Le gouvernement face aux défis de la relance de l’économie congolaise

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Le Premier ministre a soumis le lundi 13 octobre dernier, à l’Assemblée nationale siégeant en session essentiellement budgétaire, le projet de loi des finances 2015 qui dévoile la carte de grandes réalisations de son équipe gouvernementale sur les plans économique et social. Sur ce socle, Augustin Matata Ponyo a esquissé les perspectives encourageantes des finances de l’Etat tant en recettes qu’en dépenses pour le prochain exercice, estimées à 9 milliards de dollars, épinglant au passage quelques performances accomplies en 2014, dont notamment la consolidation du cadre macro-économique, le maintien de la stabilité de la monnaie, la maîtrise de l’inflation, l’accélération de la croissance et la création d’emplois. Si son gouvernement peut se féliciter d’avoir lancé une série des réformes pour améliorer la gouvernance, il s’est aussi engagé sur plusieurs chantiers d’infrastructures avec la réfection de quelques routes prioritaires et le projet-phare de construction de 1.000 écoles et de 1.000 hôpitaux.

 Outre ces quelques projets « pharaoniques », l’on devrait épingler l’assainissement du climat des affaires, la transformation des entreprises publiques et tant d’autres réformes qui concrétisent la volonté du gouvernement Matata de conduire la RDC sur l’orbite de pays émergents d’ici 2030.

 Malgré ce tableau reluisant sur plusieurs plans, quelques députés ont relevé quelques dysfonctionnements dans le paquet d’infrastructures, avec certaines routes de desserte agricole encore en état de délabrement avancé, des ponts vétustes qui continuent à délimiter le tonnage des véhicules de transport et freinent le développement des échanges commerciaux interprovinciaux. D’autres élus du peuple plus documentés, ont fait valoir le caractère irréaliste de ce budget qui ne reflète pas la capacité du gouvernement à mobiliser davantage des recettes publiques, compte tenu de la taille de notre pays aux dimensions continentales.

 Ils ont déploré l’absence d’infrastructures sociales dans certains coins de la république où les écoliers, faute d’écoles en matériaux durables, continuent à étudier sous l’ombre de quelques arbres, tandis que la carence des structures sanitaires viables, a contraint à la mort certaines populations de l’arrière-pays. Cet enclavement élargit la fracture sociale qui caractérise notre pays, entre d’un côté, les citadins qui sont prises en charge dans les zones de santé, et de l’autre, les communautés abandonnées à leur triste sort.

Les secteurs prioritaires et les entreprises nécessitent un grand financement

 Sur le plan économique, d’autres députés ont mis en exergue le tableau sombre de la faillite du secteur de la panification qui a vu une centaine de boulangeries fermer leurs portes, les unes après les autres, à cause de la multiplication des taxes fiscales et parafiscales, la révision à la hausse continuelle des intrants et des charges d’exploitation et l’apparition de grandes sociétés industrielles. Ces grandes unités de production ont poussé à la fermeture les petites et moyennes entreprises incapables de résister à la concurrence.

 Le Premier ministre qui a annoncé son ambition de relancer la production intérieure, s’est-il donné les moyens de sa politique, quand on sait que dans l’arrière-pays, les populations qui ne vivent que de l’agriculture de subsistance, continuent à attendre désespérément du matériel aratoire et  des semences améliorées pour relancer la production agricole, en attendant que soit envisagé un jour, l’implantation des parcs agro-industriels de l’envergure de Bukanga Lonzo !

 La situation des entreprises publiques transformées en sociétés commerciales ne cesse de préoccuper les observateurs qui notent que ces unités de production classées à l’époque dans le registre des canards boiteux du Portefeuille, se retrouvent aujourd’hui au bord de la faillite. Les vagues de dégraissement de leur personnel n’ont pas suffi de stabiliser leur trésorerie, parce que confrontées au paiement des décomptes finals, à un endettement qui ne saurait être épongé que par un autre endettement, sinon par une intervention salutaire du gouvernement ou de l’Etat-propriétaire.

 L’ouverture de leur capital aux nouveaux investisseurs ou de grands groupes industriels serait la solution qui mériterait d’être mise sur la table. Mais comment susciter la confiance de ces investisseurs si l’Etat congolais continue à nommer les membres du comité de gestion, à recommander des masses de travailleurs et à effectuer des ponctions dans leur trésorerie pour contribuer à « l’effort de guerre » ?

Augustin Matata Ponyo ferait œuvre utile en poursuivant des efforts dans le processus de désengagement de l’Etat dans ces sociétés commerciales appelées à être gérées avec orthodoxie comme des entreprises privées et qui devront être non seulement innovantes, mais surtout productives et compétitives.

De même créer de nouvelles ne pourrait que placer le gouvernement devant des besoins importants en ressources financières qu’il n’a pas et qui l’obligeraient à alourdir son endettement extérieur, après l’épisode de l’effacement de sa dette.

 La profession de foi ne suffit certes pas, mais la relance de toutes ces anciennes unités de production requiert une bouffée d’oxygène en termes de capitaux frais qui viendraient leur donner un souffle nouveau.

 A la lumière des préoccupations de la majorité des Congolais, l’heure est donc venue pour le gouvernement de hiérarchiser les priorités, en plaçant en ordre utile le financement des projets économiques porteurs ayant des effets d’entraînement dans plusieurs secteurs d’activités et sur l’amélioration du bien-être de populations de l’arrière-pays. Il va de soi que ces projets vont créer des emplois et générer des revenus pour contribuer au trésor public en termes de paiement des taxes.

       J.R.T.

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