«Le peuple n’est plus dupe», déclare le Cardinal Monsengwo dans son homélie du 25 décembre

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Chers frères et sœurs,

1.    A Noël, Dieu fait irruption dans l’histoire humaine. Non pas qu’il n’y ait pas été présent, lui le Maître du temps et de l’histoire. Mais lui, l’Eternel qui existe avant l’histoire et échappe aux avatars de celle-ci, s’incarne : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » ( Jn 1, 14).  Il prend chair de notre chair, il se soumet à l’histoire des hommes, il en fait partie tout en la dépassant. Par cette immersion dans l’histoire des hommes, il sanctifie celle-ci et la transforme, en lui donnant une destinée divine, celle que l’homme avait lui-même aux origines. Il restaure la situation originelle de l’homme.

2. Ce grand mystère de l’Incarnation devant lequel l’homme est pris de stupeur (cf. Lc 2, 9) et de vertige, ne pouvait être connu de l’homme, c’est Dieu lui-même, qui par ses messagers célestes, s’est chargé de nous l’annoncer. « Je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 10-11). La bonne nouvelle, c’est la naissance du Christ Sauveur. Cet aujourd’hui du salut de Dieu et cette bonne nouvelle sont cause d’une grande joie. Car, l’homme que le péché avait perdu est sauvé. Désormais la grâce a vaincu le mal. Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ( Rm 5, 20).

3. S’il est vrai que dans l’annonce de l’Ange se trouvent déjà inclus tous les éléments de l’incarnation d’un Dieu, néanmoins la naissance d’un sauveur pour le peuple pourrait à la rigueur se limiter à la naissance d’un sauveur purement humain, comme le furent Samson ou les autres juges. Mais les termes employés dans ce récit tels que « la gloire du Seigneur », « gloire à Dieu au plus haut des cieux », « paix sur terre aux hommes qu’il aime », « Christ Seigneur », ajoutés à ceux de l’annonciation ( Lc 1, 35) et de la visitation ( Lc 1, 44), laissent entendre que le Messie né à Bethléem appartient à la sphère de la divinité.

4.    L’ange donne les signes auxquels les bergers reconnaîtront cet Enfant-Dieu : « un enfant nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire ». Signes de faiblesse, de pauvreté, de vulnérabilité. Non seulement le Verbe incarné se fait homme dans des conditions de pauvreté extrême, mais les premières personnes auxquelles il se manifeste sont des pauvres, des hommes sans considération dans le monde, des bergers qui veillent à la belle étoile sur leurs troupeaux. Tels sont les représentants attitrés de l’humanité qui recueillent de la bouche de l’Ange l’annonce de Noël, la Bonne Nouvelle de la paix promise à toute l’humanité. C’est à eux que l’Enfant-Dieu se révèle, comme il le dira plus loin : « Je te bénis, Père, d’avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents et de les avoir révélées aux tout-petits » ( Mt 11, 25). Ainsi, ce sont les pauvres qui sont les dépositaires des mystères du Royaume. Le Seigneur veut que nous devenions comme eux, car il a pour eux un amour préférentiel, même si c’est à toute l’humanité que s’adressent ses vœux de paix et son salut.

5. La venue du Christ, Verbe de Dieu, s’accompagne de lumière : il est « la vraie lumière, qui, en venant dans le monde, illumine tout homme » ( Jn 1, 9). Il est la lumière, parce qu’en lui il n’y a pas de ténèbres du péché ( 1 Jn 1, 5) ; il est la lumière parce qu’il peut ainsi éclairer la route de l’humanité ; il est la lumière parce qu’il est la Vérité : la Vérité sur Dieu, la Vérité sur l’homme : il peut ainsi éclairer les intelligences qui deviennent capables de connaître sans erreurs les mystères de Dieu et de la foi.

