Le contentieux belgo-congolais a cinquante ans

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Quelques jours avant l’Indépendance, la Belgique coloniale procède, unilatéralement bien sûr, à la dissolution des Sociétés à Charte (actuels Holdings et Consortiums).
 
            Vu sa nature et son quantum, la décision avait certainement pour but de diminuer la part de la RDC dans I’Union Minière du Haut Katanga (devenue Gécamines). En effet, la part du Congo à l’UMHK était liée aux postes juridiquement détenus par le Congo dans une Société à Charte sous laquelle opérait I’Union Minière, le Comité Spécial du Katanga, CSK en sigle.
            Au delà de la décision pernicieuse qui vient d’être évoquée, il s’agit d’un dossier qui n’a pas encore cessé d’engendrer des tensions entre la Belgique et la RDC, quoique nous soyons depuis un temps dans une phase de décroissance. Ce qui est peu trompeur, vu, une fois de plus, la nature et le quantum du dossier.
 
HISTOIRE
 
            Durant les 80 années d’exploitation coloniale du Congo par la Belgique, le Congo avait acquis des titres, des participations, des créances… Mais, à la veille de la décolonisation manquée du Congo, la Belgique emporte clandestinement tout le portefeuille colonial. Comment s’y prend-t-elle ?
            Elle change frauduleusement le régime juridique des Compagnies coloniales. Les Compagnies Congolaises ainsi kidnappées entraînaient bien entendu derrière elles toute la richesse créée par la main d’oeuvre congolaise durant toute la période coloniale.
Dès 1960, la dévolution du Portefeuille du Congo Belge est estimée à 200 000 000.000 $US (dollars américains deux cent milliards). Et 200 000 000 000 $US, Ça ne s’octroit ni au Club de Londres, ni au Club de Paris, ni nulle part en ce bas monde. C’est la valeur de la sueur des millions des fronts et des millions d’heure de production de la main d’oeuvre congolaise. Voilà le Contentieux belgo congolais, l’épine dans la relation belgo-congolaise que l’on ne saura banaliser, camoufler infiniment…
            Les points de vue entre les deux pays s’opposent sur ce que la Belgique prétend que la RDC, de tout temps, refuserait que la Belgique lui transmette et l’Actif et le Passif des Compagnies détournées. Ne réclamant alors que l’Actif… Ce qui, en clair, signifie que pour les belges, les congolais, de tout temps, n’ont jamais assimilé les rudiments de la comptabilité…
            Qu’à cela ne tienne, cette méchante caricature n’arrivera jamais à cacher le malaise et l’embarras qui envahissent tout malfrat tenu de s’expliquer, surtout de restituer.
            Le premier clash se produit sous le Premier Ministre Lumumba et le deuxième, sous Moise Tshombé. Car, le Congo n’a jamais refusé de prendre ses responsabilités quant au passif à éponger sur le patrimoine emporté par la Belgique à la veille de I’Indépendance.
            Par un décret-loi de novembre 1964 en effet, Tshombe annule la dissolution des Sociétés à Charte évoquée plus haut, notamment celle du CSK. Car, mal intentionnée, quoique nécessaire du fait de I’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale. Dans la nouvelle dissolution qu’il décide et exécute, le
Gouvernement Tshombé permet à la RDC de succéder entièrement au Portefeuille de l’Union Minière du Haut Katanga. Auparavant la RDC partageait ce Portefeuille avec une Entreprise Privée dénommée «  Compagnie du
Katanga ».
            Sur le plan comptable, la RDC retrouvait une position dominante dans le Capital Social de l’Union Minière, soit 30%.
En 1965, des négociations doivent se tenir entre les deux pays, par Chefs de Gouvernement interposés, H. Spaak pour la Belgique, et Tshombé, pour la RDC. Mais le Gouvernement Congolais y va affaibli par le besoin de I’aide qu’il attend de la Belgique pour faire face aux insurrections nationalistes dans le Kwilu et au Nord Kivu. Les négociations Spaak – Tshombé débouchent néanmoins sur trois résolutions :
1. La RDC supporte, non pas tout le passif, mais les 60 %,
2. Un fonds de liquidation commun est constitué, le fonds a son Siège en Belgique, avec un Président et un Directeur Général belges ;
3. Un Accord particulier devra être conclu entre les deux pays pour le retransfert au Congo des compagnies congolaises détournées à la veille de l’Indépendance par la Belgique.
Une lecture attentive des produits de ces travaux dégage la volonté tenace de la Belgique de ne pas voir le Congo s’émanciper : aucune des 3 résolutions précitées ne permet au Congo de succéder pleinement à I’Etat Colonial, dans la plénitude de son patrimoine.
D’ailleurs,plus tard, dans la Libre Belgique du 19/02/1970, H. Spaak offre un cadre d’intelligibilité simple et rassurant à ceux qui éprouvent encore des perplexités sur le Néo-Colonialisme belge : « nous n’avons pas le droit de pratiquer l’impérialisme démocratique au Congo. Si ce n’est l’Impérialisme économique », déclare-t-il. Pas loin de ce que dira un autre Premier Ministre, Jacques Chirac, vingt ans après (1990) : « la Démocratie est un luxe pour les africains » …
            Comme on peut le voir, les 40% du passif que la Belgique promet de prendre en charge ne sont qu’un geste de condescendance, ou de diversion. Tshombé n’aura pas le temps de mettre en oeuvre ces Accords.».
En effet, notons quelque chose d’étrange : la Belgique tourne curieusement le dos à celui qui était reconnu dans le Monde entier comme l’homme des belges,
Moise Tshombé devenu Premier Ministre du Congo par la volonté des belges.
Car, moins d’un an après ces résolutions, la Belgique « laisse » le Colonel Mobutu et Kasa-Vubu chasser Tshombé du Pouvoir, malgré son éclatante victoire électorale aux élections de 1965. Son enlèvement mortel a lieu en Espagne aussi.
            En mars-avril 1966, soit très exactement 44 ans aujourd’hui, Mobutu qui a empêché Tshombé de bénéficier de sa victoire électorale et déposé Kasa-Vubu, entreprend de remettre en cause ces Accords…La suite des événements nous a déjà montré qu’il n’avait pas de leçon de nationalisme à donner à Tshombé.
            Mobutu n’organisera que des manifs de rue, rien de concret, de meilleur. Si ce n’est la farce qu’il organise au Maroc en 1990 sur le contentieux, et où il est représenté par les plus fidèles de ses courtisans Mpinga Kasenda, Me Kamanda, Me Nimy .
            Aujourd’hui puisque Mzee n’en avait pas eu le temps, ce que nous demandons au Président Joseph Kabila c’est de mettre un terme au bémol qui
n’a que trop duré sur le contentieux Belgo-Congolais. Le temps, dit-on, polit la vérité.
            Ensuite, les plus grands freins contre ce dossier, le Roi Baudouin et Mobutu Joseph Désiré ne sont plus à mesure de monter des entraves contre la RDC dans sa quête légitime de reconquête de ses droits le plus inaliénables C’est aussi pour honorer nos aïeuls qui, après avoir reçu insultes et bastonnades ne doivent pas perdre aussi le salaire de leur sueur. 200.000.000.000 de dollars, la RDC en a besoin pour ne plus être un vulgaire PPTE…, et changer de Statut pour de bon.
Oui, nous pouvons les récupérer !!! Nous pouvons.
Zacharie Kombe M. Pero
Analyste Socio-Economique

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