« Le Congo a l’un des pires climats d’affaires au monde »

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Ellen Berends-Vergunst, ambassadeur du Royaume des Pays-Bas en RD Congo s’en va après trois ans de mandat. Elle quitte le Congo à la veille du cinquantenaire d’un pays qui l’a reçue en 2007 et sur lequel elle a tenté, devant la presse mercredi en sa résidence, de donner un aperçu. Berends a échangé avec les médias sur trois points : la politique des Pays-Bas en RDC, ses observations après trois années de mandat en RDC et quelques recommandations.

Après avoir épinglé un certain nombre d’aspects qu’elle a jugés positifs, l’interlocutrice des journalistes a souligné quelques « soucis ». Au nombre de ses inquiétudes, le mauvais climat des affaires au pays d’accueil. « Le Congo a l’un des pires climats d’affaires au monde », a fait observer la diplomate qui a dit retenir qu’au niveau des investissements privés « on observe une grande incertitude juridique, une corruption massive ainsi que des pratiques d’un autre temps ». Pêle-mêle, elle cite « expulsions, double vente des concessions, non respect des contrats, extorsions… ».

« Il y a eu des fuites massives dans les recettes douanières, fiscales et dans d’autres secteurs ». Cette dame à la voix fine n’a pas mis de gant pour prévenir le gouvernement : « A veille de l’atteinte du point d’achèvement, je voudrais avertir (…) devant les risques de réendettement sous formes de contrats commerciaux d’un autre genre et devant un certain relâchement dans la discipline budgétaire ainsi que le retard dans les réformes structurelles nécessaires au développement du pays ».

 Elections : les inquiétudes de Berends

La diplomate s’en va avec un goût d’inachevé au chapitre de l’organisation des élections en 2011.  Tout en reconnaissant que l’organisation des scrutins reste un défi énorme, la diplomate a été tranchante : « Aucun système de mise à jour du fichier électoral n’a été mis en place et il faut malheureusement tout reprendre à zéro ». Et d’ajouter : « L’absence de calendrier clair comportant des dates fixes permettant de conduire dans le temps l’ensemble d’opérations électorales ainsi qu’un budget électoral non réaliste évalué à 780 millions de USD présentent un risque à la réussite de ce processus ».

 Organisation institutionnelle : RDC mauvaise élève

Aux yeux de la représentante de la Reine Béatrix au pays de Lumumba, « la RDC est un cas d’exemple classique d’un Etat fragile où il manque les missions étatiques essentielles (…), la sécurité, la création d’un Etat de droit, un contrôle administratif efficace ». Ici, elle a souligné que son pays comme le reste de la communauté nationale sont disposés à accompagner le Congo dans la modernisation de ses services.

L’autre crainte exprimée par l’ambassadeur, c’est celle qu’elle a appelé une « bombe à retardement ». Celle-ci se situe, à ses yeux, au niveau de la croissance de la population. Selon les statistiques en sa possession, la RDC compte 68 millions d’habitants dont la moitié est âgée de moins de 15 ans. « Les estimations pour 2050 sont de 150 millions d’habitants. Une telle croissance démographique en l’absence d’une véritable politique de planning familial ne peut pas être soutenue par la croissance économique et risque d’accentuer la pauvreté », a-t-elle souligné.

 Après d’acerbes critiques, un peu de bémol 

Jetant un regard sur la région de Grands Lacs, cette diplomate dont la juridiction s’étend également sur l’autre Congo, a dit noter des avancées positives. Particulièrement dans la région des Grands Lacs où le Congo et le Rwanda ont posé des actes de rapprochement, avec en toile de fond, la rencontre des deux présidents ainsi que la réouverture des ambassades des deux pays. Le même dynamisme, a-t-elle fait savoir, a été noté concernant le Burundi et l’Ouganda, hier ennemis. Elle regrette de s’en aller en laissant derrière elle un Kivu en proie encore aux conflits. « La situation dans l’Est du pays reste cependant extrêmement fragile où l’on compte encore près de 2 millions de déplacés. Il faut nous rendre compte que la situation n’est pas encore résolue et qu’il reste encore beaucoup à faire ».

Enfin, aux Ongs, Mme Berends a jeté des fleurs pour des actions visant l’émergence d’un Etat de droit avant de saluer, dans la foulée, la mémoire de Chebeya.         

                                    D-I.K

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