Le M23 garde les clefs de Goma

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Les pressions internationales sont telles que Jean-Marie Runiga Lugerero et Sultani Makenga, chefs des branches politique et militaire du M23, ont résolu d’adopter le double langage, la technique de l’agenda caché cher à leur maître de Kigali, Paul Kagame. Les deux responsables font croire à la planète entière qu’ils adhèrent à la décision de la CIRGL (Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs) de voir leur rébellion évacuer la ville de Goma alors qu’en réalité, ils se trouvent dans la dynamique du vrai-faux retrait. Le M23 n’a pas peur de quitter ses positions sur l’axe Goma-Kibumba car le « gendarme » rwandais est à un jet de pierres, prêt à faire le ménage sur le front militaire dans l’hypothèse d’une offensive des FARDC, comme c’était le cas le mardi 22 novembre, peu avant la chute du chef-lieu du Nord-Kivu.

Dans une interview à RFI, Jean-Marie Runiga a planté le décor du nouvel Etat en gestation dans la province du Nord-Kivu. En effet, il n’a pas mâché ses mots en faisant savoir aux autorités congolaises et à la communauté internationale qu’après le vrai-faux départ des troupes et l’évacuation de l’arsenal militaire vers Rutshuru, la gestion politique et administrative de la ville de Goma reste entre les mains du M23. Selon ce seigneur de guerre qui s’exprime désormais comme le délégué d’un pays situé à la frontière entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, il est interdit aux éléments des FARDC, jusqu’à nouvel ordre, de remettre leurs pieds au chef-lieu du Nord-Kivu. Dans le cas de velléités militaires de Kinshasa vers Goma, leur mouvement rebelle serait contraint de revenir les déloger de force. L’unique présence tolérée des troupes loyalistes devrait s’inscrire dans le cadre du positionnement des forces tripartites RDC-M23-Force Internationale Neutre à l’aéroport de la ville, à raison d’une compagnie par composante.

Le discours de Runiga et Makenga est clair : les territoires du Nord-Kivu qu’ils contrôlent depuis le mois d’avril 2012 ne relèvent plus des autorités de Kinshasa. Le refus du M23 de remettre au pouvoir en place à Kinshasa les « clefs » de la ville de Goma est révélateur de la volonté de ses responsables de conserver les « territoires occupés ». Connaissant le modus operandi rwandais depuis l’épopée de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) de M’Zee Laurent-Désiré Kabila jusqu’au M23 du duo Runiga-Makenga, en passant par le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) du duo Nkundabatware-Ntaganda, il est sûr et certain que l’occupation militaire de Goma est mise à profit pour infiltrer le plus possible la ville. Ainsi, tout en faisant semblant de cantonner ses troupes à plus de 20 kilomètres du chef-lieu du Nord-Kivu, le M23 est occupé à recycler de faux civils dans les rouages de l’administration publique et des services publics. La technique de camouflage chère aux Rwandais va faire le reste. Ces insurgés qui crient à la démilitarisation de Goma, sont les premiers à la militariser, en faisant passer pour des civils des milliers de militaires soustraits du processus de retrait.

FDLR : le fond de commerce de Kigali reconstitué

Totalement débarrassé du bourrelet d’agresseur de la RDC qu’il traînait depuis le mois de juin 2012, à la suite de la publication d’un rapport préliminaire accablant sur son appui au M23, le Rwanda a maintenant le loisir de jouer la partition de son choix sur le piano congolais. Comme entrée en matière, à la veille de l’expiration de l’ultimatum lancé par la CIRGL à ce mouvement rebelle, le régime de Kigali n’a pas trouvé mieux que de réactiver son traditionnel fond de commerce : les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda). Alors que le territoire rwandais bénéficie d’un bouclier nommé M23 le long de sa frontière commune avec la RDC, au Nord-Kivu, il a trouvé le moyen de monter le scénario d’une attaque des FDLR contre ses villages.

Le vrai message adressé à la communauté internationale est que le Rwanda se trouve en insécurité du fait de la décision de la CIRGL de voir le M23 dégarnir le couloir situé entre Goma et Rutshuru. En d’autres termes, cela voudrait dire que personne ne devrait s’étonner de voir les soldats de Kagame exercer leur droit de poursuite contre cette force négative truffée de miliciens génocidaires, éligibles devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

En sortant les FDLR brutalement d’un chapeau connu de lui seul, le régime de Kigali prépare l’opinion internationale à comprendre les actions de représailles à venir, qui seraient en fait de nouvelles campagnes de conquêtes territoriales en République Démocratique du Congo et de soutien au M23.

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