Le peuple a besoin des prophètes

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Par le Professeur Kambayi Bwatshia, Directeur du Centre de recherche sur les mentalités « Eugemonia »

Dans la recherche de la paix et du bien être, le peuple congolais, voici bientôt 10 ans de « libération », s’étonne face à l’écran opaque qui existe entre lui et son pays d’une part, entre lui et son gouvernement d’autre part, et enfin entre lui et ceux qui se disent politiciens. L’avenir du Congo est devenu totalement imprévisible du fait que, ni le gouvernement, ni les politiciens, ni les organismes internationaux n’ont rassuré. Le drame, c’est celui là : ne pas savoir ce qui arrive, ce qui arrivera et qui bouleverse la conscience nationale; ne pas savoir que la logique profane caractérisée par l’immaturité politique suivie par des politiciens intrus, est une logique de la folie meurtrière, une logique de la nuisance qui empêche de comprendre que le Congo a besoin d’un regard nouveau et aussi d’une critique serrée et sévère de la raison de I’ignorance; raison qui ignore ce qu’elle ignore et qui a produit depuis 1997 des guerres dites de libération, du désordre aux conséquences incalculables. Dans ces conditions, les masses congolaises ont raison de croire aujourd’hui que leur situation, leur vécu réel, est contre nature. En effet, après avoir cru fermement que l’accord de Lusaka signé en juillet 1999 entre le gouvernement de Kinshasa et les différents chefs de guerre, et endossé en janvier 2000 par le conseil de sécurité de l’ONU, après avoir été mises dans l’illusion tragique de la vie par l’accord global et inclusif de Sun City, les masses congolaises ont enregistré l’incapacité de leurs dirigeants à fournir des efforts en vue de réaliser leur bien être. Et aujourd’hui, plus que jamais, le sous-développement, la misère et la pauvreté du Congo révèlent finalement que la population n’est pas dans le point de mire des gouvernants. Celle-ci ne sait plus à quel saint se vouer et crie alors que « le pays va mal et tout va mal. »

        Cela étant, nous estimons qu’il faut des prophètes ; ces hommes qui, loin de prédire l’avenir, ce qui n’est pas la mission d’un prophète, observent et analysent attentivement le vécu présent de leurs concitoyens pour dire ce qui ne va pas et ce qui va mal tout en annonçant les conséquences. Au fait, la mission véritable du prophète, c’est d’annoncer les valeurs, de dénoncer les anti-valeurs et d’être aux côtés des valeurs annoncées pour être crédible dans l’opinion publique. Et le peuple congolais a réellement besoin d’un tel homme, de tels hommes.
            Loin de trouver ces oiseaux rares, le peuple congolais assiste orphelin au désarroi intellectuel de son élite qu’il n’ose même plus présentée à la face du monde. Il la voit comme composée de moutons de Panurge aux services des espèces sonnantes et trébuchantes. Les intellectuels congolais paradés des diplômes ne témoignent réellement plus de leur société. Aux prises avec la misère, le peuple congolais constate avec amertume et désarroi l’émoussement de la raison de ses intellectuels. Il dit haut et fort que f intellectuel congolais est en panne devant la déroute politique et idéologique des centaines de partis politiques sensés l’organiser en acteur politique. Alors il assiste sans force aux conséquences néfastes des accords, des négociations et alliances entre politiciens qui ne sont conçus que pour partager le pouvoir.
