Le ministre de la Défense attendu au Parlement

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Investie le mercredi 09 mai 2012, l’équipe du Premier Ministre Augustin Matata va affronter, incessamment, sa première « Question Orale avec débat ». Et, le tout premier membre du Gouvernement à subir le baptême de feu au Palais du Peuple, ne serait personne d’autre que le Vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Alexandre Luba Ntambo.
Selon des sources proches du dossier, l’interpellation porte la signature du député national Martin Fayulu. L’intéressé, indique-t-on, a déjà saisi le bureau de l’Assemblée Nationale à cet effet depuis le vendredi 18 mai 2012. Et si cette instance fait diligence, Alexandre Luba devrait se présenter devant la Chambre basse du Parlement un de ces quatre matins.

La trame de la « Question orale avec débat » susvisée s’articule, naturellement, autour de la situation sécuritaire qui prévaut dans la partie Est du pays, mais aussi de la série de concertations entre responsables civils et militaires, rwandais et congolais, de haut niveau à ce sujet.

Il y a tellement de nouvelles en circulation au sujet de ce qui passe dans la province du Nord-Kivu, avec notamment l’émergence d’une constellation de groupes armés, dont l’essentiel d’officiers et combattants sont identifiés comme des anciens de l’ex-mouvement rebelle CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) qu’une clarification s’impose. On dit Martin Fayulu porteur du souci des millions de Congolaises et Congolais, de connaître le rapport réel des forces sur le terrain entre les troupes loyalistes et les mutins. Supposés anéantis ou en débandade, ceux-ci donnent l’impression de se reconstituer comme des hydres, au point de continuer à provoquer des déplacements massifs des populations, à l’intérieur du territoire national comme de l’autre côté des frontières ougandaises et rwandaises.
Les statistiques que livrent les organisations non gouvernementales et les organismes du système des Nations Unies et autres  humanitaires (Human Right Watch, Médecins Sans Frontières, HCR, Ocha, PAM) au sujet du nombre des déplacés internes et des réfugiés accréditent plus la thèse de l’insécurité récurrente que de la normalisation de la situation sécuritaire dans les zones troublées.

De nombreux compatriotes, à l’instar de Martin Fayulu, aimeraient savoir si un dispositif sécuritaire fiable est mis en place pour ramener une paix durable au Nord-Kivu. L’insécurité s’y est tellement installée dans la durée que l’on ne peut manquer de se poser des questions en rapport avec des alliances à hauts risques que les FARDC nouent avec des seigneurs de guerre, souvent à la congolité douteuse, qui font semblant de se repentir le matin pour redevenir nuisibles à la paix dès la tombée de la nuit.

Combien de fois les FARDC vont-elles accepter d’intégrer en leur sein des criminels et aventuriers semi analphabètes – cas du général Bosco Ntaganda – pour finir chaque fois par être tournées en bourriques ? Combien de fois vont-elles ouvrir leurs portes aux officiers et soldats traîtres, spécialisés dans le surarmement clandestin et dans l’art de se mutiner ? Combien vont-elles être ballottées entre le « brassage » et le « mixage » d’éléments qui se révèlent, à chaque coup, comme des fossoyeurs des plans de pacification de la partie Est du pays ?

S’il est vrai que dans leurs relations avec leurs homologues congolais, les officiels rwandais communiquent beaucoup, au point de verser souvent dans l’intoxication, il y a lieu d’admettre que les autorités congolaises ne communiquent pas assez. C’est généralement à la faveur d’une conférence de presse ou d’une déclaration d’un ministre ou d’un général rwandais aux médias étrangers, que l’on apprend qu’un membre du Gouvernement ou des services spéciaux congolais était au Rwanda pour parler du dossier sécuritaire du Nord-Kivu.

Pour les cas d’espèce, si la partie rwandaise n’avait pas signalé les présences de l’Administrateur Général de l’ANR et du Chef d’Etat-Major général des FARDC les 8 et 9 mai à Kigali puis Rubavu la semaine dernière, ni annoncé le séjour d’une délégation congolaise conduite par le Vice-Premier ministre et ministre de la Défense dans la dernière ville précitée, les Congolais n’auraient rien su. Pourtant, les questions à l’ordre du jour les intéressent au plus haut point, surtout que les responsables rwandais, le ministre de la Défense, James Kabarebe et la ministre des Affaires Etrangères, Louise Mushikiwabo, ont affirmé que leur pays non seulement ne souhaitait une solution militaire pour la situation sécuritaire du Nord-Kivu mais, en plus, offrait ses bons offices pour une médiation entre les FARDC et les mutins.
Les non dits des relations congolo-rwandaises, qui donnent à penser à un jeu de cache-cache entretenu par les gouvernants de la RDC, troublent de nombreux compatriotes.

S’il n’y a pas de choses à cacher dans le dossier sécuritaire du Nord-Kivu, qui a pour soubassement à la fois un plan de balkanisation de notre pays et le trafic frauduleux de ses ressources naturelles, le Vice-Premier ministre et ministre de la Défense serait bien inspiré s’il pouvait rassurer des millions de patriotes anonymes, fort inquiets de la suite des événements.  Jusqu’à preuve du contraire, nombre de nos concitoyens redoutent l’existence d’un agenda caché qui ne dit pas son nom, mais dont le décor semble solidement planté à travers des « forces négatives » nationales et étrangères qui plient de temps en temps, sans pour autant rompre définitivement.
Le mérite de Martin Fayulu, s’il n’est pas bloqué dans son initiative par le bureau de l’Assemblée Nationale, sera de porter enfin sur la place publique, le débat national sur l’interminable « Guerre de l’Est ».

Kimp

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