«Le journalisme est le plus malmené des métiers de la communication…»

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Au nom du Ministre de la communication et des médias, j’aimerais vous dire tout le plaisir que j’ai à me trouver parmi vous ce jour à l’occasion de l’ouverture de cet atelier organisé par l’Observatoire des Médias Congolais (OMEC) en faveur des opérateurs du secteur des médias.

Le Ministère de la Communication et des Médias loue cette initiative car, à l’heure où la République Démocratique du Congo s’efforce de sortir définitivement des cycles de guerres qui ont marqué son histoire au cours de la dernière décennie, il est fort utile de réfléchir à d’éventuels affinements du cadre juridique fixant les modalités d’exercice des droits humains fondamentaux et des libertés garantis par la Constitution de la République.

Le thème à l’ordre du jour du présent atelier à savoir « La Tolérance zéro et la sécurité des journalistes : défis et perspectives » vient à point nommé.

Il n’est pas inutile de rappeler que la sécurité des journalistes constitue un défi majeur pour la République démocratique du Congo.

Certes, il est vrai que depuis quelques années, la presse congolaise traverse des moments particulièrement difficiles, marqués par des assassinats de journalistes au nombre desquels nous pouvons citer notamment: le cas de Franck Ngyke, assassiné à Kinshasa en 2005 au même moment avec son épouse, de François Bapua Mwamba, assassiné à Kinshasa en 2006, de Serges Maheshe, abattu en mai 2007 à Bukavu, de Namujimbo assassiné en 2008, Bruno Coco Chirambiza en 2009. ll y a à peine quelques semaines, précisément le 5 avril, Patient Chebeya a été tué à Beni.

Ces crimes odieux ne laissent pas indifférent le Gouvernement de la République qui s’emploie à assurer la sécurité de tous sur I’ensemble du territoire national.

Bien que certains pensent qu’en RDC, le journalisme est un métier à risque et que le journaliste ne bénéficie d’aucune protection de la part des pouvoirs publics, il y a lieu ici de noter que le gouvernement n’a aucun intérêt à museler la presse. Au contraire, engagé dans un vaste chantier de transformation et de modernisation de notre pays, le gouvernement trouve dans la presse un partenaire privilégié qui doit I’aider à obtenir l’adhésion de tous à son action.

Et, cet à juste titre que je peux affirmer que vous êtes en même temps des médiateurs indispensables de nos relations sociales et des décrypteurs d’un dialogue social très codé, qui confine parfois au jeu de rôle. C’est de votre professionnalisme et de votre capacité d’analyse que dépend la qualité de I’information de nos concitoyens. Votre mission est donc difficile, mais vous devez l’accomplir avec rigueur.

Pour relever le défi de la sécurité, chacun doit prendre sa part de responsabilité. Pour sa part, le gouvernement ne ménage et ne ménagera aucun effort pour assurer la sécurité des journalistes et les crimes contre les journalistes ne resteront pas impunis.

Pour preuve, l’enquête diligentée après I’assassinat de Patient Chebeya a permis d’identifier et punir sévèrement les coupables de ce crime odieux.

lls ont été jugés et condamnés. Cela pour dire que la campagne «tolérance zéro» lancée par le gouvernement de la République n’est pas un slogan mais un véritable engagement politique.

De leur côté, les journalistes ont aussi leur part de responsabilité. «Chiens de garde», dressés pour traquer les abus de tous ordres contre la société, ou «aiguillon» de la démocratie pour une meilleure gestion de l’espace public ; les médias congolais doivent être à la hauteur de leur mission.

Mais que constate-t-on ? Certains journalistes enjambent souvent allègrement les frontières normatives au nom du droit à I’information, prêtant ainsi le flanc. lnjures, mensonges, faits tronqués sont devenus si présents et banals qu’on ne sait plus ce qu’est I’information.

Certes, l’un des droits le plus précieux de l’être humain est sans doute celui de communiquer librement ses pensées et ses opinions.

La liberté de la parole dans une société démocratique, on le sait, est garantie et donne droit à un autre droit fondamental : le droit d,être bien informé. Mais le droit à I’information serait-il une fonction inverse de devoirs et responsabilités des hommes de médias ?

En m’adressant aux journalistes, je leur dirai que la déontologie professionnelle leur recommande objectivité et impartialité dans leur tâche quotidienne et le travail qu’on leur demande consiste à collecter les faits, recouper les sources pour attester leur véracité, les traiter en fonction des besoins spécifiques du public.

Or, tous ceux qui ont observé le paysage médiatique congolais au cours de ces dernières années doivent certainement s’être rendu compte, que le journalisme est le plus malmené des métiers de la communication.

La prolifération des médias a entraîné une augmentation vertigineuse du nombre de journalistes. Certains d’entre eux n’ont peut être pas reçu une formation professionnelle adéquate. Ce qui tes placent en position d’ignorance des règles de la pratique professionnelle et donc ne peuvent pas les respecter. Leur dérives discréditent toute une profession, pourtant l’une des plus exaltantes.

Toutefois, le Ministère reconnaît que ce pays dispose de bons journalistes qui sortent du lot. Mais à côté d’une poignée de ces professionnels dont nous pouvons être fiers, un nombre plus important de journalistes congolais a besoin soit d’une mise à niveau, soit d’une formation aux diverses facettes de ce métier.

A cet effet, le Ministère de la communication et des Médias salue les efforts consentis depuis des années par l’OMEC pour amener les professionnels à respecter des règles fondatrices du métier d’informer.

Tout ceci, c’est pour dire que quels que soient les efforts fournis, le gouvernement ne peut pas réussir seul à relever le défi de la sécurité tant que les journalistes eux-mêmes, de leur côté, ne se prendront pas en charge et ne réorganiseront pas la profession.

Au-delà de la loi, des chartes ou des codes de déontologie qui ont fixé le cadre de l’exercice de la profession, le journaliste doit prendre ses responsabilités.

L’encrage dans les pratiques du métier est aussi celle des rédactions, celles des organisations de journalistes et surtout celle de l’élite de journalistes.

Ceci m’amène à dire que la formation des journalistes est un impératif pour le saut qualitatif de la presse congolaise. Sans un réel renforcement des capacités des journalistes, notre presse risque d’être confinée à la périphérie de la démocratie.

Pour terminer, j’invite les journalistes congolais à s’engager plus que jamais à lutter ensemble avec le gouvernement pour les meilleures conditions de travail et de sécurité. 

Ceci étant dit, je déclare ouvert l’atelier de réflexion sur « La Tolérance zéro et la sécurité des journalistes : défis et perspectives » organisé par l’Observatoire des Médias Congolais « OMEC ». 

Je vous remercie et vous souhaite fructueux travaux.

 

Pour le Ministre de la Communication et des Médias 

Me. KISIMBA NGOY MAJ

Ministre des Affaires Foncières

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