Le phénomène «Kuluna» au centre d’un atelie de réflexion de la PNC

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Avec des statistiques qui galopent tant au niveau du nombre des victimes tuées et des personnes blessées avec des armes blanches, ainsi que la prolifération des groupes des marginaux, le phénomène «Kuluna» est devenu certes un problème de société. Mais, c’est une préoccupation majeure aussi bien pour les gouvernants que pour la population kinoise tout entière. Pour la société civile, c’est un fléau qui requiert une thérapeutique appropriée pour être éradiqué à la racine. C’est  pour réfléchir à cette question que la Police nationale congolaise, avec l’appui de la Mission Eupol RD Congo, a organisé un atelier de deux jours,  du 9 au 10 juillet, au restaurant «  Fleur de sel », avec la participation des représentants de la justice et de la société civile.

 Objectif visé : avoir une meilleure approche du problème et des causes et conséquences, du phénomène Kuluna, afin d’aboutir à des solutions pratiques et durables. Le premier jour, comme il faudrait le rappeler, les travaux étaient consacrés au partage d’expériences et des connaissances entre les participants, parmi lesquels on comptait des magistrats des parquets, des policiers issus du commissariat général et de différentes unités de la police, notamment les quatre districts de la ville de Kinshasa, de la police judiciaire des parquets, ainsi que des représentants de la société civile, des milieux académiques et religieux.


Précédés par des exposés faits par experts, les échanges ont débouché sur des débats enrichissants sur les origines du phénomène «Kuluna», les modes opératoires de différents groupes présents dans différentes communes, et l’impact du phénomène sur la population. Signalons que les participants ont en outre, examiné les mécanismes juridiques applicables et les éventuelles difficultés procédurales ou encore, les difficultés de mise en œuvre rencontrées tout au long de la chaîne pénale par rapport à ce phénomène.
 Au terme de ces deux jours de cogitation, les experts ont, sous la direction de Didier Degremont, expert de la justice civile de la Mission Eupol, formulé une série de recommandations. Auparavant, Didier Degremont s’est réjoui de constater que pour une meilleure visibilité du phénomène «Kuluna», la police et la société civile ont élaboré une base documentaire importante qui mérite d’être actualisée.


 Parmi les causes socio-économiques et politiques, ils ont épinglé entre autres la précarité des conditions de vie de la population, l’irresponsabilité des parents, la séparation et le divorce des parents, l’absence de scolarisation des parents, l’exode rural, le goût de l’aventure, le mauvais encadrement des clubs sportifs dans la pratique des arts martiaux, la dépravation des mœurs et la consommation incontrôlée et généralisée des stupéfiants et des alcools.
 Pour éradiquer le phénomène, les participants ont préconisé pour la Police nationale  congolaise de dresser une cartographie des zones criminogènes, d’ouvrir un fichier central avec une identification complète des «kuluna», contenant également leurs antécédents judiciaires. Pour ce faire, la Police devra être dotée des moyens opérationnels conséquents, tant au niveau de leurs conditions sociales, des infrastructures de travail et de logistique adéquate. Des sessions de formation et de recyclage devront être organisées pour la professionnalisation de la police.


Au gouvernement, les représentants de différentes institutions et organisations ont recommandé l’élaboration d’une politique d’encadrement de la justice, la budgétisation des besoins particuliers de la police et de la justice dans le cadre de la lutte contre les violences urbaines, l’insertion du cours de civisme dans les programmes scolaires, l’amélioration des conditions salariales des fonctionnaires et agents de l’Etat, la bonne gouvernance, la création et la réhabilitation des infrastructures scolaires publiques et la mise en place de la politique de l’éducation, ainsi que la remise à niveau de l’appareil judiciaire et la réfection des maisons d’arrêt.
 Aux partis politiques, ils ont recommandé un meilleur encadrement de leurs structures de jeunesse, la formation civique et des notions de démocratie et du respect des adversaires politiques et de leurs biens.
 Pour la justice, ils ont recommandé la relance des audiences foraines, le contrôle régulier des amigos et centres pénitentiaires, et le renforcement de la collaboration entre les magistrats et les policiers.


 En outre, ils ont plaidé pour un soutien plus appuyé de différents partenaires extérieurs au processus de réforme de la police, et au renforcement des capacités opérationnelles de la justice.
 S’ils ont apprécié l’apport de la presse dans le cadre de la vulgarisation du Code de la famille, de la sensibilisation de la population aux différents textes des lois sur la répression du phénomène kuluna, les reportages sur les audiences foraines, ils ont toutefois déploré les dérapages de certains organes de presse qui sollicitent des réactions de la population quant au sort à réserver aux suspects et prétendus criminels, avant que soit amorcée l’instruction judiciaire devant les OPJ de la police, les parquets, les cours et tribunaux. Pour les prochaines réunions, certains experts ont souhaité la participation des journalistes, afin d’apporter un éclairage plus grand sur leur contribution à la lutte contre le phénomène «Kuluna», lequel exige une solution globalisante à laquelle doivent être associés tous les dirigeants et les acteurs de terrain.


 Et enfin, pour les parents, ils ont préconisé la prise en compte de leur responsabilité sur leurs enfants, le contrôle de leurs activités scolaires, ludiques et autres, ainsi qu’un encadrement spirituel et moral sans faille, étant donné qu’ils ont un rôle majeur à jouer de la naissance des enfants jusqu’à l’âge adulte.
 Signalons que d’autres rencontres ont été préconisées pour formuler au niveau sectoriel des résolutions pouvant être mises en application, dans les provinces, les districts, surtout quand la nouvelle police de proximité sera déployée sur le terrain.
 En juin dernier, la Mission Eupol RD Congo a dispensé à 135 policiers de la LENI, une formation spécialisée en matière de lutte contre les violences urbaines et la criminalité.  D’autres formations similaires, avons-nous appris, seront organisées prochainement et insisteront sur les notions d’efficacité et de professionnalisme indispensables à l’intervention du policier, tout en respectant les droits de l’Homme et la proportionnalité dans l’usage de la force.

                                                                                                          J.R.T. 

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