Le député Mulumba met fin à sa clandestinité

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leon1La session de septembre, au Sénat comme à l’Assemblée nationale, s’ouvre ce lundi 16 septembre. A cette occasion, le député national Léon Mulumba, membre du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie), frère du célèbre député démissionnaire Gecoco Mulumba, promet de répondre présent au rendez-vous. A en croire une correspondance qu’il vient d’adresser à la Monusco, l’élu du Mont-Amba a décidé de mettre fin à sa vie de «clandestin» inaugurée le 20 août 2013, date de son passage à tabac et de son arrestation par des  policiers agissant sous les ordres du colonel Eddy Mukuna, suivis de sa mise en détention provisoire au cachet du Parquet près le Tribunal de Grande Instance de Matete.

Il rappelle, dans la même correspondance, comment il avait réussi à s’évader du trou noir où l’avait prolongé le magistrat instructeur, sous la menace d’une procédure de flagrance qui allait être déclenchée aux premières heures de la matinée. Léon Mulumba fait aussi état de la saga administrative et judiciaire d’un dossier de tentative de spoliation du site agricole de Kingabwa par un fonctionnaire retraité, au détriment des mamans maraîchères dont la survie dépend, depuis des lustres, de ce patrimoine communautaire.

Son tort, souligne-t-il, est d’avoir cherché à défendre les intérêts des faibles contre la maffia foncière. Amer, le frangin de Gecoco note que ni son parti (PPRD), ni les autorités politico-administratives sensibilisées pour éviter l’arbitraire n’ont réagi dans le sens de la protection des personnes aussi vulnérables que de pauvres mamans maraîchères. Révolté, Léon Mulumba a résolu de ne plus se cacher et de s’afficher publiquement ce lundi au Palais du Peuple. Il se dit prêt à assumer toutes les conséquences de son acte.

Ci-dessous, la lettre ouverte qu’il a déposée à la Monusco le week-end dernier, avec copies aux ambassades et missions diplomatiques accréditées en RD Congo :

 

Lettre ouverte à la Monusco

Monsieur,  C’est avec un sentiment d’impuissance ,mêlé à de la profonde tristesse que, moi, Mulumba Léon,  député national de la RDC, pays ayant accédé à la souveraineté nationale et internationale depuis plus de 53 ans,  je suis ,hélas ,contraint de  constater que je suis réduit à me remettre au Haut-fonctionnaire des Nations unies que vous êtes, et aux diplomates en poste dans notre pays qui me lisent en copie, pour espérer trouver une solution, sinon le cas échéant faire entendre ma voix sur les événements me concernant qui se sont produits le 20 août 2013. Événements qui ont leur genèse plus loin. Permettez-moi de revenir sur les faits afin d’éclairer vos lanternes.  En date du 20 août 2013, aux alentours de 14h30, j’ai été victime d’une cabale sur un site agricole à Kingabwa, dans la commune de Limete, commune dont je suis député national du parti de la majorité, le PPRD. Il est de coutume qu’en période de vacances parlementaires, chaque élu doit être dans sa base électorale. Me trouvant dans la mienne,je reçus un coup de fil ,supposé provenir d’une maman maraîchère qui m’appelait au secours. De ce coup de fil, il ressortit que des éléments de la PNC, notre police nationale, chassaient les maraichers du site agricole qu’ils occupent depuis plusieurs décennies et cela, en n’hésitant pas de tirer des coups de feu. Je me resolus de passer au poste de police le plus proche afin de les informer de cette situation préoccupante.  Je me rendis ensuite sur le site pour m’enquérir de la situation, accompagné du sous-commissaire ainsi que 4 de ses éléments. A peine arrivés sur les lieux, un colonel de la police, répondant au nom d’Eddy Mukuna, me demandera d’approcher ainsi que 2 des éléments dépêchés par la police  de Kingabwa. Chose que nous fîmes. Il est important, pour votre gouverne, de savoir que j’ai eu malheureusement à rencontrer ce colonel à quelques reprises sur le site et il m’avait menacé devant témoins en me rassurant qu’il me fera payer le fait que «j’aurais manqué du respect au ministre de l’intérieur, Mr Muyej». Ce fameux colonel, en plein entretien téléphonique, intima l’ordre d’arrêter les 2 policiers du sous-commissariat de Kingabwa. Un des policiers a pu être arrêté. Puis à la grande surprise de toute personne présente sur les lieux, il ordonna mon arrestation. L’on croyait rêver car  jouissant de l’immunité parlementaire en ma qualité de député national élu et en plein exercice de mes  prérogatives parlementaires, je ne pouvais pas être arrêté ni même auditionné par ce colonel. Il est supposé être au courant de cela. Ses éléments,eux l’étaient, il me semble; ils ont refusé de lui obéir.