            En suivant I’histoire de notre pays, depuis l’indépendance, elle nous laisse un goût amer dans l’esprit quant à la participation de l’intellectuel à la perversion de la société. On pourrait dire comme s’est exclamée Hannah Arendt face à la montée du nazisme : « plus jamais, je ne m’intéresserais à une histoire d’intellectuels car d’un côté Hitler, de l’autre des théories intéressantes mais aveugles ou indifférentes à ce qui se joue dans le monde. » Bien plus, ajoute Françoise Collin, dans sa question « l’homme est-il devenu superflu? » Quand on regarde Heidegger qui est une révélation de l’activité de penser mais dont l’excellence dans la pensée n’a pas rendu lucide ni plus courageux face à la montée du nazisme, on comprend que le plus admirable des philosophes peut être un « âne » ou pire un aveugle et un lâche. C’est là qu’on constate que « penser, même de manière éminente, ne protège ni de l’erreur ni du mal. » On a toujours pensé que les intellectuels ont une pensée, ce qui nous pousse à croire que leurs idées peuvent gouverner le monde. On a peut-être raison. Mais on n’a jamais soupçonné l’absence de pensée en eux. En effet, leur silence face à la corruption de la société nous pousse à douter aussi d’eux. S’ils en ont une, on comprend alors qu’ils n’ont pas encore atteint les profondeurs de leur être qui leur exige d’être créatif et inventif pour transformer la situation du pays qui est catastrophique et qui n’honore pas leur rang dans I’ascension intellectuelle.
            Les intellectuels qui ont pactisé avec le mal, ont écrit une histoire de la République où le mal est non seulement radical mais aussi banal. Car, ce ne sont pas des individus démoniaques, hors du commun, mais de braves gens qui sont susceptibles de se faire complices du pire ou d’en supporter la vue, ayant renoncé à leur capacité de juger. A force de vivre dans le mal, ils en sont devenus insensibles. Nous sommes dans un pays où la misère de la majorité n’étonne personne. C’est devenu normal. Tous ces liens qui ne mangent pas normalement, tous ceux qui n’ont pas accès aux soins médicaux, tous ceux qui n’ont pas un salaire décent, tous ceux qui étudient dans des écoles, des universités sans pupitres… sont en face d’uns minorité qui vit dans une richesse qui devrait faire honte face à la pauvreté généralisée. Nous avons connu et nous connaissons encore des choses terribles dans notre pays. Notre tâche, c’est d’y résister. Nous devons chercher à réveiller l’humanité noyée dans l’animalité en nous pour, qu’avec les autres, I’amour de notre pays prime. Nous comprenons finalement qu’être humain, est un acte sans cesse répété, car c’est la passivité qui laisse le mal se déployer. Au lieu de renouveler sans cesse la raison humaine en eux, les intellectuels sont restés passifs, ils sont embarqués dans le plaisir du mal au service de la minorité politique qui possède pour profiter de leur largesse. Comment faire pour qu’ils comprennent que la crise est l’état permanent du monde et qu’il convient à tout moment d’être vigilant ? Et cette vigilance ne peut être possible si nous ne sommes pas entourés des prophètes. Le peuple a besoin des prophètes.
            Ceux des princes qui tiennent les rênes du pouvoir doivent comprendre qu’il ne suffit pas de s’entourer de ceux que nous pensons être au sommet du cursus académique pour s’assurer de bien gérer le pays. L’histoire du Congo nous a suffisamment prouvé comment ils peuvent alimenter la dictature et la non gouvernementalité qui nous ont caractérisé jusqu’à présent. Nous pensons qu’ils doivent aller plus loin en cherchant non seulement pour eux-mêmes que pour leur entourage la manifestation de la prière de Salomon, c’est-à-dire, avoir « un cœur intelligent. » C’est en d’autres termes un cœur sage qui sait comprendre, qui sait analyser et mûrit des questions pertinentes aux défis qui se présentent devant nous pour y trouver des solutions efficaces.
            Malheureusement, le pays a connu une race de politiciens, d’intellectuels qui, au lieu de prouver leur sagesse dans la gestion de la chose publique, se sont illustrés dans l’accumulation de la force, de la puissance et des biens qui ont fait du Congo un espace où l’homme est devenu un loup pour l’homme. Et l’image du loup est très significative pour nous car elle traduit d’une part l’animalité qui pousse l’homme à s’orienter dans la recherche de la satisfaction de ses besoins primaires, où son « ego » ne manifeste que son intérêt. D’autre part, elle évoque le silence, l’absence d’une parole susceptible de générer un dialogue avec l’autre qui doit être saisi comme un alter ego. Le loup ne parle pas ; il est incapable de dialoguer. Et notre espace politique plein de loups ressemble à une entité de la jungle où la parole n,’est rien d’autre que des cris insensés, incapables d’éveiller au sens du commun dont la source se trouve dans l’impératif catégorique inscrit dans le cœur des  hommes et qui est le commencement de la sagesse : « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il le fasse ». Nous sommes dans un espace politique où c’est la loi du plus fort qui est toujours la meilleure comme le dit si bien la Fontaine. Une société qui a des lois mais qui baigne dans l’impunité caractéristique ressemble carrément à l’absence de la loi comme dans la jungle.
