Le pouvoir central et les provinces divisés pour les recettes

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Le « Point  d’Achèvement qu’il  faut  atteindre  est devenu  une  question de  vie  ou  de  mort  pour  le  gouvernement  ; Tous  les  moyens  sont bons  pour  gagner  la  compétition  des  PPTE  où   la  Rdc  est engagée,  bon  gré  mal  gré,  sous  l’influence  des  institutions   financières  de  Breton  Woods.  Quelle  peut  être la  raison  du  désaccord observé  maintenant  entre  le  pouvoir  central et  les  provinces  concernant  la  perception  ou le doublement des  recettes fiscales ?  C’est  comme  s’il  n’y  avait  pas  de  textes  précis  auxquels  les  uns  et  les  autres  devraient  se  conformer  pour  que  ce  conflit  ne  surgisse  pas.  Si  les  textes  n’existaient pas,  on  pourrait  dire  que  ce  désaccord symbolise  l’anarchie.  Or, ils  existent.  Et  s’ils  ne  sont  pas  respectés,  c’est  la  dictature  déguisée  en  démocratie.  Ce  problème  des  recettes  survient  comme  la  goutte  d’eau susceptible  de  faire  déborder  le vase,  alors  que  celui  de  la  rétrocession  de  40  %  aux  provinces  par  le  pouvoir  central  n’est  pas  résolu  convenablement  voilà  3  ans  d’une  première  législature  expérimentale  qui n’a plus que moins  de 2  ans  à  courir.

Des  protestations  d’un  côté,  des menaces  de  l’autre.  La  Mairie  de  Kinshasa  hausse  le  ton.  Elle  s’élève  contre  la  mainmise  du  gouvernement  sur  les  ressources  qui reviennent  à  l’Hôtel  de  ville,  sous  le  couvert  du  doublement  des  recettes fiscales  perçues dans  la  Capitale.  Le  gouvernement  ne  l’entend  pas  de  cette  oreille,  et brandit la  menace  de  sanction  contre  toute  entrave  à  l’application  de nouvelles  mesures  instaurées  par  le  ministre d es Finances  pour  accroître  les  ressources  de  l’Etat.  Les  autres  provinces  –  entre autres  celles  du  Bas-Congo  et  du  Katanga  –  ne  vont  pas  manquer  de  se  solidariser  avec  Kinshasa,  et de s’appuyer  sur  le principe  de  l’autonomie  consacrée  par  la  décentralisation  pour  disposer,  de  plein  droit  et sans  restriction,  de  leurs  recettes  fiscales  locales.  La  discordance  est  perceptible,  symptomatique  de  l’électricité  dans  l’air  entre  l’administration centrale  et  les  organes  provinciaux.  Et  si  les  revendications  des  provinces  sont  fondées,  peut-on  les  taxer  de  rébellion ?  Des  contestions  d’une  part,  des  menaces  de  l’autre,  c’est  la  raison  du plus  fort  qui  pourrait  s’imposer.  Mais  se  sentant injustement lésées, les  provinces  ne  seraient  pas  d’humeur à  assurer  le  gouvernement  central d’une  collaboration  sincère.

Ayant  aussi  des  comptes  à  rendre  à  leurs  populations  dont  ils  doivent  chercher  à  changer  plus  ou  moins  les  conditions de  vie  misérables,  et  ne  voulant pas  mourir  d’asphyxie,  les  dirigeants  provinciaux seraient obligés  de  recourir  à des  expédients  pour  tenir  le  coup.  Ces expédients  étant  la  recherche des  moyens  de  survie,  le  recouvrement des  recettes  que  le  gouvernement  veut  accaparer au  détriment  des  entités  provinciales  risque  d’être  compromis.  Les dirigeants  provinciaux  sont  maîtres  chez  eux,  et  connaissent  les  méandres  de  provenance  des  recettes  fiscales visées  par  les mesures  du  ministre  des  Finances.  Nous  sommes  dans  un  pays où  il  est  encore  difficile  de  boucher  des  trous  aménagés  par  ceux  qui s’estiment  malins  pour  voler  l’argent  de  l’Etat  et  s’emplir  les  poches.  Agissant  d’autorité,  sans  concertation  avec  les  provinces,  le  gouvernement  n’a pas  déblayé  le  terrain.  Les mesures  du  ministre  des Finances  risquent  de  ne  pas  donner  entièrement  de  résultats  escomptés.  Le  concours  des  animateurs  provinciaux à  ces  mesures  ne  s’avère  pas  acquis.  Ce  désordre  apparent  est  la  conséquence  du  relâchement  de  la  discipline  de  conformité  aux  textes.

Quel  budget  pour  de  nouvelles  mesures ?

Il  n’est  pas  certain  que  tout  seul, le  gouvernement  réussisse  à  atteindre  ce  « Point d’Achèvement ».  C’est  un  problème  essentiellement national. Il  devrait  songer  à mobiliser  toutes  les  institutions  et  les  y  intéresser.  Le  concours  des  entités  provinciales est  non  négligeable.  La  prise  de  mesures  non  concertées  qui  les indisposent  est  préjudiciable  à l’objectif  poursuivi.  L’annulation  de la  dette  de  la  Rdc  doit  soulever  l’enthousiasme  général  plutôt  que  de  susciter  des  mécontentements  à  cause  des  méthodes qu’on  utilise  à  cet  effet.  Le  doublement  des  recettes  fiscales  qui  est  le  brandon de  discorde  est dicté  par  la  préoccupation  de  satisfaire  non seulement aux  exigences  formulées  par  les  institutions  financières mondiales  agissant  pour  le compte  des  créanciers  internationaux, mais aussi à l’objectif de l’année du social et aux contraintes des 5 chantiers.  On  ne  voit  pas  d’autre  raison,  dans  les  circonstances  actuelles,  qui  justifierait  cet  acharnement  du  gouvernement  à  l’accroissement  maximum   des  recettes  fiscales  jusqu’à  marcher  sur ce  que les  provinces considèrent  comme  leurs  plates-bandes.  La  première  clameur  de  protestation  a  retenti  de  la  Mairie  de  Kinshasa,  aussitôt  annoncées  les  mesures  prises  par  le  gouvernement.

Le  budget  2010  déjà  adopté  par  le  parlement  et  promulgué  par  le  Chef  de l’Etat,  dans  le  budget  de quel  exercice vont  s’insérer  les  fonds  recouvrés  dans  le  cadre  de  nouvelles mesures ?  L’Etat  ne  peut  recouvrer  les  fonds  et  engager  les  dépenses  que  conformément  à  ses  prévisions  budgétaires.    Il  n’est  pas  certain  que  le  doublement  des  recettes fiscales  qui  soulève  une  controverse  ait  été prévu  dans  le  budget  2010.  Va-t-on  faire  adopter  un  acte  additionnel  à  ce  budget  en  rapport  avec  de  nouvelles  mesures  financières qu’on  vient  de  prendre ?  Si par  hasard  ces  mesures  figurent  dans  certaines  rubriques  du  budget,  le  débat  est  clos  à  ce  sujet.  Mais  le  problème  de  l’état  d’âme  des  animateurs  des  institutions  provinciales  demeure.  Frustrés,  les  dirigeants provinciaux  ne  seraient  pas d’humeur  à  concourir  franchement  à  la  réalisation  du  programme  du  gouvernement.  Ils  feraient  semblant  de  collaborer  avec  le ;pouvoir, mais  ce  serait  sans  dévouement et  sans  franchise.

Jean  N’Saka  wa  N’Saka

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