Le Plateau Continental n’est pas à vendre

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C’était pratiquement le « replay » hier au Sénat entre le Premier ministre Muzito et l’honorable Siluvangi au sujet du Plateau Continental et de notre espace maritime sur la côte de l’Atlantique, après leur face à face du mardi 14 décembre 2010. L’on retient de la prestation du Chef du gouvernement congolais au sujet de ce dossier ultra sensible qu’il n’entre nullement dans l’intention de l’Exécutif national de brader les gisements pétroliers sous-marins ni d’agir en connivence avec Luanda pour poignarder dans le dos le peuple congolais, propriétaire de ce précieux patrimoine. Kinshasa n’a aucune visée de vente de son Plateau Continental.
Mais, tout en préservant la souveraineté de l’Etat congolais sur le Plateau Continental et les différents zones d’exploitation exclusive – la fameuse « Zone d’Intérêt Commun » relevant désormais de la fiction- le gouvernement d’Adolphe Muzito se doit de privilégier le dialogue, la négociation, dans la mise en œuvre des instruments de clarification et de protection des intérêts de notre peuple en ce qui concerne nos réserves en hydrocarbures.

Grâce à l’éclairage apporté par le Premier ministre, l’on a désormais la bonne information au sujet de la cagnotte supposée de 600 millions de dollars américains que devait générer, au titre d’acompte, l’exploitation commune envisagée, mais non exécutée, de la fameuse Zone d’Intérêt Commun. En raison de l’inexistence des réserves présumées de 300 millions de barils, il n’y a plus de dividendes à attendre de Luanda dans cette rubrique.

Pour le reste, chaque Congolaise et chaque Congolais a pu saisir la portée du parcours de combattant que devrait suivre notre pays pour devenir, plus tard, un Etat pétrolier. Il va falloir d’abord gagner, diplomatiquement, la bataille de la délimitation du « Plateau Continental » et de l’extension de l’espace maritime avant de s’engager concomitamment dans la voie de la formation de l’expertise nationale et la mobilisation des investissements nécessaires à l’émergence de la culture pétrolière en RDC.
A cet effet, le gouvernement est en train de s’entourer des précautions requises pour ne pas étouffer la poule aux œufs d’or à gérer avec le concours inévitable du voisin angolais. Les Congolais devraient revenir ainsi sur terre et cesser de croire que la manne pétrolière de Muanda va leur tomber du ciel sans le moindre effort et sans débourser le moindre sou.    

        Kimp.

Muzito : «La préoccupation du pays est d’amener à la reconnaissance internationale de notre souveraineté sur le Plateau Continental…»

Honorable Président,
Honorables Membres du Bureau,
Honorables Sénateurs,

Je voudrais d’abord vous remercier de m’avoir accordé quelques jours pour préparer les réponses aux
préoccupations complémentaires que vous avez soulevées à l’occasion de la question orale avec débat de l’Honorable SILUVANGI LUMBA. Cette dernière porte sur la problématique du Plateau Continental de notre pays.

Honorables Sénateurs,

J’ai noté, avec satisfaction, à quel point la plupart des préoccupations exprimées visent à préserver l’intérêt supérieur de la Nation dans ce secteur.
Bien que vous étiez à la fin de votre session ordinaire, vous avez accepté de m’accorder un délai pour que je revienne vous édifier davantage, à la présente session extraordinaire, sur cette question qui nous préoccupe tous.

Cela montre tout l’intérêt que vous portez sur la problématique du secteur pétrolier en général et du Plateau Continental de notre pays en particulier.
En plus des vos encouragements, suggestions et recommandations, vous avez conseillé au Gouvernement la prudence et la rigueur dans la gestion de ce dossier.
Vous l’avez invité à privilégier l’approche diplomatique et la négociation avec nos voisins angolais.
Bon nombre d’entre-vous ont relevé combien cette approche, dans l’histoire, a fait ses preuves dans le règlement des différends entre notre pays et ses voisins.
Permettez-moi, Honorables Sénateurs, à ce propos, de vous rassurer que sous l’impulsion du Président de la République, Son Excellence Monsieur Joseph KABILA KABANGE, l’action de votre Gouvernement, sur ce dossier et sur tous les autres, se fonde sur l’engagement à consolider la souveraineté politique et économique de notre Nation ainsi que les relations de bon voisinage, avec nos 9 pays limitrophes, fondées sur les valeurs panafricanistes héritées de nos Pères Fondateurs.