             Il s’ en rendit compte et il réitéra cet ordre, distinctement, en insistant sur le fait que c’était sur instructions du ministre Muyej (que je suppose être la  personne avec laquelle il était en conversation téléphonique). En tout cas, c’est ce qu’il a voulu nous faire croire et apparemment ça a marché car ses éléments se sont exécutés. Ils ont commencé par m’aveugler avec un produit en leur possession, puis ils  ont déferlé des coups de pieds et poings sur ma personne, m’ont déshabillé et m’ont jeté dans une des jeeps de la police. Durant 2 heures,  j’ai été baladé sur plusieurs sites de  la police,toujours maintenus sous les bottes de ces éléments indignes de porter l’uniforme de notre police. je me retrouvai enfin au poste de police de l’échangeur de Limete où m’attendait le fameux colonel. Avec un air triomphateur, il demandera à ses éléments de me filmer et de prendre des photos de moi dénudé. Chose qui fut faite. Puis, ils m’acheminèrent au parquet de grande instance de Matete. Sans être interrogé, je fus jeté au cachot .Mais auparavant,  j’eus le privilège d’assister à une performance théâtrale du fameux colonel ainsi que de sa troupe. Ce qui m’édifia sur leurs intentions et ce qui se tramait contre ma personne. En effet, ils ont exhibé 2 agents de leur unité, portés sur les dos de leurs collègues que j’aurais, soi-disant, frappés au point de leur fracturer les jambes. Comme si cela ne suffisait pas ils m’accusèrent aussi de destruction méchante des véhicules de la police et d’avoir pris leurs armes ! Dans le cachot dans lequel je me suis retrouvé, j’ai croisé le policier qui fut arrêté en même temps que moi,il me fit part de la proposition lui faite par le magistrat s’il voulait recouvrer la liberté: témoigner contre moi en confirmant leur mensonge dans le but de me faire condamner pour flagrance. Il prétendait avoir refusé leur offre car il trouvait que ce qui m’arrivait était injuste. Ayant reçu la visite de mes avocats alertés par la famille et des collègues députés, le procureur des lieux s’autorisera même  le luxe de faire arracher par les policiers du colonel Eddy Mukuna  le gsm d’un avocat qui avait commis le crime de me  prendre en photo dans le piteux état que ces policiers m’avaient mis. Il ne voulait pas prendre le risque de voir ces photos être utilisées contre la police ,tellement ils m’avait amoché. Cela aurait pu jeter un discrédit sur la police. Alors une seule question me turlupine:  Pourquoi les protégeait-il? Après le départ des mes avocats, aux alentours de 21h30, les policiers qui nous gardaient prirent le soin de me faire entendre que mon transfèrement serait prévu à1heure du matin. M’ayant autorisé de me soulager, je saisis la première occasion qui s’était présentée à moi pour m’évader. Je ne cesserai jamais assez de remercier le Seigneur pour cela. Je ne sais pas ce qu’ils avaient prévu de faire de ma personne lors de «ce transfèrement». Et pour où? Depuis, je vis dans la clandestinité car j’ai saisi officiellement (cfr les documents en annexe) les autorités hiérarchiques mais aucune réaction ne m’est parvenue à ce jour de leur part. Elles sont pourtant censées être les garants  de la justice. Par contre, quelle ne fut pas ma surprise de suivre à la télévision le porte-parole du gouvernement Mr Lambert Mende? Il affirmait, pince sans rire,que le fait que j’eus été appréhendé par la justice car ayant  frappé des policiers, faisait montre de l’impartialité de la justice congolaise car un député, fut-il de la majorité, n’était pas au-dessus de la loi. Que cela prouvait combien notre  pays était un pays de droit! Je n’en revenais pas. J’expérimente à mes dépens le dicton suivant» : «Qui veut noyer son chien, l’accuse de rage».  Mais heureusement, il y a de nos concitoyens qui ne sont pas d’accord avec de telles pratiques.  Cette lettre de l’avocat de la partie adverse qui nous est parvenue par voie anonyme le prouve à  suffisance. Elle prouve jusqu’où l’on est prêt à aller afin  de m’atteindre.(copie en annexe).                      Tout cet acharnement sur ma personne parce que je défends cette pauvre population de mamans maraîchères à qui l’on voudrait ravir ces quelques lopins de terre qui font vivre  leurs familles. C’est bien de cela dont il s’agit.  Un faussaire, ancien fonctionnaire de cadastres fonciers, s’est fait reconnaître par la Justice comme  propriétaire du site agricole concerné sur base d’un  faux arrêté ministériel dénoncé par l’actuel ministre des affaires foncières,et il a dans son courrier demandé à ses collègues de l’intérieur et de la justice de se saisir du dossier. Mais à mon grand étonnement, le faussaire continue de sévir et il jouit manifestement de la protection des autorités militaires ainsi que de la police. J’ai sollicité et obtenu des rdv concernant ce dossier auprès des 2 ministres ( Justice et Intérieur). Ils se sont passés tièdement.

