Le cardinal Mosengwo calme la tempête

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« Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le cardinal Monsengwo a fait sienne cette parole lâchée par le Christ pendant sa passion pour calmer ses fidèles  énervés par la campagne d’intoxication menée contre ce pasteur,  chef de l’église catholique par la RTNC,DIGITAL,TELE 50 pour avoir commis le péché de donner sa  part de vérité sur les résultats publiés par la CENI autant que le Centre Carter, la mission d’observation de l’Union européenne…

Le cardinal, qui a regagné  Kinshasa par Brazzaville le samedi 24 décembre pour célébrer les deux messes du 24 et 25 décembre consacrée à la Nativité, est arrivé à la Cathédrale Notre Dame du Congo, le samedi 24 décembre vers 18 heure où l’attendait une foule de fidèles venus des quatre coins de la capitale. Révolté par cette propagande des médias contre leur pasteur, ces chrétiens ont empêché  l’équipe de reportage de la Rtnc de couvrir ce réveillon. Dans son homélie prononcée au cours de ces deux messes de Noël, le prélat est revenu sur les des concepts majeurs, la justice et la vérité  qui ont  provoqué la levée des boucliers entre lui et les caciques de la majorité présidentielle.  

L’archevêque de Kinshasa, inspiré par le Pape Benoit XVI, s’est dit convaincu que la paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère.

Il a également plaidé en faveur de la mondialisation  de la charité et l’instauration d’ un ordre économique qui permette à tous  les habitants de la planète de mener une vie dans la justice et la paix.
Avant la bénédiction finale, le cardinal a balayé d’un revers de la main les allégations de ces pourfendeurs qui ont annoncé sa fuite à en Occident  après avoir réuni tous les ingrédients pour un cocktail insurrectionnel à Kinshasa.
Il  a rassuré ses fidèles qu’il a voyagé à Rome le 10 décembre pour quatre raisons fondamentales : prier pour la paix en RDC qui connaît une crise post électorale, répondre à l’invitation du Vatican où il a été élevé au rang de membre du Conseil Pontifical pour la Culture, renouveler sa fidélité après 48 ans de sacerdoce, assister à la soutenance de la thèse de sa nièce à Rome.

Pour avoir connu pire que ça à l’époque où il présidait la Conférence Nationale Souveraine, le cardinal a appelé  tous les fidèles affligés par ces injures, calomnies, insanités qui passent régulièrement  dans certains médias, au calme et au sens du pardon, tel qu’enseigné dans les Saintes Ecritures.
En dépit de cette intox, le prélat catholique a demandé à tous les membres de l’église de regagner la communauté où ils ont toujours leur place.
Pour concrétiser son pardon, le cardinal a instruit le service de protocole de permettre à tous les journalistes de toutes les chaînes, sans exception, de couvrir la messe du 25 décembre  dans la paix.