            Il est grand temps, qu’à la suite des esprits bien pensants, des esprits de lumière, ceux d’ici et d’ailleurs, qu’une élite émerge comme artisan de la restauration du Congo capable d’inventer une véritable éthique du futur; artisans capables de quitter l’imagination inférieure, fantaisiste, déréglée, vers une imagination supérieure, active et inventive.  Le peuple congolais a besoin des prophètes à l’instar de ceux qui, dans l’histoire de notre pays, lui ont donné l’espoir et une raison de vivre et d:être fier comme Congolais.
 
Restaurez la grandeur du Congo
 
            Le Congo notre pays doit adopter « une politique de grandeur ». La grandeur géographique du pays et la grandeur de ses richesses du sol comme du sous-sol doivent aider le peuple congolais à s’éveiller à la grandeur dans son mental. En effet, la posture naturelle du Congo donne à penser déjà qu’il est impossible de le diriger sans un mental de grandeur. Jusque là, la grandeur du pays a poussé nos dirigeants dans une folie de grandeur en complicité avec leurs thuriféraires intellectuels.
            L’amnésie dans laquelle nous baignons nous a conduits dans l’oubli de cette réalité de la grandeur que nous avons chantée durant la deuxième République à travers l’hymne national : « peuple grand, peuple libre à jamais. » Nous avons oublié que cette phrase, quand bien même on I’identifierait à la dictature, est porteuse d’une vision qui doit être présente dans le mental des Congolais. Car elle recèle bien cette « politique de grandeur » que nous  recherchons pour notre République.
            Si aujourd’hui, le Congo a retrouvé une unité relative après de longues années de divisions  dans le pays la politique intérieure comme extérieure doivent viser à rehausser l’image du Congo à travers un sentiment d’identité nationale susceptible de recréer l’amour de la patrie.  Pour ce faire, nous nous proposons de suivre un esprit bien pensant d’ailleurs qu’est le Général de Gaule pour qui « La France ne peut être la France sans la grandeur ». Quoi de mieux pour le Congo qui se prête déjà à cette vision de part sa grandeur au coeur de l’Afrique ?
La vision est un concept opératoire qui permet de relier intelligemment l’œuvre, l’individu et le groupe et qui désigne une somme de tendances motrices, affectives et idéologiques réunissant les membres d’un groupe. Elle détermine la cohérence, l’importance et la grandeur du faire et de l’action.
            Tout doit partir d’une vision de notre monde qui est ici notre pays. Et le génie du Prince, ce sera celui de trouver les lignes de cohérence qui relient l’action politique au Congo. En ce temps que commence la troisième République congolaise, le Prince doit comprendre « qu’au commencement, était la parole ». Cette parole du commencement n’est pas une parole oiseuse, mais une parole performatrice, une parole qui fait être. Le peuple congolais attend ; il veut voir que ce qu’il dit, ce qu’il veut faire pour le pays sera fait. Le peuple,  Monsieur le Prince… veut voir des paroles qui font non seulement être mais surtout qui font mieux-être.
            Pour ce faire, tout doit partir de l’intérieur à travers une politique, la politique de grandeur qui doit être traduite par le souci de cohérence entre ce qu’est notre pays, une entité aux potentialités énormes, et notre vie de misère extrême. Il y a un grand paradoxe intérieur à résoudre qui est le socle sur lequel repose la restauration de l’amour des citoyens pour leur pays.
