Le coup de gueule de Kithima : «Cessez la distraction avec vos critiques sur Mobutu, travaillez et changez le pays»

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Politiquement retraité depuis le 24 avril 1990, le tout dernier Secrétaire Général du Mouvement Populaire de la Révolution/Parti-Etat et ancien Vice-président du Bureau du Comité Central, Kithima Bin Ramazani a tenu à se rappeler à sa manière à la mémoire collective. Annoncé sur la liste des invités et intervenant à la conférence-débat de l’Udemo (Union des Démocrates Mobutistes), dans le cadre de la célébration des 20 ans de la fin du monopartisme au pays, le patriarche a vidé son sac devant un auditoire partagé entre l’adhésion à ses idées et leur rejet.

 

En tout cas, on l’a entendu réaffirmer, devant l’Eternel, sa fidélité au feu maréchal Mobutu Sese Seko, l’homme qui a régné pendant 32 ans sur l’ex-Zaïre. Fidèle des fidèles du défunt président, Kithima Bin Ramazani a interpellé les consciences a lancé à la ronde : « qu’est qui nous tue ? Les Français ont bien tit : la critique est aisée, l’art est difficile. Le président Mobutu a fait ce qu’il a pu faire. C’est un frère. Il m’a précédé. Quand il part, ce n’est pas à moi de le critique tous les jours et de présenter de fausses déclarations… Non, il faut que nous fassions attention. Si celui qui m’a précédé n’a pas bien travaillé, je vais voir ici comment nous pouvons essayer de changer, de corriger. Mais critiquer pour ne rien faire, c’est ridicule ».

Que dire de cette sortie politique inattendue de l’un de ceux qui ont passé plus de 23 ans aux côtés du maréchal Mobutu, de la création du MPR, le 20 mai 1967, à son sabordage comme parti unique, le 24 avril 1990 ? Les analystes politiques pensent que les observations de ce vieux mobutiste méritent d’être froidement retournées dans tous les sens par ceux qui ont succédé à Mobutu et aux dignitaires du MPR dans la gestion la « maison commune ». 20 ans nous séparent du coup d’envoi de la démocratisation et 13 ans de la chute de son régime. On sait à quel niveau il avait hissé la dictature dans notre pays et paupérisé ses concitoyens.

D’aucuns estiment, comme Kithima, qu’il est temps de tourner la page Mobutu, en tant que responsable et bouc émissaire de la descente aux enfers de l’ex-Zaïre.

Que ceux qui ont pris l’engagement, depuis 1997, de changer ce pays, s’emploient effectivement à passer aux actes. Le peuple les attend sur le terrain de la libéralisation totale de l’espace démocratique ; de la création des richesses pour éradiquer la pauvreté ; de la création d’emplois pour chasser le chômage ; de la modernisation des infrastructures de base (routes, ports, aéroports, cours d’eau, chemins de fer) selon les standards internationaux ; de l’industrialisation ; de la bonne gouvernance ; du respect des droits humains ; etc.

A l’analyse de la situation générale actuelle du pays, l’impression qui s’en dégage, aux yeux des nationaux comme des expatriés qui ont la chance de voir ce qui se fait ailleurs, est que la RDC continue d’accuser un terrible retard de développement, 13 ans après avoir été délivrée des griffes des Mobutistes. Or, en ce laps de temps, que des changements ailleurs, à commencer par les pays limitrophes. Depuis 1997 en effet, que d’autoroutes, ports, aéroports, hôpitaux, écoles, barrages, usines de traitement d’eau, chemins de fer, bâtiments publics, stades… construits en Angola, au Congo/Brazza, en RCA, au Soudan, en Ouganda, au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie et en Zambie.

Fiers comme des paons hier dès qu’ils débarquaient à l’étranger, les Congolais affichent désormais un profil bas dès leur arrivée dans un aéroport, car c’est le jour et la nuit avec celui de Ndjili, Lubumbashi, Kisangani ou Goma, pour ne citer que les aéroports internationaux du pays. Tout récemment, le président du Burundi, Nkurunziza, est venu nous faire la leçon au sujet de la gratuité de l’enseignement primaire et des soins de santés pour les femmes enceintes, les mères et les enfants en bas âge ? Ce petit Etat des Grands Lacs, sans ressources minières, sans forêt équatoriale, sans grand fleuve, sous ouverture sur la mer, serait-il plus riche que la RDC ?

Kithima n’a pas tort d’inviter les successeurs de Mobutu à cesser de passer leur temps dans la critique, à justifier le recul du pays sur tous les plans par la mauvaise gestion des tenants de la 2me République, 13 ans après leur départ de la scène nationale. Les historiens et les économistes nous rappellent que, complètement détruite en 1945, l’Allemagne s’est reconstruite en 5 ans pour redevenir une puissance économique, industrielle et monétaire et participer à la création, en 1956 avec la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas, de la Communauté Economique Européenne ou l’Europe des « Six », laquelle a fini par se muer, au fil du temps, en Union Européenne.

Dans un pays comme les Etats-Unis, 13 années représentent trois mandats présidentiels, assortis des bilans tantôt positifs, tantôt négatifs, tantôt mitigés pour les bénéficiaires des suffrages du peuple. Les électeurs résidant dans les démocraties classiques n’attendent d’ailleurs plus la fin des mandats pour juger ceux qui les gouvernent. Le président français Sarkozy vient d’être « sanctionné » à mi-mandat à l’occasion des élections régionales.

Au lieu de s’attarder sur le bilan de Mobutu, archiconnu de tous, les Congolais devraient, comme recommandé par Alphonse-Roger Kithima, donner des gages de leur capacité à rebâtir un Congo plus beau qu’avant.

                                               Jacques Kimpozo

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