Le M23 planifie le dépeuplement forcé du Kivu

0
15

L’on assiste, depuis le mois d’avril 2012, à un phénomène bizarre. Il s’agit des attaques du M23 contre les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), mais aussi contre des villages, localités, secteurs et territoires du Nord-Kivu. L’objectif inavoué est de chasser les autochtones de leurs habitations et de les faire remplacer, progressivement, par des colonies de populations rwandophones jusque-là sans terres ni maisons.
A ce jour, les humanitaires dénombrent plusieurs dizaines de milliers de réfugiés congolais en Ouganda ainsi que des centaines de milliers de déplacés internes en fuite vers la ville de Goma, ou encore des villes et localités du Sud-Kivu et de la Province Orientale.

En tout cas, pour sauver leur peau face à une rébellion tenue par des soldats de l’armée régulière rwandaise, des milliers d’autochtones congolais cherchent le salut le plus loin possible de leurs terres d’origine.

Ainsi, le Rwanda est en train de déverser, par vagues régulières, son surplus démographique au Nord-Kivu. L’agenda de l’érection du fameux nouvel Etat tant rêvé par Kagame à la frontière entre son pays et la République Démocratique du Congo semble résolument en marche. On rappelle que selon les députés du Nord-Kivu, dont le porte-parole, Konde Vila ki Kanda, était intervenu le 19 juillet 2012 à la tribune de l’Assemblée Nationale, les mutins du M23 avaient réussi à s’aménager, dans cette partie du pays, un espace géographique comparable à la superficie du Rwanda.

Une lettre pour distraire les Nations Unies

Pendant que les hommes du colonel Ruzandiza alias Sultani Makenga vident le Nord-Kivu de sa population, ils ont trouvé le moyen de distraire les Nations Unies. En effet, dans une lettre datée du 26 juillet 2012 et adressée au Secrétaire général Ban Ki Moon, sous la signature de Lugerero, qui revendique le titre de « Coordonnateur » de ce mouvement rebelle, celui-ci accuse la Monusco d’avoir lancé des obus et missiles contre des populations civiles congolaises.
Précis, le porte-parole du M23 fait état des bombardements des hélicoptères de la force onusienne qui auraient touché, le mercredi 25 et le jeudi 26 juillet 2012, les localités de Rugari, Ngugu, Mwaro et Kibumba.
Selon le bilan établi par la même source, il y aurait eu 9 morts, 25 blessés et une dizaine d’habitations détruites lors de la première attaque onusienne, puis 17 maisons détruites et un enfant tué lors de la seconde attaque survenue, cette fois dans la localité de Kazuba, près du camp militaire de Rumangabo, à une soixantaine de kilomètres de la ville de Goma, chef-lieu de cette province.
Dans la même correspondance, Le bishop Lugerero rend les FARDC responsables d’obus lancés à partir des chars positionnés à l’aéroport de Goma et ayant occasionné des dégâts humains et matériels dans deux quartiers populaires de la ville précitée.
Le M23, qui se présente comme la victime d’attaques croisées de la Monusco et des FARDC, avec des dégâts collatéraux sur des populations civiles, attire l’attention du Secrétaire général des Nations Unies sur le parti-pris des casques bleus onusiens et la violation de leur mandat relatif à la protection des populations civiles. Toujours plaintif, le M 23 dénonce la collusion des troupes de l’armée congolaises avec celles des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), coupables du génocide de Tutsi en 1994 et poursuivis présentement par cette juridiction pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Bref, le bishop Lugerero invite le Conseil de Sécurité des Nations Unies à diligenter une enquête indépendante afin de constater, par lui-même, le rôle néfaste que jouerait la Monusco au Nord-Kivu, en complicité avec les FARDC et les FDLR. Il termine en rappelant à Ban Ki Moon sa lettre du 13 juillet 2012, dans laquelle il dénonçait la mutation de la Monusco en « force partiale et offensive, au détriment de sa neutralité ».

Dangereuse fuite en avant

La fuite en avant du M23 cache des intentions peu catholiques vis-à-vis des populations du Nord-Kivu. La saisine du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur base d’accusations sans preuves contre la Monusco, les FARDC, et les FDLR vise à préparer l’opinion internationale à croire que les mutins seraient étrangers au décor des personnes en train d’être massacrées et des maisons détruites chaque jour dans cette partie du territoire congolais.
Heureusement pour les Congolais, le rapport du panel des Nations Unies qui cloue au pilori le régime de Kigali démontre que les morts, blessés, déplacés de guerre, réfugiés, les ressources naturelles pillées, autorité d’Etat bafouée et intégrité territoriale de la RDC mis à mal sont le fait du M23. La diabolisation conjuguée de la Monusco et des FARDC indique, si besoin est, que ce mouvement rebelle ne sait plus sur quel bouc émissaire s’appuyer pour justifier son entreprise maléfique de déstabilisation de l’Est du Congo et, bientôt, de l’ensemble de la sous-région des Grands Lacs.
Mais, les informations disponibles au Conseil de Sécurité de l’ONU au sujet de la situation sécuritaire du Nord-Kivu, ne devraient pas dispenser la partie congolaise d’un nouveau lobbying, au regard des intentions manifestes du M23 et de son parrain, Paul Kagame, de chercher à impliquer la Monusco et les FARDC dans les troubles de l’Est de notre pays.


Kimp

LEAVE A REPLY

*