            C’est dans ce paradoxe que sommeillent toutes les ambitions qu’on peut nourrir pour le Congo; c’est là qu’on trouve l’énergie qui rend possible même l’action qui contribue au bien être social. Loin de cette ambition, nous le savons, le peuple congolais a vécu dans la misère, sans rêve, dans un fatalisme meurtrier faisant de son pays, un scandale où les hommes n’arrivent pas à convertir les potentialités en effectivités. En effet, si nous avons appris à dire que le Congo est un scandale géologique, forestier, hydrographique… ce qui est vrai, nous pensons que pour  donne1 l’énergie à une quelconque action, nous devons intérioriser le pire des scandales, celui d’être des hommes et des femmes aux déficiences créatrices et transformatrices remarquables. En cela, nous tirons certes la conscience de notre monde scandaleusement garni d’où se tire la vocation sociale, politique, scientifique… d’être réellement humains.
            La plus grande ambition du Congo serait la domination de notre milieu; ce qui ferait de nous tous participant à la même vocation des commencements : « dominez la terre, soumettez la ». Toutefois, cela n’est possible que si le sentiment d’appartenance à la même terre se renouvelle à travers la restauration de l’histoire commune faisant du peuple, un groupe d’hommes ayant en commun, un héritage commun et d’entretenir à terre commune. Il y a toujours un rôle à jouer chez soi.
            La restauration de la grandeur du Congo se nourrit du mental même des Congolais dans lequel s’élève le sentiment d’appartenance à une nation : « peuple grand, peuple libre à jamais, nous sommes Congolais »/ Il est vrai que l’histoire de notre pays nous renseigne qu’à un moment, nous étions Congolais, à un autre nous étions Zaïrois, et maintenant, nous sommes redevenus congolais. Mais la seule constante à travers cette histoire de changement de noms, c’est notre terre qui éveille toujours le sentiment d’appartenance. C’est cette terre héritée de nos ancêtres qui doit mobiliser notre action présente en tant qu’elle doit être entretenue, protégée, enrichie… Car la grandeur d’un peuple repose dans ce qu’il fait de son héritage. Celui-ci dicte un comportement tant dans la gestion des rapports des personnes par rapport à l’héritage même, tant dans les rapports interpersonnels qui, au-delà des frictions inhérentes à la vie en commun, doivent viser le mieux être. C’est là que se forge l’identité entre individus dans la mesure où tous savent qu’ils ont quelque chose en commun, qui les rapproche et qui se ressemble en eux; ils sont identiques dans leur lien à la même terre qui les porte en tant que participant à la même histoire.
            La notion d’identité exige un regard commun, un même sentiment sur un certain nombre de choses. Et ce regard doit être intériorisé par le peuple à travers une politique incarnée à travers une personne qui a une vision sur le Congo ; celui qui sait que sans œuvres, sa vision est morte ; celui qui sait que les œuvres sans vision le plongent dans l’illusion. C’est finalement celui qui sait qu’une vision avec les oeuvres est une libération et un accomplissement. Cet homme, espérons-le, c’est vous Monsieur le Prince…
            Le chef doit ainsi conquérir l’adhésion de tous en symbolisant la capacité de vaincre, plutôt que par des résultats concrets. Si cette impression peut être transférée sur les institutions de l’Etat, le pouvoir charismatique devient alors un élément important de I’intégration nationale. De l’intérieur, l’Etat doit retrouver sa légitimité à travers la reconnaissance du pouvoir du dirigeant par lés masses. La grandeur tant recherchée est ainsi au service de la politique intérieure.
            Toutefois, il convient d’ajouter par ailleurs que la notion de grandeur recèle en elle, celle de l’activité du sujet qui se reconnaît grand. Un être de grandeur est un sujet et non un objet; c’est un joueur et non un enjeu. En tant que sujet qui étend nécessairement ses ambitions au-delà de lui, vers les autres sujets qui sont ses partenaires dans leur être au monde. Pour un pays comme le nôtre, la République Démocratique du Congo, la grandeur signifie non seulement sa taille, non seulement sa force de l’intérieur, mais aussi sa place de grandeur dans les relations internationales. Le Congo ne doit pas être un enjeu, c’est-à-dire un objet manipulable pi ceux qui ont la conscience d’être sujets ; il ne doit pas être non plus un terrain où se joue le jeu de la mondialisation, un terrain réceptif à toute sorte de jeux de la communauté des mondialistes qui s’affrontent devant un peuple et ses dirigeants constitués en spectateurs. Au contraire, le Congo doit retrouver se conscience d’être sujet qui rencontre les autres au carrefour des enjeux du monde actuel.
