Le Centre Carter exige que la voix du peuple congolais soit respectée

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« Les témoins des candidats et les observateurs nationaux étaient bien représentés dans presque tous les bureaux visités », a déclaré hier au Grand hôtel Kinshasa, Rupiah Banda, ancien président de la Zambie et chef de la mission d’observation électorale internationale du Centre Carter. Le centre confirme ce que le Phare avait écrit hier en affirmant que les Congolais ont déjà les résultats. John Stremhau de la Fondation Carter a président l’ancien président zambien en déclarant qu’il a eu «la noblesse de laisser le pouvoir quand il a été battu aux élections».

Livrant la déclaration préliminaire post-élection du Centre Carter, l’ancien président zambien a déclaré que l’administration des élections par la CENI était buttée à des défis logistiques et budgétaires. Quant à plusieurs préparatifs importants pour les élections, le conférencier estime que les opérations de la CENI se sont écartées du calendrier électoral. « En effet, la période initiale de la nomination des candidats a été prolongée ; l’identification des bureaux de vote s’est clôturée en retard ; les listes des électeurs n’étaient pas affichées à tous les bureaux de vote tel que requis par la loi au plus tard le 28 octobre ; et les matériels électoraux essentiels, en particulier les bulletins de vote, n’étaient livrés qu’à la dernière minute. Le rapport du Centre Carter a noté que la période officielle de la campagne a été largement apaisée et teintée de sportivité, bien qu’entachée des morts et des arrestations lorsque la police réagissait aux manifestations.

Le Centre Carter est d’avis que les agents de vote appropriés étaient présents dans la plupart d’endroits visités. « Les observateurs ont signalé une série d’irrégularités dans les procédures de vote, notamment la non vérification des mains des électeurs pour s’assurer de la présence de l’encre indélébile ou pour appliquer celle-ci de manière appropriée, ce qui donne un moyen de prévention de votes multiples », a-t-il dit.

Avec le processus de compilation des résultats encore en cours, le taux de participation officiel reste inconnu, mais il était évident aux observateurs qu’un grand nombre d’électeurs congolais étaient déterminés à exercer leurs droits politiques fondamentaux et à prendre part aux élections démocratiques. En dépit de nombre d’obstacles se dressant sur le chemin de ces élections, les électeurs ont fait montre d’un extraordinaire engagement à la paix et à la démocratie. Le Centre Carter estime que la publication des résultats des élections par bureau de vote telle que requise par la loi électorale constituera le seul meilleur moyen de garantir que les élections traduisent la volonté du peuple.

Présent au salon Congo où a eu lieu la déclaration du Centre Carter, Albert Moleka, porte- parole du candidat à la présidentielle Etienne Tshisekedi, réagissant à cette déclaration, a dit : « La Fondation Carter est un organisme dont l’expertise et le sérieux sont connus. Je pense que leurs observateurs sur terrain ont fait du bon travail, mais pas toujours dans de bonnes conditions. Le rapport reflète assez fidèlement ce que nous-mêmes avons observé sur le terrain quoique nous comprenions aussi qu’en tant qu’observateurs et experts étrangers, la manière de présenter les choses est moins passionnée que nous les Congolais. »
Voici dans son intégralité la déclaration préliminaire post élection du Centre Carter.

Jean- René Bompolonga

Déclaration du Centre Carter
Le Centre Carter salue la tenue des élections présidentielles et législatives en République Démocratique du Congo (RDC) en date du 28 novembre. Les électeurs y ont participé en grand nombre avec peu d’incidents ayant perturbé l’organisation paisible du scrutin. La compilation des résultats se poursuit.
La grande et paisible participation dont ont fait montre les congolais traduit leur continue engagement à la poursuite de la paix.
Tous les candidats et tous les électeurs doivent respecter cette volonté et permettre à ce que le dépouillement se passe sans intimidation.
Le jour du vote, les observateurs du Centre Carter ont visité quelques 300 bureaux de vote à travers les dix provinces et dans la ville de Kinshasa. Les remarques préliminaires suivantes reflètent les quelques observations initiales du Centre Carter et elles seront consolidées par des rapports supplémentaires alors que le processus des résultats se finalise.

