Le Cardinal Monsengwo reste catégorique sur la présidentielle du 28 novembre 2011 : les résultats de la CENI ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice

0
66

monsengwo04« A l’analyse des résultats rendus publics par la CENI ce vendredi 09 décembre 2011, il y a lieu réellement de conclure que ces résultats ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice « . Cette affirmation est de l’Archevêque métropolitain de Kinshasa, Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. En effet, hier lundi 12 décembre 2011, à l’Archevêché de Kinshasa dans la commune de Limeté, Il a fait une déclaration sur les élections présidentielles qui se sont tenues le 28 novembre dernier sur l’ensemble du territoire national de la RDC. A cette occasion, il a accueilli les journalistes et d’autres invités dans une des salles de l’Archevêché, attenante à ses appartements. Vêtu d’une soutane blanche bordée d’un ruban rouge vermeil, il est sorti par la porte du fond de la salle et s’est immédiatement mis sur la table lui réservée. Il a pris la parole, après une ou deux minutes de méditation, pour présenter sa déclaration.

Cette déclaration, il l’a présentée comme une suite logique de l’appel lancé, le 04 décembre 2011, par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et lui-même lors d’une conférence de presse à l’Eglise Sainte Anne pour que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) proclame impérativement des résultats conformes à la vérité des urnes. Aussi bien dans sa déclaration reproduite ici que lors du débat qui s’en est suivi, le Prélat catholique a dit avoir des difficultés à comprendre les graves erreurs que la CENI a commises dans son travail et dans la publication des résultats provisoires transmis à la Cour Suprême de Justice.

Il a d’ailleurs rappelé que l’Ambassade de la RDC à Bruxelles s’était permise d’affirmer sur son site que la CENCO était d’accord avec les résultats publiés par la CENI. Cela est faux et le Cardinal L. Monsengwo a souligné que la CENCO a contredit cette affirmation.

Appel aux contestataires à interjeter appel

Pour appuyer ses propos, il a donné un exemple frappant : comment comprendre que le 06 décembre, Monsieur Tshisekedi qui avait 5.927.728 voix sur 17.329.137 suffrages exprimés, ait le 9 décembre 5.863.745 voix sur 18.144.154 suffrages ? Il perd par conséquent 64.000 voix alors qu’on venait d’ajouter 34.000 bureaux. De tels cas, précise le Cardinal L. Monsengwo, exigent d’être corrigés. Pour lui, rien n’est encore perdu ; car ces résultats sont provisoires ; ils ne seront confirmés – après vérification et correction éventuelles – que par la Cour suprême de Justice. Pour permettre une telle correction, il a lancé un appel aux contestataires pour interjeter appel afin de recourir aux voies de droit et de ne pas se livrer à la violence. Il a estimé que c’était trop le nombre de dix-huit morts congolais, enregistrés pour ces élections.

Conscient de son rôle de pasteur qui doit essayer de favoriser, même à contre courant, la paix et la justice, Cardinal Laurent Monsengwo P. a dit avoir tenté de converser avec le Président de la République, Joseph Kabila par téléphone. Il lui a posé la question de savoir s’il se sentait à l’aise avec ces résultats. En réponse, une personne qui se trouvait à côté du Président et qui transmettait ses répliques, a répondu par une autre question – de la part du Président Joseph Kabila – en demandant au Cardinal L. Monsengwo s’il était à l’aise avec Etienne Tshisekedi qui s’autoproclame président et qui ne respecte pas les institutions de la République. Et Cardinal L. Monsengwo de répondre qu’il n’était pas d’accord avec le point de vue de Monsieur Tshisekedi tout en faisant remarquer à son interlocuteur qu’il n’avait toujours pas répondu à sa question. Malheureusement, ce dialogue des sourds s’est arrêté là.

Article 64 de la Constitution : faire échec à la prise du pouvoir par la force

Pour le rétablissement de la vérité, l’interjection est nécessaire sinon – relève encore le Cardinal congolais – toutes les démarches par voie légale seront bloquées. A la question d’un journaliste qui lui a demandé la possibilité d’appeler les Congolais à appliquer l’article 64 de la Constitution de notre pays qui stipule :  » Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individu qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution « , le Cardinal L. Monsengwo a d’abord souligné que lui-même était parmi les géniteurs de cette disposition datant de la Constitution de la CNS (Conférence Nationale Souveraine). Toutefois, il a tenu à insister sur le fait qu’en sa qualité de pasteur, il ne peut souffrir de voir d’autres Congolais tués à cause de la violence ; ce qui arrive malheureusement lorsqu’on organise des manifestations de protestations même pacifiques. Il a une fois de plus rappelé les 18 Congolais tués dans ce processus électoral, ce qu’il n’accepte pas. Il dit privilégier les négociations entre parties avec l’aide d’une médiation qui serait déjà à l’œuvre. SAKAZ

DECLARATION DU CARDINAL

L. MONSENGWO PASINYA SUR LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES EN RDC

Mesdames et Messieurs de la Presse,

l. Dimanche 4 décembre 2011, la CENCO dans une conférence de presse et moi-même à I’Eglise Sainte Anne avons dans un appel demandé à la CENI que soit proclamée impérativement la vérité des urnes.

2. A cet effet comme souhaité par le peuple, la CENCO a publié les conclusions de son observation et de plusieurs observateurs nationaux et internationaux. Toutes ces observations posent sérieusement une question de crédibilité de cette élection, comme vient de I’attester le rapport du Centre Carter.

3. A I’analyse des résultats rendus publics par la CENI ce vendredi 9 décembre 2011, il y a lieu réellement de conclure que ces résultats ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice. Comment par exemple, comprendre que le 6 décembre, Monsieur TSHISEKEDI qui avait 5 927 728 voix sur 17 329137 suffrages exprimés, ait le 9 décembre 5 863 745 voix sur l8 144 154 suffrages ? Il perd par conséquent 64 000 voix alors qu’on venait d’ajouter 34 000 bureaux…

4. Mais puisque les résultats sont provisoires et doivent être confirmés par la Cour suprême de justice, nous demandons aux contestataires d’interjeter appel, de recourir aux voies de droit et de ne pas se livrer à la violence. Dix-huit morts pour des élections, c’est trop !

5. Dans ce cadre, I’Eglise est moralement tenue à offrir son aide à la justice pour établir la vérité des urnes là où ont été ses observateurs. Que la Cour suprême se sente donc en conscience interpellée par le peuple congolais tout entier.

Fait à Kinshasa, le 12 décembre 201I

+ L. Card. Monsengwo Pasinya

Archevêque métropolitain de Kinshasa

LEAVE A REPLY

*