Le Kivu victime du «Marché commun de l’Est» ?

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La question de la balkanisation de la République Démocratique du Congo est plus que jamais au centre du débat, au pays comme à l’étranger. Le ton est même monté de plusieurs crans à l’étranger, où des Congolais de la diaspora n’hésitent plus à pointer du doigt certains pays occidentaux, coupables à leurs yeux d’être les tireurs de ficelles. Dans cette polémique,  l’Ambassade des Pays-Bas à Kinshasa a tenu à attirer l’attention de l’opinion congolaise sur la distance à observer entre les manœuvres de déstabilisation du Congo et la sincérité des financements néerlandais aux projets de coopération, aux processus électoraux et aux actions humanitaires.

En dépit de cet éclairage, de nombreux congolais ne croient pas moins qu’une large portion des Etats du Nord seraient partisans de la partition de leur pays, au motif qu’il serait jugé trop grand géographiquement et mal gouverné par ses fils et filles. Ils n’ont pas non plus oublié les propos de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, qui avait préconisé la gestion commune des ressources naturelles congolaises avec les pays voisins de l’Est (Rwanda, Ouganda, Burundi) comme solution à l’instabilité récurrente dans les Grands Lacs.

Les Congolais de l’intérieur comme de l’extérieur ont de sérieuses raisons de s’inquiéter, dès lors que continue de trottiner, dans les têtes des Grands de ce monde, l’idée de l’éclatement de la RDC en au moins quatre Etats autonomes. Pour beaucoup, ce qui se passe au Nord-Kivu et au Sud-Kivu depuis près de 20 ans répond à un schéma préétabli de balkanisation. Ainsi, tout est fait pour affaiblir politiquement, économiquement, militairement et socialement le pays, de manière à placer ses citoyens devant deux provinces ingouvernables, dont l’autonomie de fait serait constatée comme leur incapacité à s’assumer comme membres d’une communauté unie.

Selon certains analystes, il existe déjà un « Marché Commun de l’Afrique de l’Est », dont les échanges dépendent étroitement des produits miniers et agricoles  du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les industries, le commerce, les ports, les routes, les administrations douanières de plusieurs Etats de l’Est ont besoin de la participation de ces deux provinces, non pas comme entités dépendantes du grand Congo mais plutôt comme Etats indépendants.
Voilà le sens caché, dit-on, de l’omniprésence des forces négatives nationales et étrangères dans cette partie de la République.  Si les Congolais arrivent à saisir les enjeux cachés d’une insécurité engagée dans d’interminables prolongations, et comprendre pourquoi le général Bosco Ntaganda et le colonel Makenga, à la tête de nouvelles rébellions qui ensanglantes le Nord-Kivu, ont choisi de battre en retraite jusqu’au Parc de Virunga, c’est déjà un grand pas dans la voie de l’éveil des conscience.

Car, logiquement, ces officiers rebelles, dont l’un se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par la CPI (Cour pénale Internationale) depuis août 2006, ne pouvaient prendre le risque de s’aventurer dans une zone sous contrôle des FARDC, de l’armée ougandaise, des troupes de l’Union Africaine et des observateurs américains occupés à traquer Joseph Koni, le patron de la LRA, autre criminel recherché par la CPI.
Comment expliquer que Bosco Ntaganda ait eu l’idée d’aller camper sur des terres où les patrouilles mixtes congolaises, ougandaises, américaines et de l’UE peuvent procéder à tout moment à son arrestation ? Bizarre ! Le repli des nouveaux insurgés congolais vers la frontière ougandaise est suspect.           

Kimp

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