Points Clés
• L’administration des élections par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) était buttée à des défis logistiques et budgétaires ;
• Quant à plusieurs préparatifs importants pour les élections, les opérations de la CENI se sont écartées du calendrier électoral. En effet, la période initiale de la nomination des candidats a été prolongée ; l’identification des bureaux de vote s’est clôturée en retard ; les listes des électeurs n’étaient pas affichées à tous les bureaux de vote tel que requis par Ia loi au plus tard le 28 octobre ; et les matériels électoraux essentiels, en particulier les bulletins de vote, n’étaient livrés qu’à la dernière minute ;
• La communauté internationale, notamment les Nations Unies, l’Union Européenne, les Etats Unis, l’Afrique du Sud, l’Angola et les autres, ont assuré un appui matériel et financier important au gouvernement de la RDC ;
• La période officielle de la campagne a été largement apaisée et teintée de sportivité, bien qu’entachée des morts et des arrestations lorsque la police réagissait aux manifestations ;
• Il faut de noter que la moitié des électeurs enrôlés au Congo sont des femmes, bien qu’elles ne se soient pas comptées au nombre des candidats présidentiels et qu’elles n’aient composé que l0% des candidats à la députation nationale ;
• Le Centre Carter félicite la CENI pour avoir été établie comme un organe administratif indépendant qui a supervisé une élection avec plus de 32 millions d’électeurs enrôlés, 11 candidats présidentiels et plus de 18.000 candidats députés nationaux. Au jour du scrutin, la majorité des bureaux de vote observés disposaient des matériels nécessaires et la CENI doit être congratulée pour le dernier coup de main pour s’assurer que le scrutin s’ouvre le 28-novembre. Toutefois, les matériels. essentiels, notamment les bulletins et les listes des électeurs étaient absents dans un nombre important de cas ;
• Les agents de vote appropriés étaient présents dans la plupart d’endroits visités. Les observateurs ont signalé une série d’irrégularités dans les procédures de vote, notamment la non vérification des mains des électeurs pour s’assurer de la présence de l’encre indélébile ou pour appliquer celle-ci de manière appropriée, ce qui donne un moyen de prévention de votes multiples ;
• Plusieurs électeurs ont peiné pour trouver leurs noms sur les listes affichées aux centres de vote et auraient dû bénéficier d’une plus grande assistance de la CENI ;
• Certains agents de vote étaient incertains quant aux procédures à suivre pour gérer les électeurs disposant d’une carte d’électeur mais qui ne se retrouvaient pas sur la liste, ce, en dépit d’une décision de dernière minute prise par la CENI permettant aux individus buttés à cette difficulté de voter;
• Les témoins des candidats et les observateurs nationaux étaient bien représentés dans presque tous les bureaux de vote visités;
• Avec le processus de compilation des résultats encore en cours, le taux de participation officiel reste inconnu, mais il était évident aux observateurs qu’un grand nombre d’électeurs congolais étaient déterminés à exercer-leurs droits politiques fondamentaux et à prendre part aux élections démocratiques. En dépit de nombre d’obstacles se dressant sur le chemin de ces élections, les électeurs ont fait montre d’un extraordinaire engagement à la paix et à la démocratie ;
• Les efforts d’éducation civique de la CENI étaient inadéquats à préparer les électeurs complètement à la compréhension de tout le processus, se basant du coup sur les organisations non- gouvernementales nationales et internationales ;
• Le gouvernement a mis sur pied un organe de régulation des medias, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), mais seulement à un mois du début d’e la campagne, laissant de ce fait bien peu de temps au CSAC pour devenir une institution pleinement efficace. En dépit de certaines décisions importantes, la mise en place tardive du CSAC peut avoir compromis son devoir juridique de s’assurer que tous les candidats aient eu un accès équitable aux médias ;
• L’amendement de la constitution en janvier 2011 a changé le système électoral de deux tours à un système basé sur la pluralité et les réformes ont été apportées à la loi électorale en août. Un code de bonne conduite devant régir l’activité des candidats pendant les élections a été élaboré mais malheureusement, un des candidats président ne l’a pas signé ;
• Le Centre Carter a observé la fermeture et le processus de dépouillement et restera déployé pour observer la compilation des résultats. La préparation préalable des centres de compilation, notamment pour les besoins de base comme l’éclairage, les meubles et les ordinateurs, a été inappropriée et la CENI doit intensifier ses efforts pour s’assurer que la voix du peuple congolais soit respectée, consignée et communiquée d’une manière sure et transparente ;
• La publication des résultats des élections par bureau de vote telle que requise par la loi électorale constituera le seul meilleur moyen de garantir que les élections traduisent la volonté du peuple ;
• Les mécanismes de règlement de contentieux électoraux tant au sein de la CENI que par la voie du système de la cour manquent d’une grande accessibilité aux citoyens et sont perçus par plusieurs congolais comme étant partiaux. Toutefois, les congolais doivent recourir à ces canaux d’appels au cas où ils auraient des plaintes sur l’un ou l’autre aspect du processus électoral ;
* Les candidats tout comme les électeurs doivent rester calmes et attendre la proclamation des résultats préliminaires officiels par la CENI le 6 décembre.

Contexte: La Mission d’Observation du Centre Carter a été déployée en République Démocratique du Congo depuis le 17 Août 2011, à la suite d’une invitation de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). La Mission du Centre Carter a été dirigée par l’ancien Président Zambien Rupiah Bwe zani Banda et le Vice Président des Programmes de Paix du Centre Carter le Docteur John Stremlau, elle est composée de 70 observateurs de 27 nationalités
Le Centre remercie la CENI et tous les Congolais qui nous ont encouragé à venir et nous ont consacré du temps pour les rencontrer.
La Mission d’Observation du Centre Carter en RDC est menée conformément aux standards internationaux sur les élections et la mission d’observation a été menée en conformité avec la Déclaration des Principes de l’Observation Internationale des Elections et avec le Code de Bonne Conduite des Observateurs Internationaux qui a été adopté par les Nations Unies en 2005 et qui a été adopté par 37 groupes d’observation.

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