            Si jusque là, le Congo a été au coeur des discussions des nations comme un objet manipulable, un objet de compassion faisant figure d’enfant au sens étymologique – «infans » c’est-à-dire celui qui ne sait pas parler, celui dont on parle et pour qui on parle car n’ayant pas encore la maîtrise de l’articulation de la langue- seule la conscience de grandeur consolidée par une cohérence interne nourrie elle-même par le sentiment fort d’intérêt national avant tout peut réhabiliter notre être au monde en tant que sujet dans les rapports internationaux.
La redécouverte de la grandeur, c’est la prise de conscience qu’on a un rôle à jouer dans le monde. En effet, quand un pays prend conscience de sa grandeur, il se donne aussi le devoir d’apporter sa contribution dans l’amélioration des conditions entre lui et les autres ; il se donne le devoir d’influer sur le cours de ra marche du monde. C’est ici que les Congolais doivent comprendre qu’il ne suffit pas d’être grand aux dimensions mesurables pour se positionner comme grand dans les rapports avec les autres. L’histoire récente du pays nous renseigne comment notre pays a ployé devant ses voisins aux dimensions petites qui ont ostensiblement reflété à travers le monde l’image d’un Congo malade souffrant en fait
de l’illégitimité des pouvoirs et des fractures graves de la cohésion et de l’intérêt national. Cette image du pays sera conservée dans la mesure où le Congo ne sera toujours pas capable de faire face à ses problèmes et ses défis internes par ses propres moyens. En effet, .complètement tournés vers l’extérieur pour tout résoudre dans le pays, nous avons contribué à la destruction de la conscience du sujet et prêtant ainsi le flanc à la réification du Congo aux yeux des autres sujets du monde. On sait comment le pays est incapable de compter sur ses propres politiciens en cas de conflits politiques ; il est incapable de compter sur ses propres enseignants et professeurs pour la formation de la jeunesse ; il est incapable de compter sur ses propres médecins ; il est incapable de compter sur ses propres militaires pour défendre son territoire… Ayant détruit ainsi notre crédibilité de l’intérieur, c’est la fuite tous azimuts vers l’étranger qui nous fait rêver et qui a poussé certains de nos compatriotes à imprimer une mauvaise image du pays dans les esprits des autres pour bénéficier simplement du statut de réfugiés.
C’est ridicule, heureusement que cela ne rue pas. En véritable enfant prodigue, il est temps de commencer le retour vers la maison de notre Père/Mère qui est ici notre patrie. Quand nous lisons le testament politique et spirituel de Jean Paul II, « Jean Paul II, mémoire et identité >, le Pape nous fait savoir que la patrie se rattache à la réalité du père. Comme nous I’avons dit plus haut, la patrie, c’est l’héritage de nos pères. C’est en quelque sorte ici la relation du fils au père qui doit être éveillée. La partie qui engendre le patriotisme qui est l’amour de l’héritage de nos pères se révèle de manière fulgurante, selon Jean-Paul II, comme un commandement. dans le décalogue. C’est le quatrième commandement de Dieu : honore ton père et ta mère et tu vivras longtemps. Les Congolais doivent comprendre que nous avons une terre, une  histoire de nos pères qui fait notre héritage que nous devons traiter avec respect. Ce faisant, on comprend aussi en tant qu’Africain que personne ne peut trouver une quelconque joie à présenter à l’extérieur une mauvaise image de sa famille ou plus particulièrement celle de ses parents. C’est ici encore que jaillit de nouveau l’exigence de la grandeur par rapport aux  autres en ce qui concerne les affaires internes à notre famille, à notre patrie, le Congo.