Honorables Sénateurs,

En analysant le contenu de vos interventions, j’ai relevé des questions attendant du Gouvernement un complément d’informations et de clarification.
Pour être clair dans ce complément d’informations, j’ai regroupé vos interventions en deux catégories :
– la première catégorie porte sur la gestion du dossier du Plateau Continental dans ses différentes dimensions;
– la seconde concerne la politique gouvernementale en matière d’exploitation pétrolière.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

S’agissant de la problématique du Plateau Continental de notre pays, je crois pouvoir répartir les questions y relatives selon les 6 volets suivants:
Le Premier volet concerne l’accord du 30 juillet 2007 sur la Zone d’Intérêt Commun et le versement par l’Angola des 600 millions de dollars américains attendus dudit accord ;

Le Deuxième volet concerne l’exploitation dans la Zone Economique Exclusive et la gestion des bénéfices générés par cette exploitation ;
Le Troisième volet concerne l’extension du Plateau
Continental de la RDC au delà de 200 milles marins;
Le Quatrième volet concerne l’expertise mobilisée et la composition de la Commission Nationale d’Etudes sur le Plateau Continental de la République Démocratique du Congo;
Le Cinquième volet concerne le Budget nécessaire pour la meilleure performance de notre Commission Nationale d’Etudes sur le Plateau Continental;
Le Sixième volet concerne les relations de notre pays avec l’Angola sur ces questions.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,
1. Concernant la Zone d’Intérêt Commun et la promesse de versement de 600 millions de dollars par le Gouvernement angolais.

Les Honorables Sénateurs ont voulu savoir où en est notre Gouvernement quant à la mobilisation de ces fameux 600 millions de dollars américains.
Voici ce qui s’est passé : lors des premiers contacts sur le projet d’accord entre notre Ministre des Hydrocarbures de l’époque et son homologue angolais, ce dernier a porté à sa connaissance que les réserves du champs pétrolier « MENONGWE » contenues dans le couloir maritime qui devait faire l’objet de notre accord était évalué à plus de 300 millions de barils.
Sur cette base, le Ministre angolais a suggéré au nôtre que l’Angola pourrait concéder à la République Démocratique du Congo une avance de 600 millions de dollars sur sa part future. En foi de quoi, notre Ministre des Hydrocarbures de l’époque a répercuté cette promesse à la Représentation Nationale.
Cependant, le versement par l’Angola de ces 600 millions de dollars était conditionné par la mise en oeuvre effective de cet accord à travers les étapes ci-après :
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– Les études et évaluation des coûts d’exploitation des ressources de ladite Zone d’Intérêt Commun ;
– La définition du type de partenariat ainsi que la mise place des entités juridiques chargées de cette
exploitation dont les joint-ventures ;
– les apports financiers des parties en présence ;
– l’établissement des plans de trésorerie, des comptes
d’exploitation prévisionnelles.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

C’est par rapport à tous ces éléments que le Gouvernement angolais allait amorcer le décaissement d’une provision ou d’un acompte en faveur du trésor public congolais, acompte à valoir sur les dividendes ou autres avantages qui reviendraient ultérieurement à la République Démocratique du Congo au courant de l’exploitation.
Or, les études ultérieures sus-évoquées ont démontré que le couloir maritime, couvrant la prétendue Zone d’Intérêt Commun ne contenait pas les réserves annoncées.

Par ailleurs, sur la définition du type de partenariat, sur les apports financiers des parties, sur les plans de trésorerie, il n’y a pas eu d’accord.
Entre temps, le Gouvernement congolais a promulgué sa propre loi sur les frontières maritimes. Cette loi nous invite à constater que le couloir maritime, considérée comme Zone d’Intérêt Commun n’en était pas une.
Je rappelle à l’Auguste Assemblée que dans l’accord du 30 juillet 2007, la Zone d’Intérêt Commun a été présentée comme un espace défini de commun accord en vue d’une exploitation commune entre nos deux Etats.
Cependant le droit international de la mer donne une définition plus scientifique. La Zone d’Intérêt Commun ne relève pas exclusivement de la volonté entre parties, mais se définit comme étant la zone où la bande de 5 km de large comportant 2,5 km de part et d’autre de chacune des deux limites latérales dans notre cas.
Du fait que l’Angola est notre voisin au Nord et au Sud, nous avons donc deux Zones d’Intérêt Commun le long de nos deux limites latérales.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

