Le jour où Mobutu sonna le glas de son régime

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« Je prends à partir de ce jour congé du MPR pour lui permettre de se choisir un nouveau chef ». Cette phrase avait fait l’effet d’une bombe dans la salle de Congrès de la Nsele le 24 avril 1990 lors du discours prononcé par le maréchal MOBUTU Sese Seko alors président du MPR et de droit président de la République du Zaïre. On aurait entendu voler une mouche. Un froid glacial envahit toute la salle pleine des dignitaires du parti-Etat médusés et horrifiés par un tel courage d’un homme qui jusque là était leur guide et qui par cet acte venait de les abandonner sans les avoir prévenus. L’image la plus éclatante et émouvante fut celle de KITHIMA Bin Ramazani, alors secrétaire général du MPR et placé sur la première rangée qui donna l’impression de quelqu’un qui se demandait si le ciel ne lui était pas tombé sur la tête. Des pleurs furent entendus dans la salle mythique dont ceux de celui-là même qui venait de prononcer ces mots cruels : « comprenez mon émotion » s’exclama-t-il en essuyant quelques larmes mal contenues. Une expression que les étudiants du campus de Lubumbashi utilisèrent pour baptiser l’un des carrefours conduisant vers les homes des filles rendu célèbre car c’est là que partirent les premiers coups de feu lors des troubles survenus entre les étudiants et les forces de l’ordre dans la nuit du 10 au 11 mai 1991 considérés comme le début de ce qui fut considéré comme le massacre des étudiants par des éléments de la Garde Civile dépêchés par Kinshasa, la fameuse « Opération Lititi Mboka »..

Libéralisation de la vie politique

Ce discours fut prononcé dans ce qui était considéré comme le temple de l’église car c’est bien là que non seulement fut créé le MPR un certain 20 mai 1967 mais aussi c’est aussi là que se tenaient tous les congrès du parti. Ce discours retentit comme un couperet sur les têtes couronnées et la suite le confirma. Dès le lendemain, comme si cela était programmé, des cravates apparurent dans toutes les avenues et rues de la capitale, les prénoms chrétiens firent leur réapparition et la plupart des quartiers de la ville furent envahis par des réunions politiques. Quelques jours après cette date les Kinois vont découvrir de nouveaux  journaux sur les marchés avec des titres tout aussi révélateurs que provocateurs. Bien entendu, les anciens titres tels qu’ELIMA et SALONGO furent surpris par tant d’ouverture et ne se ressaisirent que quelques mois plus tard. La presse libre n’avait pas attendu le coup de sifflet pour montrer ce dont elle était capable, avait déclaré l’un des leaders charismatiques, entendez Etienne TSHISEKEDI qui fut très surpris de voir ses geôliers le quitter subitement sans même le prévenir.

Par ce discours, le maréchal MOBUTU  voulait donner sa vision sur les changements induits par le vent de la Perestroïka qui soufflait très fort depuis l’Union Soviétique sous la houlette d’un certain Michael GORBATCHEV. Bien avant cela, on le sait, il avait lancé l’idée des consultations populaires conduites à travers tout le territoire national par l’un des ses plus proches collaborateurs, en l’occurrence Nkema Liloo. Il espérait par ce discours donner des indications quant à la conduite à suivre dans tous les secteurs de la vie nationale. Mal lui en prit car il récolta le contraire de ce qu’il escomptait. La soif de la liberté était tellement forte au sein des couches populaires que le maréchal fut désagréablement surpris par les mouvements spontanés de la rue. Un seul mot : liberté d’opinion, d’expression, d’association, etc.

Mobutu a démissionné !

Au lendemain de ce discours, ce qui allait constituer la classe politique new look eut une autre lecture de cet évènement historique. Aux yeux de nombreux d’entre eux, en démissionnant du MPR, le maréchal devrait tirer les conséquences juridiques de cet acte car selon la Constitution en vigueur était claire : c’est le président du MPR qui était de droit président de la République. Ce qui lança un débat juridique et politique fort animé dans tous les salons politiques et diplomatiques de l’époque. Entretemps, des jeunes loups de ce parti, parmi lesquels Banza Mukalayi, Mukulumanya Wa Ngate, Charles Bofassa, avaient eux organisé une assemblée extraordinaire pour mettre en place un directoire provisoire.

Pour leur part, ceux des partis qui se réclamaient de l’opposition étaient en train de s’organiser en plate-forme pour réclamer la tenue d’une conférence nationale souveraine censée mettre en place un gouvernent d’union nationale chargé de préparer les élections générales. Voilà le climat qui prévalut au lendemain de ce discours historique.

                                     Fidèle Musangu             

 

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