Le français s’enrichit au contact des langues vernaculaires

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Sous le patronage de l’Ambassade du Canada en RD Congo, une conférence-débat riche en enseignements dans le cadre des festivités de la Francophonie s’est déroulée, mercredi 24 mars 2010, dans la salle Père Boka du Cepas. Son thème était : « Le français et la diversité culturelle ». Etaient invités comme orateurs, l’Expert canadien en forêt et changement climatique, Bruno Guay; professeur André Nyembwe Ntita de l’Université de Kinshasa et du Centre de Linguistique Théorique et Appliquée « CELTA » et  l’Ambassadeur de la Côte d’Ivoire, Guillaume Ahipeaud qui ne s’est pas malheureusement  présenté à ces cordiales expériences croisées du monde francophone.

Mais, avant l’entrée en matière, Mme Sigrid Anna Johnson a remercié tous les participants d’avoir honoré son rendez-vous sous la pluie battante. Cadrant avec le sujet du jour, elle a souligné les particularités culturelles de son pays: « Le Canada est né de la rencontre des peuples autochtones et de deux nations européennes, la France et la Grande-Bretagne. Le pays continue de se développer aux vagues successives d’immigrants venant de partout dans le monde. La population s’est largement diversifiée sur les plans ethnique et culturel au cours des 40 dernières années : plus de 200 groupes ethniques cohabitent au Canada. Cette diversité est bien visible à travers la multitude des communautés. En ce qui concerne ceux qui ont la langue française en partage, on peut citer les québécois plus connus mais aussi les acadiens, les francophones du Manitoba, de l’Ontario, etc. Toutes ces communautés cohabitent et constituent chacune une richesse de l’espace francophone canadien. La même langue française, qu’ils ont en partage, se décline en plusieurs variantes. »

Selon elle, planté le décor du débat, l’objectif de cette activité est de permettre à certains pays de faire part de cette réalité, signe de la richesse et diversité culturelle de la grande famille de la francophonie. Car, pour tout individu, s’ouvrir aux réalités autres que les siennes a toujours été bénéfique.    Pour sa part, le Délégué général à la Francophonie, Didier Mwewa wa Mwewa a indiqué : «Sans vouloir anticiper sur vos échanges, il me plaît de vous dire que le français, comme toute autre langue, s’est acclimaté partout dans les 5 continents aux réalités locales. Les Etats et gouvernements membres de la Francophonie, sont tous confrontés à ses traditions sociales, culturelles et politiques pour utiliser ou mieux s’approprier la langue française en lui donnant un visage national. Autant de pays, autant de réalités nationales qui approprient finalement une vitalité à la langue française. »

Pour le canadien Bruno Guay : « Le Canada hérite, il y a plus de 400 ans, du parler en langue française. Le Québec est la ville à majorité francophone mais d’autres villes, isolées dans un monde anglophone, s’adonnent avec plaisir au français. Ajouter à la diversité des communautés qui y existent, le français est vécu comme un héritage de France. Il se maintient et évolue tant bien que mal face à d’autres langues telles que l’anglais, l’espagnol. Malgré la concurrence féroce, le français résiste et même s’enrichit à travers les variantes linguistiques des uns et des autres… »

Quant au Prof André Nyembwe Ntita, il s’est appesanti sur l’expérience congolaise : «S’il y a des pays où la diversité linguistique et la diversité culturelle sont des réalités, la RDC en est un. L’Atlas linguistique de la RDC révisé par une équipe des chercheurs du Celta en 2008 indique le chiffre de 234 langues répertoriées.»

« L’option du français, langue officielle qui remonte à l’époque coloniale mais qui a été reprise et assumée après l’indépendance par les responsables politiques est à la fois une solution au problème de la communication entre Congolais et partant la diversité culturelle. Car, le résultat « in fine » de cette option est, dans le meilleur des cas, de rendre tous les citoyens congolais, locuteurs du français. A cet égard, cette option s’inscrirait dans la même perspective de domination du français à l’instar de l’anglo-américain face aux autres langues du monde…  ».

Eddy Kabeya

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