A la lumière de ce qui précède, vous comprendrez donc que l’accord lui-même pouvait être considéré comme nul et de nul effet. D’où s’imposent une nouvelle stratégie de négociation et des nouvelles modalités de gestion des Zones d’Intérêts Communs nouvellement définies par la loi.
Il n’y a donc pas, Honorables Sénateurs, de contradiction avec les propos d’un de mon ministres qui vous a demandé de « mettre une croix sur les 600 millions de dollars américains ». L’accord du 30 juillet 2007 n’ayant jamais été appliqué.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

2. Concernant l’exploitation dans la Zone Economique
Exclusive et la gestion des bénéfices générés par l’exploitation pétrolière.

Rappelons que l’espace maritime appelé Zone Economique Exclusive comprend une partie « Masse d’eau » et une partie « Fonds marins avec sol et sous-sol » qu’on appelle Plateau Continental.
Selon la convention de Montego Bay, l’Etat côtier dispose des droits souverains sur l’exploitation des ressources du sol et du sous-sol des fonds marins dans la Zone Economique Exclusive. Il exploite tout aussi souverainement
les ressources halieutiques et minérales notamment les hydrocarbures.
Nous savons tous que, déjà dans les années 1980, les Angolais ont commencé les activités d’explorationproduction dans ces espaces maritimes.
Comme j’ai eu à l’évoquer lors de notre dernière rencontre, en réponse à la sixième question de l’Honorable Siluvangi Lumba, la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer stipule en ses paragraphes 1 et 2 de l’article 77 :
– paragraphe 1 : « l’Etat côtier exerce des droits souverains sur le Plateau Continental aux fins de son exploration et de l’exploitation de ses ressources naturelles » ;
– paragraphe 2 : « les droits visés au paragraphe 1 sont exclusifs en ce sens que si l’Etat côtier n’explore pas le Plateau Continental ou n’en exploite pas les ressources naturelles, nul ne peut entreprendre de telles activités sans son consentement exprès ».
Il est établi aujourd’hui qu’il y a exploitation sur certaines parties de notre Plateau Continental.
Pour ce qui est des bénéfices éventuels auxquels la République Démocratique du Congo a droit, seules des statistiques réelles de la production permettraient d’en définir la hauteur.
Ce sera certainement un des points à négocier
avec la République soeur d’Angola.
Honorable Président,
Honorables Sénateurs,
3. Concernant l’extension du Plateau Continental au-delà de 200 milles marins
Ainsi que je vous l’avais dit la fois dernière, l’extension du Plateau continental est un droit pour la République Démocratique du Congo en tant qu’Etat côtier.
La requête préliminaire que nous avions introduite n’avait pour but que d’assurer notre présence dans
le peloton des pays qui prétendent à l’extension de leur plateau continental au-delà de 200 milles marins conformément la Convention de Montego Bay.

Actuellement, nous sommes au stade de récolte des données qui vont nous permettre d’élaborer notre
requête définitive, conformément au manuel des procédures établi par les Nations Unies. Nous veillerons scrupuleusement au bon déroulement et au bon aboutissement de ce processus.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

