«Le Phare» mal compris

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L’affaire des Congolais de Kinshasa expulsés de Brazzaville dans des conditions indignes d’êtres humains a été l’occasion, pour le vice-ministre des Affaires Etrangères, Célestin Tunda ya Kasende, qui représentait son titulaire, Raymond Tshibanda empêché, de s’en prendre violemment au quotidien Le Phare, en marge sa réponse à la question d’actualité du député Patrick Muyaya, hier mercredi 16 avril dans la salle des Congrès du Palais du Peuple. Selon ce membre du gouvernement, le quotidien de l’avenue Lukusa a joué aux alarmistes – allusion faire sans doute au titre du journal libellé comme suit : « Des terroristes de Kinshasa à Brazzaville ? ».

            Pourtant, Le Phare s’est fait l’écho des faits d’une extrême gravité, à savoir les expulsions massives de nos compatriotes de Brazzaville, considérés comme des terroristes capables de menacer la sécurité de cette ville voire les institutions du Congo voisin. Les violences qui s’abattent, depuis un certain temps, sur nos compatriotes résidant de l’autre côté du fleuve Congo, avons-nous indiqué, se justifient notamment par la détermination des autorités politiques et policières de Brazzaville de tordre rapidement le cou à une criminalité qui semble être animée par des individus se comportant comme des terroristes.

            Condamner publiquement Le Phare pour avoir dit tout haut tout le mal que les voisins de l’autre rive pensent de nos compatriotes, c’est chercher à détourner l’attention de tous sur la question de fond, à savoir celle des faiblesses de l’Etat congolais dans la défense des intérêts de ses ressortissants vivant en territoires étrangers. S’agissant des dérapages de Brazzaville, le quotidien de l’avenue Lukusa prend à témoin les victimes, traitées comme de vulgaires malfrats et jetées dans le premier bateau en partance pour Kinshasa, sans avoir informé ni notre ambassade, ni notre gouvernement. Dans l’opération « Mbata ya bakolo », les policiers de Brazzaville, armés jusqu’aux dents, n’ont pas fait la différence entre les clandestins et nos compatriotes en situation régulière. Tout le monde a été jeté, sans ménagement, dans le même sac.

            Dans leurs interventions, les députés ont condamné à l’unanimité l’apathie de la diplomatie congolaise, incapable de faire appliquer les accords d’Etat à Etat en matière d’immigration et les règles du droit international en matière d’expulsion. Au lieu de s’énerver contre «Le Phare»,  qui a dit tout haut ce que les Congolais de Brazzaville pensent de leurs frères et sœurs de la RDC, le vice-ministre des Affaires Etrangères auraient dû apporter aux Congolais des réponses convaincantes au sujet des humiliations à répétition qu’ils subissent dans tous les pays voisins, à cause d’une diplomatie apathique.

Pendant que nos compatriotes attendaient que Kinshasa puisse hausser le ton à partir de la tribune de la salle des Congrès, la prestation de Me Tunda a davantage assombri le tableau.

Dans le débat, les députés de la Majorité ont paru sans voix, embarrasés sans doute par les maladresses du gouvernement dans la gestion du dossier des refoulés de Brazzaville.

La réaction du grand Congo, face aux expulsions de Brazzaville, peut donner à croire que le gouvernement congolais est d’accord avec son homologue d’en face, puisque les victimes des violences et rapines policières sont abandonnées à leur triste sort. Une députée s’est même étonnée que le pourfendeur du Phare n’ait pas parlé des morts, alors que des compatriotes ont perdu leur vie à Brazzaville et d’autres sont revenus à Kinshasa avec des blessures graves. Chacun a pu constater, dans le périmètre du beach de Kinshasa, que les refoulés, complètement démunis et affamés, étaient à la recherche de bons samaritains pour leur remettre de quoi payer le transport dans les 207 ou les bus Transco.

D’aucuns auraient aimé entendre mettre Tunda décliner les mesures arrêtées par les autorités congolaises pour que les Congolais ne soient plus traités comme de terroristes, criminels, escrocs, vagabonds, voleurs, violeurs, mendiants, prostitués… au Congo/Brazzaville, en Angola, en Zambie, en Tanzanie, au Burundi, au Rwanda et en Ouganda. Le Phare souhaite que les expulsions de Brazzaville réveillent les autorités congolaises et les poussent à garantir une protection réelle à nos compatriotes. Qu’elles sonnent, au besoin, le départ d’une diplomatie de réciprocité, à l’image de celle appliquée par le Premier ministre Moïse Tshombe en son temps.

Il est à espérer que le problème posé par Patrick Muyaya va être approfondi au niveau d’une commission d’enquête parlementaire, car l’on doit savoir pourquoi nos compatriotes doivent payer seuls, dans le lot des étrangers résidant à Brazza, la lourde facture morale, financière et physique de l’insécurité.

Si l’affaire n’est pas tirée au clair, il y a lieu d’envisager des mesures de représailles, afin d’amener les voisins à respecter les Congolais de Kinshasa.

L.P.

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