Le Kivu Nord et Sud: Des horreurs de la guerre au danger des méfaits du gaz carbonique

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Un petit entrefilet paru en bas de la page 6 de l’édition du quotidien Le Phare du mercredi 26 août, reprenant une information diffusée par Radio Okapi, semble passer inaperçu, alors qu’il dénonçait une situation extrêmement grave du danger imminent de l’explosion du gaz carbonique du Lac Kivu à Goma, menaçant la vie de 2 millions de personnes au Nord-Kivu, avec extension de ses effets nocifs à Bukavu au Sud-Kivu. Encore sous le coup des horreurs de la guerre depuis 1996 jusqu’aujourd’hui, le Kivu voit se profiler à l’horizon un autre danger imminent, celui de graves méfaits dégagés par les émanations du gaz carbonique. Les plus menacées sont les personnes qui habitent le long du golfe de Kabuno situé dans la zone de Sake au Sud de Goma. Selon une équipe de scientifiques du professeur français Michel Halbwachs qui a fait ces révélations, le volume de ce gaz est estimé à près de 3 kilomètres cubes dissous dans les eaux du golfe, et ce gaz se trouve seulement à 12 mètres de profondeur. Cette teneur constitue un danger certain latent pour les populations riveraines du golfe de Kabuno.

 

            Selon ces mêmes scientifiques, en cas d’explosion, un nuage de gaz carbonique se propagerait à la surface et asphyxierait toute vie humaine aux alentours. Les villes de Goma et Bukavu en RDC, et celles de Gisenyi et Cyangungu au Rwanda, voire Bujumbura la capitale de Burundi, seraient affectées par la propagation des exhalaisons de ce gaz carbonique. Pour conjurer le danger prévisible d’explosion de gaz susceptible de se produire à tout moment, les chercheurs estiment urgent de procéder au dégazage du golfe de Kabuno, c’est-à-dire la mise sur pied d’un procédé scientifique qui fait s’échapper le gaz carbonique et réduire ainsi sa teneur et sa nocivité. Cette opération nécessiterait 3 millions d’euros. Tous ces éléments d’information sont tirés de l’entrefilet publié par Le Phare. Une catastrophe est détectée, et la sonnette d’alarme tirée. Il y a lieu de se demander si le pouvoir est conscient de l’ampleur de ce drame qui plane sur la population du Nord-Kivu déjà terriblement éprouvée par les horreurs d’une guerre intermittente depuis plus d’une dizaine d’années.

            La détection de l’imminence de ce danger est faite par une équipe de chercheurs étrangers, qui en ont informé l’opinion nationale au cours d’une conférence de presse tenue à Kinshasa le lundi 24 août. Se seraient-ils heurtés à l’indifférence des autorités qu’ils auraient tenu à alerter l’opinion ? Probable. Toujours est-il que depuis la divulgation de cette nouvelle, le pouvoir ne semble pas en être préoccupé. Et pourtant c’est une catastrophe en perspective qui aurait pu ébranler la conscience des sphères officielles, et les inciter à rassembler leurs énergies et à mobiliser les moyens adéquats pour y faire face avant qu’il ne soit trop tard. Comment est-il concevable qu’un drame qui se dessine quelque part dans notre pays soit décelé et porté à la connaissance de l’opinion nationale par des sources étrangères ? S’agit-il d’un déficit de communication ou bien de l’inconscience du poids des charges publiques qu’on assume ? Il en est de même d’autres événements dont les médias étrangers font leurs choux gras. Souvent comme retour de manivelle, c’est le pouvoir qui en fait les frais. Les choses se seraient passées autrement, et à son avantage, si le pouvoir prenait soin de précéder les événements, en se dotant d’un système de communication approprié de la porte ouverte aux médias nationaux.

 

 Une politique d’expédients

             Tout cela pose naturellement le problème de la compétence des animateurs des rouages de l’Etat qui administrent un pays aussi vaste que la RDC. Il survient des événements et des problèmes qui ne nécessitent même pas des aptitudes particulières pour y faire face. Mais ils deviennent ardus et complexes par manque de volonté et de clairvoyance  politique. Ce Kivu, source principale de la majorité au pouvoir, à qui on avait persuadé de voter la Constitution et participer massivement aux élections pour être débarrassé du fléau de la guerre, se sent toujours frustré dans ses attentes. La population du Kivu n’arrive pas à comprendre que l’accomplissement de ses devoirs civiques lui apporte, en retour, plus de souffrances et d’inquiétudes perpétuelles, que de paix et de joie. EIle a raison de se demander quel péché inexpiable aurait-il commis. Comme un malheur ne vient jamais seul, voilà que s’annonce imminent le danger des méfaits du gaz carbonique. Un drôle  de serpent caché sous les fleurs qu’une équipe de scientifiques français vient de découvrir. Un danger qui s’ajoute aux horreurs de la guerre.

            Au lieu de s’empresser de prévenir la catastrophe, on semble attendre qu’elle se produise pour enfin commencer à s’agiter, en faisant appel à la solidarité nationale et au patriotisme collectif de tous les Congolais qui devraient alors compatir aux souffrances de leurs compatriotes du Nord-Kivu, victimes des émanations du gaz carbonique du Lac Kivu. Une politique d’expédients qui n’apporte pas aux grands maux les grands remèdes qu’ils exigent. A la conférence de Goma sur la paix, la sécurité et le développement de ces provinces du Nord-Kivu et du Sud, on avait mobilisé tant de ressources humaines politiques et sociales, ainsi que financières. Ce fut un appel pressant à la solidarité nationale en faveur de la population de ces deux provinces. Mais la paix et la sécurité n’y sont jamais revenues jusqu’à présent où un autre drame qui s’appelle explosion du gaz carbonique s’annonce aux portes de Goma. Chez nous événements et problèmes qui surgissent sont-ils plus insurmontables que partout ailleurs ? Mbororo, Fdlr, groupes armés rebelles, Kahemba etc. n’ont jamais été résolus. En serait-il autrement de l’explosion du gaz carbonique ? En tout cas pas de miracle à espérer.

 

Jean N’Saka wa N’Saka

(Journaliste indépendant)

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