4. Concernant l’expertise mobilisée et la composition de la Commission Nationale d’Etudes sur le Plateau
Continental de la République Démocratique du Congo
Permettez-moi de vous lire la liste qui comporte les experts et les délégués des Institutions et Organismes impliqués.
Le Bureau est présidé par le Professeur KABUYA-LUMUNA Sando.
Les Membres à titre d’Experts sont :
1. Professeur NGUYA NDILA MALENGANA,
2. Professeur MVUEMBA NTANDA,
3. Professeur BASUE BABU KAZADI,
4. Professeur BULA BULA SAYEMAN,
5. Professeur BANYAKU LWAPE,
6. M. MAMPOKO ma NDAMBO,
7. M. LUBIKU LUSIENSE,
8. M. VANGU MABIALA,
9. M. PEKEYABO NZIBUKIRA,
10. M. VUNUNU di MAKWALA,
11. M. KAMBA MUSAMPA,
12. M. MBEMBE MBOENGOLE,
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13. M. Lambert LWAMBA LUA NEMBA,
Les Membres à titre de délégué sont :
Présidence de la République
1. M. NGOY KAHESE KASONGO
Primature
1. M. LIONDJO LOBOTA
2. M. IYELEZA KEBE-KENZA
3. M. MANIKISA MAKARIOS
Ministère de l’Intérieur et Sécurité
1. M. KALEV MUTOND
2. M. ESAMBO KANGASHE
3. M. NKUMU MBANGAN
4. M. Faustin LUMONI KA NGOY
Ministère des Affaires Etrangères
1. M. KALENGA KA NGOY
2. M. ILUNGA KALENGA BILLY
3. M. NGALU KALALA
4. M. TOCHI KABUZAMBA LUBINGA
5. M. YANDO MOLA
6. M. MATABISI MAFUTA
7. M. ANGER LUDZUBU
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Ministère des Hydrocarbures
1. M. BANZA KALONGO
Ministère de l’Environnement
1. M. MWAMBA NYEMBO
SENAT
1. Mme. ILUNGA MBUYAMBA
COHYDRO
M. NGONDWA MOLAKOLAKO
Les Experts internationaux sont :
– Monsieur Jean FOLACK, Expert Océanologue du Cameroun.
– Egalement Monsieur Louis FOYANG, du Cameroun.
Pour ceux qui s’inquiètent de l’implication des autochthones dans les differentes structures traitant certaines matières spécialisées telles que celles liées au Plateau Continental de la République Démocratique du Congo, je voudrais apporter quelques précisions:

– En premier lieu, la préoccupation du pays est d’amener à la reconnaissance internationale de notre souveraineté sur le Plateau Continental et sur nos espaces maritimes au-dela de 200 milles marins.
A ce niveau, la question interpelle et engage la souveraineté, une competence exclusive de l’Etat.
– En deuxième lieu, quand il s’agira d’aborder la question liée à l’exploitation de cet espace, nous recourrons à la constitution qui définit les competences respectives dévolues à la Province et au Gouvernement central.
A ce niveau, pourrait être examiné la participation des entités locales à l’actionnariat des unites d’exploitation.
– En troisième lieu, on se préoccupera de l’impact des activités d’exploitations. Et, c’est ici que l’implication des communautés locales s’impose absolument comme groupe de pression.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,
5. Concernant le Budget nécessaire pour la meilleure performance de notre Commission Nationale d’Etudes sur le Plateau Continental Notre Commission, je l’ai dit, aura besoin de travailler pendant 4 à 5 ans avant de faire aboutir le processus d’extension de notre Plateau Continental au-delà de 200 milles marins.
Le budget minimum nécessaire est évalué à 12 Millions de dollars américains, comprenant le fonctionnement, l’acquisition et le traitement des données, la mobilisation des experts internationaux, les missions, etc.
L’acquisition des données exige à elle seule quelque 5 millions de dollars et c’est un préalable auquel le Gouvernement prête toute son attention.
Certes les budgets alloués à ce jour sont modestes et insuffisants. J’ai dit que des modalités étaient en cours d’examen de façon à diversifier les sources de financement.

Cela se fera, d’autant plus facilement que notre Etat a déjà signé, depuis 1969, une Convention qui accorde le droit d’exploration et d’exploitation dans ces espaces maritimes à certaines sociétés privées oeuvrant en République Démocratique du Congo.
Ces sociétés et d’autres à venir seront sollicitées.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

6. Concernant les relations avec l’Angola
La politique de notre pays se fonde sur des relations de bon voisinage avec chacun de ses 9 pays voisins.
Et sur cette question comme sur d’autres d’intérêt national, je me dois de me référer au Président de la République, conformément à la Constitution de notre pays qui stipule clairement, à son article 91 alinéa 2, je cite : « le Gouvernement définit, en concertation avec le Président
de la République, la politique de la nation et en assume la responsabilité », fin de citation.

