Le double langage de Kinshasa

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La République Démocratique du Congo ne semble pas parler d’une seule voix face au « Mapping Report » des Nations Unies publié le 1er octobre 2010 et axé sur les violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire sur son territoire par plusieurs armées et groupes armés, nationaux comme étrangers, entre 1993 et 2003. Lorsque l’ambassadeur congolais auprès des Nations Unies, Ileka, parle, l’on sent un appui sans réserve au travail réalisé par les enquêteurs onusiens et une soif déclarée de justice en faveur des victimes congolaises. Le diplomate congolais ne met pas les gants pour dénoncer le génocide commis par les soldats rwandais, ougandais et burundais au Congo, ni pour réclamer leur sévère condamnation devant un Tribunal Pénal International à mettre rapidement en place. 

            Quant au ministre de la Justice et Droits Humains, tout en proclamant l’adhésion du gouvernement à ce rapport, émet un certain nombre de réserve sur la période revisitée, estimée trop courte et souhaite que soient intégrées dans le document onusien des violations des droits de l’homme commises sous l’Etat Indépendant du Congo de Léopold II (1885-1908), le Congo belge (1908-1960), la Ière République (1960-1965), la IIme République (1965-1997) et le mandat de la Monuc/Monusco (depuis 1999).

            Le gouvernement congolais déplore aussi l’insuffisance de preuves, l’amalgame dans la relation des faits, ainsi que l’absence des auteurs et commanditaires « intellectuels » du présumé génocide, entendez les puissances et multinationales occidentales ayant parrainé les expéditions militaires rwandaises, ougandaises et burundaises en RDC.

            Enfin, c’est Lambert Mende, ministre de la Communication et des Médias, qui vient de monter au créneau, dans une prestation qui s’apparente plus à la remise en cause du « Mapping Report » qu’à son agréation. A entendre parler le porte-parole du gouvernement, c’est comme si l’œuvre présentée le 1er octobre 2010 mériterait une révision de fond en comble.

            Face à trois sons de cloche apparemment divergents, les Congolais ont de plus en plus le sentiment d’avoir affaire à undouble langage à Kinshasa. Du coup, d’aucuns se demandent si les graves charges portées contre le Rwanda de Paul Kagame ne mettraient pas à mal les autorités congolaises, soucieuses de ne pas relancer une cohabitation difficile avec lui.

            D’où l’on s’interroge sur la volonté de Kinshasa d’aller dans le sens des conclusions du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, qui en appellent à la mise sur pied rapide, par le gouvernement congolais, des mécanismes juridiques pouvant permettre des poursuites judiciaires contre les personnes physiques et morales impliquées dans les massacres, les tortures, les exécutions sommaires, les arrestations et détentions arbitraires, les violences sexuelles, les destructions méchantes sur son sol pendant dix ans.

            Les Congolais craignent que les « chambres spéciales mixtes », auxquelles seraient associés magistrats congolais et étrangers, en vue de connaître des crimes de guerre et crimes contre l’humanité dénoncés dans le Mapping Report, ne puissent fonctionner dans les délais compatibles avec la nécessité de donner un signal fort contre l’impunité des seigneurs de guerre, congolais et étrangers, en terre congolaise.

            La mémoire de plus de 5 millions de Congolais morts entre 1993 et 2003 appelle une clarification urgente de la position du Congo officiel face au Mapping Report.

            D’aucuns se demandent, face aux tergiversations de Kinshasa, pourquoi il y a eu un «Livre Blanc» et des plaintes contre le Rwanda et l’Ouganda en 1998.

                                               Kimp.

 

 

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