Le gouvernement face à ses responsabilités et aux défis d’appropriation

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images-Joseph_Kabila_et_le_membre_du_Gvt_Matata_365521223Financés par plusieurs partenaires extérieurs dans le cadre de la coopération bilatérale et multilatérale, et autres, de nombreux projets sont déjà arrivés à terme. D’autres le seront bientôt et dans les années à venir. On en compte plus de trois centaines qui couvrent pratiquement tous les secteurs. Citons entre autres la réalisation des infrastructures routières, sanitaires, éducatives, sociales, appuis aux organisations paysannes dans les domaines de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage, de l’artisanat, aux comités locaux de développement, aux ONG locales, aux ministères nationaux et provinciaux, acquisition des équipements didactiques, sanitaires, intrants agricoles, produits vétérinaires, semences améliorées, matériels informatiques, construction des bâtiments des quartiers et des communes, des véhicules et des motocyclettes pour favoriser la mobilité des agents de l’Etat dans certains coins enclavés de la république, même des consommables informatiques étaient fournis régulièrement pour le bon fonctionnement de nombreuses structures publiques et privées.  Ce n’est pas tout. Des panneaux solaires  et des groupes électrogènes assurent aujourd’hui, l’alimentation en énergies renouvelables là où la fourniture en énergie électrique constitue un frein au développement de la contrée.

 

            En effet, pour faire marcher certains projets, les partenaires extérieurs devaient approvisionner des projets en carburants et lubrifiants, tout en assurant l’entretien du matériel et en allouant des primes de motivation à certains agents de l’Etat.

            Cette prise en charge totale de certains projets va inexorablement s’estomper à la fin de ces projets. Mais déjà, les projets en cours de réalisation connaissent des problèmes sérieux d’exécution. Dans la province Orientale, deux cas illustrent ce genre des difficultés. Des organisations paysannes avaient reçu des équipements techniques pour accroître leurs capacités de production et l’amélioration de la qualité de leur production. Il y avait dans le lot des batteuses, des décortiqueuses, des calibreuses et des ensacheuses fonctionnant à l’aide des moteurs à essence. Les gestionnaires de ce matériel ont appris que pour maintenir ces outils en bon état de marche, ils devaient traiter les champs des membres et d’autres paysans, en percevant un petit montant pouvant permettre l’achat régulier du carburant, l’entretien des machines, le paiement des primes d’entretien et de réparation. Ce qui allait favoriser la pérennisation de ce projet. Plusieurs mois plus tard, le constat fait était déplorable. Le secteur de Banalia n’avait enregistré aucune avancée dans le domaine agricole. Le riz était récolté et décortiqué selon la méthode artisanale, pendant que les équipements étaient toujours sous emballage entreposés dans des locaux. Raison de ce dysfonctionnement, les paysans n’ont jamais acheté du carburant pour faire tourner les machines. Ils en attendaient de partenaires extérieurs.

Faute d’initiatives locales, des équipements pimpant neufs inutilisés dans l’arrière-pays

            Le même cas s’est produit à Bafwasende où dans la localité de Bafwazana, sur la route nationale n°4 en se dirigeant vers Nyanya, d’autres équipements neufs remis aux paysans, à savoir des trancheuses de cossettes de manioc, des presses et des moulins, pour la production de la farine de manioc en un seul jour, ne sont pas toujours utilisés. Et pour cause ! Les paysans ont laissé entendre qu’ils sont tellement démunis qu’ils ne savent pas acquérir un litre d’essence à 1.800 FC pour rentabiliser le matériel, accroître leur production et gagner davantage. Peut-être qu’il faudrait organiser à leur intention, une session de formation pour les initier à la gestion du nouvel équipement.

            Par contre, les projets d’infrastructures routières ont toutes les chances du monde, de tenir le coup après la fin de ces projets. Leur seule planche de salut est l’appui dont ils pourront bénéficier du Fonds national d’entretien routier avec le système de péage. Que penser des routes de desserte agricole en terre battue situées dans certains coins reculés, et abandonnées à leur triste sort depuis leur construction ! De nouvelles en provenance de l’arrière-pays, on signale bon nombre se dégradent à la suite des intempéries, de la densité de la circulation de véhicules de gros tonnages, et par manque d’entretien.

            Quand on jette un coup d’œil sur les bâtiments publics construits ou réfectionnés avec l’appui des partenaires extérieurs, le constat est lamentable. Non seulement, les installations sanitaires sont bouchées, mais les murs se décolorent. Les poignets et les serrures de portières sont détraqués, les tubes néon ne s’allument plus et les mobiliers sont quelque peu abîmés.

Dans certains bureaux de services publics, faute de consommables informatiques, les ordinateurs pleins de poussière sont en panne, les imprimantes à l’arrêt, et les stocks de rames de papier duplicateur ont été épuisés. On recourt aux cybercafés de la cité pour la saisie de certaines correspondances administratives. D’où cette lenteur administrative maladive qu’on ne cesse de déplorer.

            Devant un tel tableau sombre, on est en droit de se poser des questions de fond. Si pour le fonctionnement normal de certains de ses services, le gouvernement n’arrive pas à assurer un approvisionnement régulier en équipements de bureau, en consommables informatiques, en matériels médicaux, en produits pharmaceutiques, comment pourra t-il garantir la pérennisation des projets financés par les partenaires extérieurs parvenus à terme ? Pourra-t-il reprendre le flambeau de la gestion de certains projets et poursuivre l’encadrement des paysans, comme le faisaient si bien ces partenaires techniques et financiers ?

            Il est donc temps que le gouvernement fasse l’état de lieux de ce type des projets «  orphelins » aujourd’hui à leur triste sort et qui nous ramènent à plusieurs décennies en arrière, comme si rien n’avait été réalisé dans ce pays ? L’heure de l’appropriation partielle ou totale de l’ensemble de tous ces projets a sonné. Face à ces défis, le gouvernement se trouve devant ses responsabilités.

                                   J.R.T.

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