Quand je dis qu’il n’y a pas de conflit avec l’Angola, cela ne veut pas dire que tous nos intérêts sont nécessairement convergents. J’ai voulu relever devant votre Auguste Assemblée que le dialogue a été installé sur des questions qui nous préoccupent.
En effet, même si il n’y a pas encore de solution à ce jour, la question du tracé de nos frontières a fait l’objet de plusieurs rencontres et projets d’accord. Je citerais notamment :
– L’accord-cadre de coopération de 1981 ;
– L’accord du 21 janvier 2000 qui établissait un couloir de 4 Kms de largeur, partant de l’embouchure du fleuve Congo jusqu’au sud du bloc 14 des concessions angolaises. Accord qui a été dénoncé par notre Gouvernement car ne présentant pas des dispositions raisonnables d’une délimitation des frontières ;
– En mai 2001, une rencontre entre les deux parties a eu lieu à Kinshasa. Elle a été sanctionnée par un communiqué conjoint qui invitait les deux pays à trouver un accord à l’amiable ;

– En mars 2003, une délégation des experts congolais s’est rendue à Luanda à l’invitation du Gouvernement angolais. La proposition du tracé de nos frontières maritime avancée par les experts de la République Démocratique du Congo fut rejetée par la partie angolaise qui, depuis lors, a privilégié une solution économique provisoire visant l’exploitation commune de ladite zone ;
– En juin 2003, les deux parties se sont retrouvées à Kinshasa et ont signé un mémorandum d’entendement pour une exploitation commune des hydrocarbures dans l’offshore profond du bassin inférieur du Congo.
En attendant le règlement définitif de la question
relative à la délimitation de la frontière maritime entre
les deux pays.
– En septembre 2005, l’analyse de ce mémorandum d’entendement par les experts congolais a conclu à
l’impérieuse obligation pour la partie congolaise de procéder à son amendement en vue de mieux garantir les intérêts légitimes de la République Démocratique du Congo.

C’est à la suite des pourparlers autour de ce mémorandum d’entendement qu’a été élaborée l’idée de
définir une Zone d’Intérêt Commun pour une exploitation pétrolière.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

Vous comprenez mieux, au vu de cet aperçu historique, comment nous sommes arrivés à l’accord du 30 juillet 2007 dont j’ai eu à évoquer tout à l’heure.
Vous constatez donc que le dialogue est installé depuis plusieurs années, et qu’il s’organise même dans le cadre de la Grande Commission mixte République
Démocratique du Congo-Angola, notamment celle tenue à Luanda en 2004 et, plus récemment, celle tenue à Luanda aussi du 15 au 18 décembre 2009.
Dans ma réponse à la question orale de votre collègue, j’avais indiqué les points négociables et les lignes directrices du Gouvernement en vue de ces discussions qui pourraient porter :
– sur la pertinence de la méthode employée pour tracer nos frontières au regard du droit international de la mer ;
– sur les modalités d’exploitation de nos deux Zones
d’Intérêt Commun ;
– sur l’exploitation en cours dans notre Couloir Maritime ;
– sur l’harmonisation nécessaire de nos tracés, en tant que Etats Côtiers, pour que nos requêtes respectives soient considérées et traitées à la Commission des Limites du Plateau Continental.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

Je voudrais relever qu’entre la République Démocratique du Congo et l’Angola, il existe un certain nombre de projets intégrateurs qui sont des facteurs à la fois d’entente et de coopération économique.
A titre illustratif, j’aimerais citer la construction d’un gazoduc partant de la province angolaise de CABINDA jusqu’à SOYO en passant par la République Démocratique du Congo.

Par ailleurs, la RDC comme l’Angola sont parties prenantes dans plusieurs mécanismes régionaux qui sont des émanations de la convention de Montego Bay.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

Avant de vous présenter les grandes lignes de la politique des hydrocarbures de votre Gouvernement, je voudrais d’abord relever le retard que nous connaissons dans la production pétrolière comme dans d’autres secteurs.
En effet, les 4 précédentes décennies de notre histoire ont été caractérisées par des crises institutionnelles, des mesures politiques contestables ainsi que des conflits armés. Elles ont constitué des obstacles à tout investissement interne comme externe.
Le Gouvernement est conscient de ce retard qui
laisse intact notre potentiel de développement dans tous les secteurs. Nous travaillons à sortir le pays de cette situation.
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Quant à la politique du Gouvernement dans le secteur pétrolier. Elle se résume en une ambition : celle d’installer une culture pétrolière dans la République et d’amener notre pays à compter aussi sur ses ressources en hydrocarbures. Autant, sinon plus, qu’on a compté sur les ressources minières !
Cette ambition, nous entendons l’asseoir sur trois grands piliers qui sont :
Primo, la pré-exploration. Celle-ci porte sur les reserves en hydrocarbures dont dispose le pays sur l’ensemble du territoire :
1. dans le Bassin côtier étendu sur près de 6000 Km2 dans le Bas Congo,
2. dans les Bassin de l’ouest Congolien,
3. dans les Bassins de la cuvette centrale qui couvre cinq de
nos provinces soit 800 milles Km2,
4. dans les Bassins de la branche ouest du Rift Est-Africain,
5. dans le Bassin du lac Moero et dans le Bassin du lac Upemba.