6. Aussi la venue du Christ est-elle  accompagnée de paix, puisque les cœurs et les intelligences ne sont plus obnubilés par les erreurs du vice et les ténèbres du péché. Cette paix est l’accomplissement des promesses messianiques.

7. Les bergers ont eu un signe pour reconnaître le Sauveur. Et sans tarder, ils se sont mis en route vers Bethléem. Le Seigneur récompensera leur foi et leur générosité : ils trouveront l’Enfant, sa mère et Joseph. Bien plus, ils se feront les messagers de la Bonne nouvelle de Noël : naissance du Christ Sauveur, gloire à Dieu et paix aux hommes qu’il aime ( Lc 2, 17). Nous aussi, imitons la foi, la générosité et la spontanéité des bergers et faisons-nous les messagers de la paix de Noël.

8. La paix annoncée par les Anges dans leur premier concert, la paix dont les bergers sont les premiers témoins, la paix qui est les premiers souhait et vœux de Dieu à l’homme, cette paix  est propre au Christ au point qu’elle est liée à la venue et au départ du Christ. Il nous l’a laissée comme héritage et comme don : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » ( Jn 14, 27).

9.    En souhaitant la paix à l’humanité que Dieu aime (Noël) et en nous la léguant à son départ de ce monde comme fruit de son œuvre rédemptrice (Pâques), Dieu veut que l’humanité s’emploie à instaurer une culture de la paix dans les relations entre les peuples du monde, c’est-à-dire une paix durable et non pas passagère. Une telle paix doit être fondée sur  la vérité et l’amour de même que sur la justice : Amour et vérité se rencontrent, paix et justice s’embrassent ( Ps 85, 11), dit le psalmiste.

10. L’humanité réconciliée avec Dieu par le Christ doit devenir une communauté de personnes réconciliées véritablement et bannissant la guerre, le conflit, la violence, le terrorisme et tuant dans les cœurs des humains la haine qui sépare les peuples.   Il est illusoire d’aspirer à la paix profonde sans la justice, la vérité et l’amour.

11. Plutôt qu’une culture de la paix, c’est une culture de la guerre et de la violence qui est en vigueur dans notre pays. Toutes les dispositions sont prises et mises en place pour perpétuer la guerre, étant donné que celle-ci est favorisée par des  intérêts partisans. Plutôt qu’une culture de la vérité, c’est une culture du mensonge qui se cache sous les stratégies des uns et des autres, nationaux comme expatriés. Le peuple n’est plus dupe. Plutôt qu’une culture de la justice, c’est une culture de l’injustice et de la corruption. Plutôt qu’une culture de l’amour, c’est une culture de la haine et de la division. Plutôt qu’une culture de la vie, c’est une culture de la mort et de l’insécurité qui se développe. Si l’on n’y prend garde, la mort sera banalisée dans notre pays. Nous invitons tous (tes) à un sursaut national, si nous ne voulons pas que le pays sombre dans l’intolérance extrême, qui de plus en plus se manifeste dans les relations des uns et des autres.

12.    Allons tous à Bethléem auprès du divin Enfant puiser dans ce foyer d’amour, l’esprit d’amour, le sens de l’oubli de soi, le sens de la réconciliation, le sens de la vie, la vérité sur l’homme et la vérité sur Dieu.

13.        « Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi, fils de la terre ?
       Qui donc est Dieu, si démuni, si grand, si vulnérable ?
       Qui donc est Dieu, s’il faut pour le trouver un cœur de pauvre ?
       Qui donc est Dieu, que nul ne peut aimer s’il n’aime l’homme ? »
                     ( Hymne à Laudes, Samedi I)

Et toi, fils de la terre, où est-ce que tu te situes dans tout ce mystère de l’Emmanuel ?

Je souhaite à chacun  et chacune une joyeuse fête de Noël et une heureuse année nouvelle, bénie par le Seigneur et comblée de paix. Je vous bénis de tout cœur.

+ L. Card. MONSENGWO PASINYA
                                                 Archevêque de Kinshasa    

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