Le délestage à Kinshasa prendra fin en 2013

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Après son interview sur le développement du site d’Inga en vue de minimiser le risque nucléaire en Afrique paru dans l’édition N° 4051 du 05 avril 2011, Mme Bernadette TOKWAULU Aena nous révèle ici les divers plans d’importants financements visant à promouvoir d’autres sites de production de l’énergie électrique à travers le pays. Des projets qui permettront à la RDC, grâce au site gigantesque d’Inga III censé produire 40.000 MW, d’exporter l’énergie électrique partout en Afrique, du Nord au Sud et de l’Ouest à Est et pourquoi pas en Asie. Une révélation de taille : les travaux de la construction de la seconde ligne de haute tension Inga-Kinshasa seront terminés en 2013. En outre, depuis que notre voisin de l’Ouest a inauguré son barrage d’Imboulou, Kinshasa a récupéré les 64 MW qui, jusque-là, étaient exportés vers Congo-Brazzaville.

Le Phare : Vous parlez du site d’Inga pour alimenter toute l’Afrique alors qu’il n’est pas capable d’alimenter Kinshasa ?
Tokwaulu : Il ne faut pas tout mélanger. Le site d’Inga dans sa situation actuelle est capable d’alimenter Kinshasa sans délestage. C’est la ligne Inga-Kinshasa qui n’est pas capable de répondre aux besoins de Kinshasa mais la situation va s’améliorer d’ici 2013.

Le site d’Inga avec les centrales d’Inga 1 (351 MW) et d’Inga 2 (1424 MW) fonctionne à la moitié de sa capacité installée. Un financement de la Banque Mondiale concernant le projet du marché de l’électricité pour la consommation domestique et à l’exportation (PMEDE) (USD 306 millions) de la Banque Africaine de Développement (USD 27 millions) est en cours de négociations (KFW) pour la réhabilitation des turbines pour permettre au site de fonctionner à pleine capacité soit 1774 MW. La remise en service des groupes  s’échelonnent de 2012 jusqu’en 2015. Le financement mobilisé à ce jour par la Banque Mondiale et la BAD pour la remise en état des groupes est de l’ordre de 333 millions des dollars Us. Le transit actuel de la ligne Inga-Kinshasa pour l’alimentation en énergie de la capitale est de 350 MW pour un besoin de 600 MW, d’où des nombreux délestages.

La deuxième ligne Inga-Kinshasa sur financement de la Banque Européenne d’Investissement de l’ordre des 104 millions d’Euros) devait voir la pose du 1er pylône en mai 2011 mais il y a du retard à cause de l’étude environnementale pour l’indemnisation des populations sur le tracé de cette ligne. La mise en service de la ligne est prévue en 2013. Le marché d’exécution des travaux a été emporté par une société indienne, KALPATARU.

La capacité de transit de la 2ème ligne est de 1 000 MW, ce qui permettra de mettre fin au délestage dans la ville de Kinshasa. Brazzaville importait 64 MW de la République Démocratique du Congo. Avec la mise en service de la centrale d’Imboulou pour une production de 120 MW, ces importations ont cessé et cette énergie est disponibilisée pour la ville de Kinshasa. Dans la province minière du Katanga, les besoins sont satisfaits essentiellement par les 4 centrales de Nzilo (108 MW), Nseke (260 MW), Mwadingusha (69 MW), Koni (42 MW) pour une puissance totale installée de (479 MW) et une consommation totale de (382 MW). La ligne à très haute tension du courant continu Inga-Kolwezi a une capacité installée de transit de 500 MW. Elle transite actuellement 150 MW en monopolaire compte tenu de la disponibilité des machines à Inga et de l’état de la ligne. Actuellement, la SNEL exporte de l’énergie électrique au Botswana (50 MW) et au Zimbabwe (50 MW). Grâce au financement de la Banque Mondiale SAPMP de l’ordre de 121 millions de dollars Us destinés à la réhabilitation des stations de conversion d’Inga et Kolwezi) la capacité de transit de la ligne va être portée à 1.000 MW destinés à l’exportation. Ces capacités seront disponibles vers 2013.

