Le gouverneur de Kinshasa accuse le ministre de l’Urbanisme

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Sous la houlette de l’Ambassade de France en RD Congo, une grande conférence consacrée à la ville de Kinshasa a été organisée, le mardi 25 janvier 2011 à la Halle de la Gombe. Divers orateurs se sont succédé du haut de la tribune pour décrire l’histoire et les perspectives d’avenir de cette ville qui se révèle déjà comme la mégapole la plus peuplée d’Afrique en 2025. Parmi ceux-ci, le professeur Léon de Saint-Moulin, historien belge établi en RDC depuis 1959, a rappelé qu’à l’accession du pays à l’indépendance, l’ex-Léopoldville ne comptait que 400.000 habitants, alors que depuis 2010, près de 10.000.000 d’âmes y résident. Cité bâtie à 80% par la population qui la fait grandir elle-même, et non l’autorité, Kinshasa accueille, selon le Père jésuite, chaque année plus ou moins 500.000 nouvelles naissances, alors que les infrastructures restent les mêmes. L’exemple de la vétusté  du pont de la rivière N’Djili a failli faire tomber Léon de Saint Moulin de sa chaise, car une éventuelle rupture de cet unique trait d’union entre les parties Est et Ouest de la capitale, entraînerait des conséquences incalculables pour tous. 

            A la suite de la projection d’un film datant de l’époque coloniale, conférenciers et public ont tour à tour élevé la voix pour décliner les défis actuels auxquels la ville fait face, tout en proposant éventuellement des pistes de solution. A cet effet, le gouverneur de la ville-province de Kinshasa, André Kimbuta Yango, a d’entrée de jeu exprimé sa déception au regard de ce document invraisemblablement réalisé à des fins propagandistes et ne reflétant qu’une petite vérité de ladite époque. Point de vue appuyé par Jacques Fumunzanza, Directeur de cabinet du Premier ministre et auteur d’un récent livre fouillé sur Kinshasa. Ce dernier a confirmé que ce document a fait abstraction des huttes dans lesquelles vivaient les noirs. « Nous sommes restés sur notre soif… »

            Invitée à proposer une vision nouvelle après le constat du passé, l’assistance est globalement arrivée à la conclusion selon laquelle la ville ne s’est pas préparée à accueillir à ce jour une telle population. Cependant, a souligné le gouverneur, l’administration urbaine est en pleine élaboration d’un plan pour la ville, où est prévue notamment la tendance à délocaliser les quartiers problématiques vers l’Est. Solution jugée partielle par certains communicants, ceux-ci ont souhaité que ce plan soit accompagné d’un système de décentralisation car tous les services de l’Etat(DGM) et entreprises publiques se trouvent au centre de la ville. Allant plus loin, un député provincial, Martin Fayulu, élu de Ngaliema, a fait remarquer qu’avec des programmes racolés comme celui-là, on ne peut rien prévoir. Pour lui, le vrai problème est celui de responsabilité ou d’irresponsabilité car « on ne peut pas gérer une ville comme on la fait maintenant, sans faire participer ses citoyens».

            Concernant la question des lotissements anarchiques observés à travers la ville, alors que tout le monde semblait lancer des fléchettes en direction du premier citoyen de la ville, celui-ci s’est défendu en affirmant que ce chaos est entretenu par le ministère de l’Urbanisme. « Nous avons fait participer la population kinoise lors des Etats généraux de leur ville. Et la réalisation de ce programme a un coût. Que peut-on faire de 900 millions de FC qu’on nous alloue ? Jusqu’à ce jour, la rétrocession des  40% prévue par la Constitution n’est toujours pas d’application. D’autre part, la DGRAD continue de percevoir les taxes dans la capitale. Devrais-je déterrer mon père décédé pour avoir les moyens ? » a questionné le gouverneur, visiblement monté sur ses grands chevaux à cause de diverses attaques portées contre lui.

            Poursuivant sur la question des lotissements, André Kimbuta a regretté de faire seul le sale boulot de démolition alors qu’il n’a jamais autorisé des lotissements. « Quant on parle de l’autorité en cette matière, on doit faire une nette distinction car celui qui la gère, c’est le gouvernement central. Nous avons un plan clair pour les logements mais les ressources font défaut. Ainsi, pour résoudre ce problème, nous encourageons le partenariat public-privé dans lequel l’Etat amène la terre et les privés les moyens financiers », a-t-il clamé.

            En guise de conclusion, il a invité tout le monde au réalisme et à attendre la validation par les forces vives du plan de développement de la ville concocté par son administration.

            Il faudrait relever la présence dans la salle du responsable du projet « Cité du fleuve », lequel a fait raisonner son auditoire sur les contours de cette initiative. « Notre intérêt social ? Malheureusement, nous ne sommes pas l’Etat, mais des investisseurs privés ayant pour objectif de générer les bénéfices. Le problème de Kinshasa est qu’il n’existe pas de marché d’hypothèques. Toutefois, la Cité du fleuve est le premier pas vers le social car c’est un nouveau terrain qui va alléger la Commune de la Gombe où les prix de contrats immobiliers deviendront plus abordables… » a-t-il promis.

 

Tshieke Bukasa

 

 

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