Le Congo a été créé pour être exploité

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Juriste de formation, Charles Kabuya porte aussi la casquette de grand mélomane  congolais. Désormais, il faudrait associer à ces qualificatifs son talent d’écrivain. Son ouvrage porté, jeudi 10 juin 2010 au CWB, sur les fonts baptismaux par Didier Mumengi, Ministre honoraire de la RD Congo, s’intitule:« Congo, Terre d’enjeux. De la conquête coloniale à la quête d’un destin». Un titre plein de clartés évocatrices sur un pays qui fête ses 50 ans d’accession à la souveraineté nationale. Ce qui fait tiquer plus, c’est cette image au regard interrogatif du père de l’indépendance, encadrée dans un papier de garde en couleur rouge, le martyr national et africain: le tout premier congolais  Premier Ministre Patrice Emery Lumumba. Chez lui, j’apprécie sa conviction profonde pour un destin unitaire pour ce grand pays », souligne l’auteur de l’ouvrage, Charles Kabuya. Modérateur des échanges du jour,  Jeannot Matwaki, le journaliste de la Radio Okapi, a bien présenté son curriculum vitae si élogieux.

«Loin de nous, l’envie de faire du tapage, nous vous exhortons tout simplement à le lire» ou, comme l’a dédicacé son parrain Mumengi, à :« s’en emparer », afin de nous abreuver à la source des réflexions lumineuses d’un patriote visionnaire.

Un autre lecteur assidu, le journaliste Willy Kalengayi a également apporté un témoignage éloquent : « C’est un livre réquisitoire. Il parle d’actions des personnes disparues et encore vivantes dans un style limpide et sans parti pris. Il les compare à des acteurs de théâtre qui tournent d’illusion en illusion. Du reste, les chapitres de son ouvrage ressemblent aux actes scéniques. A chacun de nous d’aller au-delà pour s’enquérir de la vérité. »

Subdivisé en trois parties, ce livre, de 383 pages, suit une chronologie d’événements que le lecteur aura soin d’éplucher. « Les enjeux historiques : le prix de la conquête et de l’exploitation du bassin du Congo » ; « Les enjeux de l’émancipation africaine » ; « Les enjeux de la transition démocratique : une renaissance au forceps » ainsi qu’une conclusion qui porte l’espoir : « Candide, ou l’optimisme ».

Charles Kabuya s’est évertué à expliquer au public le pourquoi de s’être lancé dans cette aventure : « Je suis allé dans plusieurs pays tant européens qu’africains, mais à mon retour en RD Congo, j’ai toujours été habité par la grande détresse de sa population. Un pays dont l’Etat semble ne pas exister. En fouillant plusieurs documents de l’histoire, je me suis vite rendu à l’évidence que le Congo a été créé pour être exploité. »

En effet, depuis la découverte du Congo jusqu’à présent, rien n’a changé par rapport aux ambitions des uns et des autres. Il n’a connu que la colonisation d’exploitation, de la traite négrière à la colonisation léopoldienne et territoriale de la Belgique en passant par l’indépendance sous l’autoritarisme mobutien, puis une longue transition avec un côté humain macabre. Le Congo est une terre sans propriétaire. Les nations civilisées s’en sont servies à leur compte. L’indépendance s’est révélée comme un fiasco. Aucune élite bien préparée à l’image des colonies françaises. «Essayons de comparer les populations riveraines du Congo-Brazza à celles du Congo-Kinshasa. La grande différence de civilisation saute aux yeux. Les personnes du 3ème âge de l’autre côté sont plus instruites que les nôtres ! ». C’est le sujet abordé dans la seconde partie de ses enjeux. De l’indépendance bâclée, le Congo a plongé dans une parenthèse de 32 ans de pouvoir autocratique de Mobutu. Viendra brimer le Congo de tous les rêves vers le meilleur destin, l’expérience négative de « Zaïrianisation » de l’économie et de « l’authenticité », concept tourné vers le culte de la personnalité.

L’auteur évoque aussi l’effondrement du bloc Est comme un événement ayant brouillé les influences hégémoniques des cartes du monde. Nouvelle donne qui a fait que le « Zaïre » ne puisse plus compter sur l’échiquier international. D’où la chute de Mobutu et le déclenchement des guerres de l’Est qui ont amené LD Kabila au pouvoir. Ce dernier fera long feu. Et, l’auteur dévoile les causes du « divorce à la tronçonneuse » dans la 3ème partie de son livre. Et, la guerre déclenchée à cet effet, s’est soldé par un drame : 5 à 6 millions de morts…

La situation du nouveau pouvoir qui a permis une transition apaisée y est aussi évoquée. Malgré ceci, explique l’auteur, le danger reste toujours là.

Le doigt dans l’œil

Mais, pourquoi le Congo est créé pour être exploité ? Faudra-t-il se faire un examen de conscience ? L’auteur pointe du doigt l’homme congolais qui ne doit pas fuir ses responsabilités. En lui, il y a beaucoup de défauts : manque de patriotisme, manque d’intérêt pour le bien-être commun. Chacun veut tirer la couverture de son côté. Comme exemple palpable : « Regardons autour de nous, le chaos sur le transport en commun. Des gens marchent à pieds de longues distances, non pas parce qu’ils manquent d’argent, mais parce qu’il n’existe aucune organisation de transport public. Que fait l’Etat ? Doit-t-on attendre les étrangers pour résoudre ce problème ? »

Bref, il faut des Etats généraux pour tous les domaines en RDC. Toutefois, Charles Kabuya conclut sur un certain optimisme. « La vie n’est pas si compliquée. Il faut se prendre en charge. Il faut commencer par cultiver son jardin. Le nôtre est là, très vaste mais inexploité alors que la population est affamée. Heureusement que ce peuple là fait preuve d’une débrouillardise exceptionnelle. Ce peuple plein d’abnégation et d’humilité est capable de faire de miracle et de redresser les fronts à la hauteur de ce grand géant au cœur de l’Afrique. »

Eddy Kabeya

 

 

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