Le Phare : Avec ces améliorations, outre l’’alimentation de la ville de Kinshasa, du Katanga et de l’Afrique du Sud, le site d’Inga devra exporter en Egypte et en Afrique de l’Ouest ?
Tokwaulu : Le site d’Inga a une vocation africaine grâce aux 2 projets de construction de 2 barrages supplémentaires sur le site et des lignes de transport associées appelées autoroutes de l’énergie pour le développement du site d’Inga. La Banque Africaine de Développement a accordé un financement de l’ordre de14 millions des dollars Us pour l’étude de développement du site d’Inga. L’étude de préfaisabilité sera disponible à la fin du mois de septembre 2011. Deux barrages sont en projet sur le site. Un barrage de 4 000 MW et surtout celui de Grand Inga pouvant produire 40 000 MW. Le barrage de 4 000 MW est destiné à satisfaire en priorité les besoins de la République Démocratique du Congo et de l’aluminière BHP BILLIPTON qui a signé des accords avec le Gouvernement pour 1.700 MW.  Le coût du projet est d’environ 4 milliards de dollars Us. Le projet sera mis en œuvre sous forme de partenariat public-privé qui sera recruté par appel d’offre. Le Gouvernement a lancé un avis à manifestation d’intérêt et l’analyse des offres est en cours. Le barrage de grand Inga de 40 000 MW a fait l’objet d’une étude de préfaisabilité en 1997 par le consortium EDF-LAHMEYER. Cette étude de préfaisabilité a été actualisée en 2007. Le coût du projet est d’environ 40 milliards des dollars Us. Des plus grandes précisions sur ce projet sont attendues des études de développement du site d’Inga financées par la BAD. Les autoroutes de l’énergie au départ du site d’Inga  concernent les lignes de transport d’énergie d’un transit minimum de 1 000 MW.

Il y a d’abord la Ligne Inga-Kolwezi-Zambie-Zimbabwe-RSA : 3 676 km lignes HTCC et CA Transit des 1.000 MW  THTCC + CA pour une valeur de l’ordre de des 569 millions des dollars Us pour le renforcement en cours de la 2ème ligne RDC/Zambie.

Ensuite le projet de la ligne Inga-Angola-Namibie-RSA d’une longueur de 2 734 km ligne HTCC et CA pour le Transit de1.000 MW  THTCC + CA       pour un coût de 1.052 millions des dollars au niveau des études de Préfaisabilité démarrées en1998.

Le troisième projet est celui de la ligne Inga-RCA-Soudan-Egypte pour un coût des 15. 753 millions des dollars Us pour le Transit de 12. 000 MW THTCC + CA sur un parcours des 5. 300 km de ligne HTCC. Les études de préfaisabilité terminées en 1994) et de faisabilité datant de 1997 avaient été réalisées par le consortium EDF/Lahmeyer

Le projet ligne Inga-Gabon-Cameroun-Nigéria sur un parcours de 1. 600 kms de ligne HTCC pour le Transit des 6. 000 MW – THTCC + CA pour un coût des 600 millions des dollars Us de pré-évaluation réalisée en1998.

Le Phare : Quels sont les pays africains qui possèdent des centrales nucléaires et quels sont les dangers ?
Tokwaulu : Seule l’Afrique du Sud dispose d’une centrale nucléaire pour la production de l’électricité. Cette centrale est située à Koeberg, à proximité de la ville du Cap. Cette centrale dispose de 2 réacteurs de 900 MW chacun, soit une capacité totale de 18. 000 MW. L’Afrique du Sud a clairement affiché sa volonté de se doter de 6 nouveaux réacteurs nucléaires pour 9 600 MW supplémentaires. Les pays ayant affiché une ambition de se doter d’une centrale nucléaire à l’horizon 2010 sont : La Namibie, le Kenya (1 000 MW), la Tanzanie, le Nigéria (1 000 MW). La société française AREVA semble la mieux placée sur le marché du développement du nucléaire en Afrique.

Tandis que les pays possédant des réacteurs nucléaires de recherche sont : La RDC, le Nigéria, le Ghana, l’Egypte, la Libye, l’Algérie et le Maroc. Les dangers du nucléaire ne sont pas à minimiser. Car certains pays de l’Afrique du Nord tels le Maroc et l’Algérie se trouvent sur une plaque sismique qui sépare l’Afrique de l’Europe et comme vous le savez, la tragédie que l’on vient de vivre au Japon est due à un tremblement de terre. L’Afrique du Sud au niveau de la ville du Cap est également dans une zone sismique. Elle a enregistré en 1969 un séisme de magnitude 6,1 sur l’échelle de Richter. A la centrale de Koeberg, un incident a été enregistré en septembre 2010, une contamination qui a affecté environ 100 personnes au cours des travaux d’entretien. Quant au reste de l’Afrique, le mauvais état des centrales thermiques et hydroélectriques suite au manque d’investissement, de maintenance programmée et d’entretien laisse présager un fonctionnement non sécurisé des centrales nucléaires éventuelles.

Le Phare : Le mot de la fin
Tokwaulu : J’encourage les investisseurs à s’intéresser au développement du site d’Inga qui est une alternative d’énergie propre et renouvelable de plus de 45 000 MW contre le risque nucléaire en Afrique. Le code des investissements prévoit des exonérations douanières, fiscales et parafiscales et la suppression pure et simple de certaines taxes. Par l’adhésion de la RDC à l’OHADA, elle deviendra un véritable partenaire répondant aux normes et standards internationaux s’agissant du droit des affaires. Il reste le dépôt des instruments d’adhésion pour la mise en application dans les 60 jours.

Propos recueillis par Fidèle MUSANGU

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