales. Comment comprendre que c’est dans ces bâtiments qu’est logée une partie des ouvrages sur les récits de voyages des explorateurs belges !

            Au moment où de nombreux chercheurs congolais et africains s’intéressent à réécrire l’histoire de notre continent, pour corriger des erreurs et rétablir certaines vérités, l’heure est venue, pour le professeur Bobutaka, de voir nos dirigeants prendre enfin conscience, de ces carences et de cet état de  ce sous-développement.

            La solution à ce problème, pense-t-il, ne viendrait qu’à travers la coopération entre la Belgique et la RDC, avec comme préoccupation principale, obtenir de la métropole que nous soit cédée la documentation qui fait défaut à la Bibliothèque nationale.

            Au préalable, il nous faudrait en priorité, réhabiliter les bâtiments et les équiper, avant de dresser un répertoire complet de notre patrimoine documentaire encore en bon état. Ce serait là, devait-il conclure, le plus grand service qu’on pourrait rendre à maints chercheurs de notre époque et des générations à venir.

J.R.T.