Le patron de la Monusco a fait hier ses adieux aux Congolais : Köbler partagé entre frustration, fierté et satisfaction

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kloberLe représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en RD Congo, Martin Köbler, a animé, hier mercredi 23 septembre 2015 au Quartier général de la Mission à Gombe, son tout dernier point de presse à Kinshasa. En toile de fond, le bilan de son mandat à la tête de la plus grande et la plus couteuse des opérations de l’Onu dans le monde, la Monusco. « Quand Ban Ki Moon m’a demandé si je suis prêt à aller travailler en RDC, j’ai dit OUI au téléphone sans demander à ma femme, car j’étais très intéressé et je suis venu immédiatement. Un vrai défi, car une mission pas très facile à gérer… », a-t-il indiqué en liminaire de son exposé.

            En effet, a révélé le patron de la Monusco, il est en train de quitter le sol congolais avec 3 principaux sentiments mixtes: celui de satisfaction, de fierté et de frustration.

Satisfaction, explique-t-il, car estimant avoir réalisé ses objectifs dont le plus grand est la victoire sur le M23, grâce aux vrais amis comme le général Santos Cruz, commandant des forces onusiennes en RDC, avec qui il a travaillé en parfaite harmonie. « J’ai visité la ville de Goma 64 fois durant mon mandat. La première fois que j’y suis arrivé, on a jeté des pierres sur ma voiture, car la population était énervée par la passivité de la Monusco… », a-t-il témoigné, avant de souligner comment par la suite, le capital confiance et affectif pour les casques bleus a augmenté au sein de la population du Kivu.

« Nous avons créé des ilots de stabilité à Pinga, Kamango, etc. où des milliers de réfugiés sont retournés chez eux, même si des combats continuent contre les rebelles ougandais de l’ADF. Eringeti, Beni, Oïcha, etc. ont été de mauvais moments pour moi… », a-t-il affirmé.

 

La fierté du travail abattu

Exprimant sa fierté d’avoir redoré l’image de la Monusco qui était détestée pour sa passivité lors des événements de Goma, à son arrivée en 2013, Martin Köbler a fait noter qu’à ce jour la Mission est admirée, non seulement pour sa brigade internationale d’intervention victorieuse des rebelles du M23, mais aussi pour ses contingents pakistanais et indiens qui sont là, partout. « Notre petite enquête révèle que 58% des sondés estiment positif le travail de la Mission, alors que 42% disent non. Mais je tiens à souligner que la performance de la Brigade internationale d’intervention n’était pas seulement de combattre le M23, mais aussi d’autres groupes armés tels que les FDLR, l’ADF, etc. Je suis convaincu que cette unité veut combattre avec les FARDC contre les FDLR… », a renseigné Köbler.

Regrettant la détérioration de la coopération avec les FARDC, il a rappelé qu’elle était excellente sous le général Bahuma entre août et septembre 2013, lors des opérations de Bunigi, Cianzu, etc. Elle était aussi bonne avec le gouvernement, la Soiété civile et avec autant d’autres amis des FARDC, -at-il conclu sur ce chapitre.

 

Les frustrations

 

Tout en annonçant que la période électorale qui arrive sera difficile, le numéro 1 de la Monusco a rappelé que jusqu’à ce jour, la coopération est bloquée avec les FARDC dans le Kivu. « Il faut la débloquer, car l’unité fait la force. Nous devons planifier conjointement et partager des informations dans ces combats. On est prêt à le faire. Car nous avons notre valeur ajoutée (moyens de combat comme des hélicos) et les FARDC aussi la leur( connaissance de la langue, du terrain, etc.). Malheureusement, nous sommes incapables d’avancer avec elles depuis 6 mois ! », a-t-il regretté.

La deuxième frustration se fonde, selon lui, sur le dialogue stratégique devant aboutir au retrait de la Monusco du sol congolais. A ce sujet, a-t-il indiqué, le mandat est très clair : il faut quitter, mais graduellement, selon le siège de New-York et le Conseil de sécurité des Nations-Unies. «  Nous n’attendons pas seulement la réduction des menaces, mais aussi le rétablissement de l’autorité de l’État, lutter contre l’impunité, etc. Bref, c’est la situation générale du pays qui va déterminer le départ de la Monusco, etc.», a-t-il martelé.

Son approche de principe, a-t-il appuyé, est la protection des droits de l’homme qu’il a soutenue durant son mandat en RDC. Ainsi, il a salué le travail abattu par le Bureau conjoint des Nations Unies pour les Droits de l’homme et demandé aux autorités congolaises d’ouvrir et de garantir l’espace politique et d’expression pour l’Opposition, la Société civile et les journalistes.

Pour finir, Martin Köbler a, au-delà de son mandat, fait deux remarques aux Congolais : « l’environnement se dégrade à cause de la déforestation sauvage, non contrôlée et menaçant la faune ; et aussi, sa parfaite collaboration avec les Envoyés spéciaux dans la région des Grands-Lacs au regard de la coordination de leurs positions ! ». L’organisation prochaine de la Conférence sur l’investissement est l’une des preuves de cette collaboration.

Avant de terminer, le patron de la Monusco a conseillé aux Congolais d’avoir leurs propres idées sur l’avenir du pays et de s’en approprier. « Ce ne sont pas des adieux, mais juste un au revoir… », a-t-il conclu.

Tshieke Bukasa