            L’image de notre patrie à sauvegarder est imprimée sur un tissu historique où se dessine aussi la conscience historique. Celle-ci constitue la piste sur laquelle s’amorce le décollage de l’intérêt de la patrie. Dans ce sens, on comprend que tous les Congolais doivent avoir en réalité un seul objectif, c’est-à-dire l’intérêt de notre pays, quelle que soit la diversité de leurs tendances dans la prétention à la gestion des affaires de l’Etat. C’est pour dire que la responsabilité que doit éprouver chacun des congolais quant à la protection de l’héritage commun doit faire que tous convergent finalement vers un seul objectif : l’intérêt de la patrie, l’intérêt national. Tel est même notre devoir des temps actuels consistant à réimprimer l’image de notre patrie abîmée dans le temps sous divers types de manipulations des uns et des autres cherchant à l’admirer de près et à la conserver pour eux et pour leurs fins,
 
Réinventez le Congo
 
            S’il faut bâtir une société nouvelle et une nation prospère, il importe de mobiliser un nouveau type d’homme : motivé, laborieux, patriote, digne, acquis à l’idée du changement révolutionnaire. Or quatre décennies de dictature,  relayant un siècle de colonisation désastreuse ont fait du Congolais un être aliéné, complice de I’oppression dictatoriale victime consentante de sa propre exploitation trouvant son compte dans une économie envahie par l’informel, la corruption et la fraude, se prêtant volontiers au jeu du tribalisme, de l’ethnisme, du  clientélisme et de la magouille politique, enfoncé jusqu’au cou dans la perversion et l’immoralité… La mobilisation d’un nouveau type d’homme exige donc un profond changement de mentalités. C’est dire que toute action politique et socio-économique de construction et de développement doit s’appuyer sur une véritable révolution culturelle consistant à présenter justement un modèle de programme visant une révolution culturelle concentrée sur la réforme des mentalités en RDC. Tout doit partir d’une  état des lieux qui fait l’autopsie de la défunte République du Zaïre et de É longue période- d’une transition incertaine. Ce faisant, cela nous permettra de dresser un tableau complet des  traits caractéristiques d’une mentalité pernicieuse qui s’offre comme un obstacle à la reconstruction et au développement du pays. Plus profondément, l’analyse doit aller à la recherche  des causes de la dérive mentale de l’indépendance du pays à nos jours.
            Cet état des lieux sera suivi de l’esquisse d’une nouvelle mentalité à promouvoir à partir d’une philosophie et d’une vision politique nouvelle. Celle-ci bien sûr sera soutenue par une identification des actions à entreprendre des moyens à mettre en oeuvre et des conditions à assurer pour la traduction des principes en attitudes et comportements sociaux concrets.
            Nous sommes là au point de passage de la théorie à la pratique qui est une jonction entre un cadre institutionnel et les agents, les relais nécessaires à I’accomplissement du programme de changement de mentalités.
Si de ce qui précède, on peut avoir l’impression que le travail se fait loin de la population, nous pensons qu’il convient de la rapprocher de la base par la disponibilisation d’un répertoire des projets et modules de publications, de séminaires, d’animations radiotélévisées et d’actions sociales en vue de la conscientisation et de l’implication des groupes cibles significatifs, représentatifs et doués d’une grande force d’entraînement social.
            La démarche méthodologique qui sous-tend l’économie interne de ce programme est assez simple. Elle conjugue trois opérations convergentes à savoir l’identification du problème à résoudre, c’est-à-dire la circonscription suffisante de l’objectif à atteindre qui est ici le changement de mentalités; l’inventaire des moyens d’actions et des atouts humains à mobiliser pour atteindre cet objectif ; la définition des conditions préalables pour une utilisation efficiente des moyens et un accomplissement optimal de l’objectif.
            En matière de changement de mentalités, le répertoire des moyens nécessaires ; l’accomplissement des actions comporte la conscientisation et la sensibilisation des citoyens, la mise sur pied d’une législation efficiente et l’élaboration d’un cadre’ institutionnel approprié. Elle comporte aussi et surtout la mobilisation d’un d’un capital composé d’acteurs et de relais de changement de mentalités. Le processus doit commencer par un travail profond et étendu de conscientisation du peuple ; celui-ci doit s’éveiller à la réalité de sa déchéance, à l’acuité de la crise qui le frappe, à la profondeur de l’abîme du fond duquel il gît; il doit comprendre les raisons de son déficit existentiel et de sa dérive mentale et prendre une décision irréversible de quitter le fond de l’abîme, de remonter à la surface pour reconstruire son destin sur des fondations solides et améliorer la qualité de la vie.