ERIC WEMBAKUNGU

Chers frères et sœurs,

1. En venant dans ce monde, Jésus, le Verbe incarné, amenait avec lui la Paix, l’abondance des biens messianiques, la plénitude de tous les biens que Dieu avait promis à l’humanité : « paix aux hommes qu’il (Dieu) aime » (Lc 2, 14). La paix résume l’amour de Dieu dans l’histoire du salut : «Car éternel est son Amour » ‘Ps 136, Iss).
En fait, il ne pouvait en être autrement, car les temps étaient accomplis (cfr Gal.4,4) et le Messie devait déverser sur l’humanité la paix perdue par suite du péché originel de même que la victoire promise par la première annonce du salut Proto-évangile.
2. Avant sa passion et son départ de ce monde, le Christ nous laisse en héritage la paix, car il venait d’accomplir, par son sacrifice rédempteur, la réconciliation de l’homme avec Dieu et des hommes entre eux : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14, 24). Il donne sa paix, pas celle du monde, parce que c’est par son sacrifice que cette paix et la rédemption ont été opérées. Personne d’autre que lui ne pouvait la donner.
3. Enfin, au soir de sa résurrection il dit par deux fois aux disciples : « Paix à vous !… ». Ensuite, il les envoie comme le Père l’a envoyé, puis il leur donne l’Esprit Saint pour la rémission des péchés. La paix de la rédemption proviendra de la rémission des péchés par la puissance de l’Esprit Saint. Aussi le prêtre, après avoir donné l’absolution, dit-il au pénitent : «Va en paix » (Rituel). Il s’agit de l’actualisation de la rédemption dans le temps et dans l’espace. Ainsi donc, à toutes les étapes de sa vie, Jésus apporte la paix : la paix à Noël, la paix à Pâques, la paix à tout instant.
4. L’Eglise a tellement compris et intériorisé ce message de paix qu’au cours de chaque célébration eucharistique, non seulement elle souhaite plusieurs fois la paix au peuple croyant : « La paix soit avec vous », mais surtout elle implore instamment la paix au Seigneur : après le Pater  (embolisme) : « Donne la paix à notre temps », à l’Agnus Dei : « Donne-nous la paix », et encore dans la prière avant l’échange de paix : « Donne-lui la paix et conduis-la vers l’unité parfaite » (Ordinaire de la Messe).
5. La  volonté du Seigneur est, en effet, que la paix puisse régner entre les hommes, dans l’unité, la réconciliation, la justice et donc dans la vérité. Il n’y a pas de paix sans la justice ni la vérité. La justice nous rend conformes à Dieu. La vérité fait que cette justice soit authentique et véridique. « La paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère », dit Benoït XVI. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la « vérité de l’amour » (Eph. 4,15) demeure inachevée : elle n’est pas vérité, – la vérité tout entière à laquelle l’Esprit seul peut nous conduite (‘Cfr Jn 16,13)  qui trace le chemin que toute justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la famille humaine, communauté de paix, réconciliée avec Dieu par le Christ » (Benoît XVI, Afrique munus, n.18).
6. Les prières de l’Eglise dont nous avons parlé ci-avant montrent que la paix peut être retardée sinon détruite par nos péchés, nos manques de foi et nos divisions. C’est pourquoi l’Eglise demande au Seigneur de ne pas regarder nos péchés, mais la foi de son Eglise et de lui donner plutôt sa paix conformément à sa propre volonté.
7. Si l’Eglise demande si souvent la paix au cours de l’Eucharistie, la prière même de Jésus et de son corps tout entier, c’est d’une part, parce que l’Eucharistie conduit à la paix et d’autre part, parce que l’homme, par l’effet de son péché, ne peut à lui seul faire la paix, penché qu’il est vers la division, la violence, le conflit et la guerre. La paix est un fruit de l’Esprit (Gal 5, 22). La paix et la réconciliation sont des fruits de cœurs convertis (metanoia).
8. En implorant tous les jours la paix à Dieu, l’Eglise nous apprend aussi que la paix est une valeur qui doit accompagner l’humanité tout au long de son pèlerinage sur terre, car elle est toujours menacée. La paix est une valeur eschatologique, un don de Dieu qui est déjà là, mais doit encore venir toujours perfectible. Aussi est-ce aux temps eschatologiques seulement que le prophète Isaïe projette la paix et l’entente entre les peuples. « Ils forgeront leurs épées pour en faire des socs, dit le prophète, et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre » (Is.2,4). La paix est un processus de longue haleine que l’homme n’a pas fini de découvrir, de vivre et de construire.
9. Cette paix n’est possible que s’il y a la justice, l’amour et la vérité. « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ». (Ps85,11). « La justice n’est pas désincarnée. Elle s’ouvre nécessairement dans la cohérence humaine. Une charité qui ne respecte pas la justice est erronée », dit Benoït XVI (Afrique munus, n.18).
10. En venant dans le monde, Jésus a aussi révélé la dignité de l’homme. Le Seigneur ne s’est pas entouré de toute sa magnificence et de son apparat divins (Cfr Phil 5,6-8). Il est né pauvre, voire plus pauvre que le plus pauvre des enfants de l’homme. Il n’a eu qu’une mangeoire comme berceau. Le Christ voulait ainsi nous apprendre que la grandeur de l’homme n’est pas extérieure à la personne : elle se situe dans sa nature humaine. C’est cela l’essentiel, tout le reste est accidentel. Aussi la pauvreté était-elle le mode de vie habituel de Jésus.
11. Il s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (2 Cor 8, 10). Il a embrassé notre pauvreté humaine pour nous enrichir de sa divinité. Dès lors,  le Christ a donné à tout être humain une dignité incomparable, une dignité divine. Voilà la racine théologique du combat pour  l’homme et pour sa dignité, pour l’instauration de régimes politiques respectueux de la dignité de la personne et de ses droits fondamentaux. Saint Paul nous enseigne que ce combat s’accompagne de la solidarité et du partage (2 Cor 8, 13ss).
12. Sans solidarité et partage, le combat pour la dignité humaine, la réduction de la pauvreté dans le monde, le développement intégral de l’homme, demeurent une vue de l’esprit. Notre souci des pauvres, des déshérités et des démunis sera toujours inopérant.

Chers frères et sœurs,

13. L’Enfant de la Crèche de Bethléem nous rappelle certaines vérités essentielles. Tout d’abord, que la dignité humaine n’est pas fonction de l’avoir, mais de l’être d’une personne. L’homme ne vaut pas par l’apparat extérieur, mais par sa valeur intrinsèque. Il attire ensuite notre attention sur la multitude d’enfants pauvres, démunis, déshérités et nous invite instamment à la générosité, à la solidarité et au partage avec eux. Comme le dit l’Ecriture : « Se trouve-t-il chez toi un pauvre d’entre tes frères, dans l’une des villes de ton pays que le Seigneur ton Dieu te donne ? Tu n’endurciras pas ton cœur ni fermeras la main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main toute grande et tu lui prêcheras ce qui lui manque » (Dt 15, 7-8).
14. Enfin, l’Enfant-Dieu nous exhorte au combat pour la dignité humaine. Il est plus que temps de mondialiser la charité et d’instaurer un ordre économique mondial qui permette à tous les hommes et toutes les femmes d’avoir une vie vraiment humaine, dans la justice et la paix.
15.       A vous tous (tes) qui êtes rassemblés dans cette église, à tous les membres de notre communauté diocésaine et tout le peuple congolais, j’adresse mes vœux chaleureux de joyeux Noël et heureuse Année 2012, dans la justice, la réconciliation et la paix. Veuille Jésus, « Le Prince de la Paix », par l’intercession de sa Mère et notre Mère, accorder la paix et la joie à notre peuple.
Avec mon affectueuse bénédiction, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen.

+ L. Card. MONSENGWO PASINYA
Archevêque de Kinshasa

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