A ce propos, le Gouvernement est décidé à tout mettre en oeuvre pour déterminer, avec des données fiables, la quantité réelle de nos réserves en hydrocarbures.
Pour y arriver, les travaux de pré-exploration sont indispensables. A cet effet, nous avons commencé avec les nouveaux types des contrats signés avec des investisseurs privés.
Secundo, un investissement continu dans les ressources humaines. Ce qui implique un accent sur la formation et la mise à niveau de nos spécialistes. Mais aussi, le renforcement des capacités institutionnelles par des investissements accrus dans nos Facultés et Instituts spécialisés. Ceci nous permettra d’assurer un transfert de technologie efficace à partir des Centres reconnus du Monde.
Tertio, une vision intégrée de l’exploitation de nos ressources qui sont présentes dans les Bassins que nous venons de citer.
L’évacuation des hydrocarbures nécessite la construction d’un réseau important de pipelines et de gazoducs.
Il s’agira donc aussi de construire des pipelines et de gazoducs permettant l’ écoulement des hydrocarbures vers les terminaux de Moanda pour l’Ouest et de Mombassa en Ouganda ou de Dar-Es-Salam en Tanzanie pour la partie Est.
Dans l’objectif de stimuler l’exploitation pétrolière, et d’accroitre les revenus de l’Etat, des dispositions administratives requises pour l’accès au titre minier pour hydrocarbures ont été adaptées et améliorées dans le sens de favoriser au maximum un partenariat gagnantgagnant.
Le Gouvernement met et continuera à mettre un accent particulier pour que les sociétés pétrolières s’engagent à promouvoir l’environnement physique et social des populations locales ou riveraines.

Honorable Président,
Honorables Sénateurs,

Je voudrais revenir maintenant sur cette question qui a été abordée plusieurs fois dans les débats et qui contraste avec la présentation que je viens de faire ci-haut :

Pourquoi la production pétrolière de la RDC est stagnante malgré les travaux de forage de plusieurs puits ? Elle a été de 25.000 barils/j avec 100 puits, elle est toujours à 25.000 barils/j avec 300 puits ?
L’Auguste Assemblée retiendra que la production pétrolière d’un puits obéit à une fonction de croissance jusqu’à atteindre son déclin définitif.
D’après les sociétés, la production du brut congolais dans le bassin côtier qui est resté stationnaire à
25.000 barils par jour durant plus de 3 décennies, est liée au fait que les 100 puits initiaux réalisés ont été les meilleurs.
Car ils ont visé les meilleures zones de productivité et c’est pourquoi leur rendement est resté supérieur.
Au fur et à mesure que l’exploitation se poursuit, on est arrivé à la chute de production, ce qui a conduit à de nouveaux investissements pour forer de nouveaux puits, notamment en vue de maintenir le niveau de production.

Ici, on notera que les nouveaux puits forés sont moins producteurs du fait qu’ils ont été opérés dans des zones moins riches en pétrole car les zones riches ont été exploitées en priorité.
Mais le Gouvernement pense que les sociétés de production n’ont pas d’arguments techniques pour justifier l’état stationnaire du niveau de production du bassin côtier et croit que le faible effort d’exploration constaté dans le chef des sociétés en opération dans le bassin côtier est à la base de cette situation.
Ces deux visions ont opposé et opposent encore les producteurs pétroliers à notre Gouvernement.

Honorable Président,
Honorables Membres du Bureau,
Honorables Sénateurs,

Tels sont les éclaircissements que j’ai pensé utiles à vous livrer suite au débat très animé qui a suivi ma réponse à la question orale de l’Honorable SILUVANGI LUMBA.

J’espère qu’avec ces éléments d’informations et de clarification complémentaires, j’ai pu rassurer l’honorable SILUVANGI LUMBA ainsi que l’Auguste Assemblée sur la vigilance du Gouvernement au tour du dossier du Plateau Continental et sur sa détermination à préserver sans faille les intérêts supérieurs de la Nation dans le secteur pétrolier.
Je vous remercie.

Adolphe MUZITO
Premier Ministre

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