            Oui, le travail est là et exige la participation de tous pour que les valeurs véritables soient réhabilitées. En effet, c’est un secret de polichinelle : le Congo vit dans une inversion des valeurs. Les défauts sont devenus des qualités admirées : le voleur est vanté, on dit que c’est un débrouillard qui « voit clair » ; et sa tribu se mobilise lorsqu’il est arrêté ou révoqué.
            Vite le slogan est scandé : le pouvoir n’aime pas les originaires de… Alors tout est permis, on pille le pays, sans scrupule car ce qui est public n’appartient à personne. D’aucuns savent comment des faux modèles, les hommes féroces en uniforme, des rançonneurs, des musiciens drogués, les enfants et délinquants de la rue ont été sublimés. Dans ce contexte, les professions nobles et fondamentales comme celles d’enseignant, de médecin, de magistrat, d’agronome, d’infirmier, fonctionnaire, ont été minimisées; les études ont été dévaluées au profit de la délinquance et de la débrouillardise. Tous courent vers la carrière politique qui s’est avérée très rentable. Depuis 1990, on peut comprendre le pourquoi d’une démultiplication sans fin des partis politiques et l’engouement des candidats aux postes politiques à tous les niveaux des élections qui ont marqué la fin de la longue transition.
            La réhabilitation des valeurs doit passer par le redressement de l’échelle des valeurs morales en posant la prépondérance du Bien sur le Mal, plus précisément en exaltant la vertu et en condamnant la déviance, en la situant plus clairement parmi les délits punis par la loi’ Elle passe par 1’émergencc des modèles crédibles pour galvaniser et mobiliser la jeunesse, la stimulation de l’initiative et de la production intérieure avant de compter sur l’apport extérieur.
            Le changement des mentalités exige que soient ébranlées et décapitées la superstructure idéologique de la société ancienne, les rationalisations et doctrines de I’ancien système… que soient mises en place une idéologie volontariste, progressiste, libératrice, motrice pour I’action, la prise en main au destin national et la gestion positive de l’histoire du pays. C’est ainsi qu’on perçoit plus clairement que seuls le patriotisme, nationalisme et 1’humanisme, peuvent faire de la RDC un espace de convivialité, de tolérance, de démocratie, de grandeur nationale, de solidarité africaine et d’ouverture au monde.
 
Décalogue de I’homme d’Etat congolais
 
1. L’intérêt du peuple au dessus de tout tu placeras et à sa volonté démocratiquement exprimée tu te soumettras ;
2. Les droits et libertés fondamentaux tu respecteras la sécurité des biens et des personnes tu assureras ;
3. Une ligne politique clairement définie tu suivras, inconstance et vagabondage tu éviteras ;
4. Aux richesses nationales (sol, sous sol, énergie, etc.) au mieux être de la population tu te consacreras ; de ton comportement tu banniras l’égoïsme, la cupidité et le détournement des biens publics, la corruption, la concussion, la gabegie financière etc. ;
5 A l’éducation des enfants, des jeunes et des adultes
impérativement tu pourvoiras ; la perversion la corruption et l’avilissement de l’enfance et la jeunesse de ton action tu proscriras ;
6. Le juste, le bon et l’innocent tu protégeras  le coupable, le méchant conformément à la loi tu puniras ;
7. A la santé physique, mentale et morale de la population tu veilleras ; les maladies, les stress et les dépravations tu combattras ;
8. La bonne politique d’emploi, des salaires, de la sécurité sociale tu appliqueras ; à la clochardisation, à la mendicité, au chômage, à l’abandon des paysans fermement tu t’opposeras
9. Le patrimoine culturel et l’environnement tu préserveras ; l’aliénation, la négligence, le pillage, le braconnage tu réprimeras ;
10. Pour un véritable développement national intégral et intégré, à la recherche scientifique, tu accorderas une place prépondérante ; le recours à l’expertise étrangère et au transfert des technologies tu réglementeras.
 

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