            Celui de l’Intérieur s’est plutôt mal passé, au point de me faire sortir manu militari de son bureau par ses  gardes, qui m’ont proféré des menaces physiques. (cfr mon courrier en annexe). C’est de cet incident dont le colonel faisait allusion en sous-entendant «que  j’aurais manqué du respect au ministre Muyej.»

            Après plus de 3 semaines de repos forcé et mûres réflexions, j’ai pris la décision de ne pas céder aux menaces physiques, verbales et psychologiques à mon encontre. Je vous informe officiellement de mon intention de me présenter au Parlement lors de la rentrée parlementaire prévue ce 15 septembre 2013 mais qui se tiendra probablement le lundi 16 septembre 2013 pour raison de calendrier car le 15 septembre tombe un dimanche.  J’ai saisi formellement via mon avocat la justice militaire et  j’ai porté plainte contre ce colonel qui devra justifier à son tour  pourquoi il aurait accepté d’obéir à un ordre illégal, fût-il donné par un ministre à l’encontre d’un député en plein exercice de son mandat. C’est dans le but de sensibiliser l’opinion sur les faits tels qu’ils se sont réellement passés et prévenir du combat que je compte continuer à mener contre ce faussaire afin que le bien public soit respecté dans notre pays.

N’en déplaise au ministre Muyej de l’intérieur qui serait, d’après le colonel Eddy Mukuna et Mr Mukonzo(le propriétaire-faussaire), le commanditaire. J’ai été élu député non pas pour entériner des décisions  injustes à l’encontre de mon peuple mais plutôt défendre leur cause d’autant plus que celle-là est juste.  Je vous prie, Monsieur, d’agréer mes sentiments les plus chaleureux et vous remercie de toute aide que vous pourrez apporter à ma situation et celle de toute personne confrontée à des injustices aussi flagrantes que la mienne. Puisse l’avenir me donner raison de continuer de croire en mon pays et en mes compatriotes. Je vous remercie de l’attention que vous porterez à mon courrier.

Honorable Léon Mulumba,

Député national

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