LE CARDINAL MONSENGWO A LA PAQUES 2012 : «Notre pays et notre société… doivent extirper de leur sein le mal et les antivaleurs»

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Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, Archevêque de Kinshasa, a présidé hier à la Cathédrale Notre Dame du Congo, dans la commune de Lingwala, la grande messe commémorative de la fête de Pâques. Il a, à cette occasion fondé son homélie sur l’impératif pour chaque chrétien catholique de ressusciter avec Christ, de rejeter le péché, en vue de s’engager dans une vie nouvelle. Il a recommandé à chacun et à tous de vivre en harmonie au sein d’une société empreinte de dignité humaine, de reconstruire le tissu moral et spirituel du pays, bref de tout faire pour que le bien puisse triomper du mal. Ci-dessous, le message intégral du Chef de L’Eglise Catholique de Kinshasa.
Chers frères et soeurs,
1. L ‘Evangile de ce jour (Année B) nous donne le récit de la rencontre au tombeau du Christ entre l’ange, le jeune homme en blanc (cf. Mc 9,3), et les femmes venues embaumer le corps de Jésus. Supposant le Christ toujours dans la tombe, elles se demandaient: « Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? Mais levant les yeux, elles virent que la pierre était roulée ; or elle était très grande » (Mc 16, 3-4).En entrant dans le tombeau, elles voient non pas Jésus (Lc 24,3), mais le tombeau vide et «à droite un jeune homme vêtu de blanc», un ange (Mt 28,5), qui semble au courant de l’objet de leur recherche. L’ange calme leur peur devant ce mystère qui les dépasse : « N’ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? II est ressuscité : il n’est pas ici ».
 
2. Le tombeau est vide, mais c’est bien le tombeau de Jésus, puisque l’ange donne à ce dernier trois noms qui l’identifient sans possibilité d’erreur : Jésus de Nazareth, le Crucifié, le Ressuscité (le Vivant). S’il est Vivant, c’est qu’il n’est pas ici. Le tombeau n’est pas vide parce qu’on aurait volé le corps du Christ, mais bien parce que le Christ est ressuscité d’entre les morts.
 
3. «N’ayez pas peur… », (Mc 16,6 par), dît l’Ange aux femmes. Telle est l’annonce habituelle des messages du ciel (Lc 1,30 2, l0). Devant le mystère, la grandeur du divin et de l’inconnu, l’humain est saisi de frayeur et de tremblement, mais le Ciel le rassure, parce que Dieu ne vient ,pas en ennemi, mais en ami, en Sauveur.
Et quelles que soient les situations les plus inextricables, rien n’est impossible à Dieu. Aussi la peur n’a-t-elle pas lieu d’être, mais la confiance.
 
4. « N’ayez pas peur… », parce que le Christ est ressuscité : il a vaincu la mort, toutes les forces du mal. Désormais le mal n’a plus le dernier mot dans la vie de l’homme, mais la victoire du Christ. La mort -n’est plus la destinée de l’homme, mais la vie. Le « Crucifié », n’est plus dans le tombeau, dans les chaînes de la mort, certes il est descendu aux enfers » (Symbole des Apôtres), sa mort ne fut donc pas apparente, mais son corps n’a pas connu la corruption, car « il est ressuscité le troisième jour» (1Co 15,4).
Sa victoire est la victoire de l’humanité. Le Christ n’est plus parmi les morts : iI est Vivant. Il a la vie en surabondance et il la dispense aux hommes.
 
5. « N’ayez pas peur… », parce que Jésus a vaincu le monde (Jn 16,33 par). Les forces hostiles au Royaume de Dieu ont été anéanties. « Aucune force extérieure à l’EgIise de Dieu ne peut détruire celle-ci » (Benoît XVI). Aussi l’Eglise est-elle appelée à prendre courage et à avoir confiance. Par sa résurrection, le Christ Jésus a donné un sens définitif à l’histoire de l’humanité, car celle-ci sait que son histoire est rectiligne et eschatologique, et non pas cyclique : elle tend vers la venue du Christ (la parousie). L’histoire de l’humanité ne tourne pas en rond : nous avons une grande mission à accomplir, souvenons nous-en.
 
6. Pour que notre vie trouve un sens dans le quotidien, nous devons ressusciter comme le Christ et avec Lui, c.-à-d. faire peau neuve, rejeter le péché de notre vie et, avec la grâce de Dieu, nous engager dans une vie nouvelle, ainsi que nous y convie notre baptême. Il en est de même de notre pays et de notre société s’ils veulent être authentiquement humains : ils doivent extirper de leur sein le mal et les antivaleurs : la haine, le mensonge, les assassinats, la répression.
 
7. « Le Crucifié » est désormais l’un des titres de gloire du Christ (Mt 28,5 ; Mc 16,6;1 Cor 1, 13). Or être crucifié était une malédiction (Dt 21,23; Gal 3, 13) : Le Christ a payé pour nous libérer de la malédiction dé la loi en devenant lui-même malédiction pour nous, puisqu’il est écrit : «Maudit quiconque pend au gibet» (Gal 3, 13). Le Christ est devenu «le Crucifié», le maudit par excellence, au point de retenir parmi les noms de gloire ce titre de malédiction que nous avons mérité en raison de nos péchés.
Car en Christ, la malédiction est devenue bénédiction. C’est l’amour du Christ obéissant au Père qui a transformé notre malédiction en bénédiction sur la Croix. Aussi a-t-il effacé sur la Croix la malédiction du « Bon Larron » en lui disant : « En vérité, je te le dis aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23,43).En portant à jamais le nom du Crucifié avec les stigmates, le Christ porte les signes de sa victoire sur la mort d’une part et d’autre part, de son amour infini pour l’humanité. il porte ainsi les signes de sa médiation comme victime d.’expiation (1 Jn 2, 2). A un tel amour qui se donne tout entier jusqu’à la mort, qui pourrait résister ? Non, rien ne pourrait nous séparer de l’amour de Dieu, manifesté dans le Christ (Rm S,39).
 
8. « Le Crucifié » : un titre de gloire venu de la malédiction transformée en bénédiction. Il ne fait pas de doute que le Christ a voulu garder le titre aussi, car iI comprend non seulement le Jésus-Christ physique, mais aussi tous les membres de son Corps que les persécuteurs de tout genre crucifieront au long des siècles, ainsi qu’il le dira à Saul . Saul, pourquoi me persécutes-tu ?… Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9, 4-5). En outre ce titre embrasse tous les pauvres, les nécessiteux, les oubliés de la terre, et les laissés pour compte, tels que décrits par le Seigneur au dernier jugement : 
« En vérité, je vous le déclare : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». (Mr 25-40).
 
9. Nous voilà interpellés : I’Eglise et la société, pour créer ensemble des relations fraternelles vraies, sans malices, afin que notre Eglise d’abord et la société ensemble soient la « maison du pauvre » (Jean-Paul II). La société est en plus invitée à créer pour tous des conditions de vie-empreintes de dignité humaine, sans répression ni violation des droits humains. Que, les yeux fixés sur le Crucifié, nous construisions une société de frères et soeurs.
 
l0. Accueillons la bénédiction que le Christ est devenu pour nous, menons une vie de bénédictions digne de notre baptême et non une vie de malédictions enracinée dans le péché, dont nous avons été libérés de l’esclavage par le Christ (Gal 5,1). Assainissons notre «écologie humaine », notre milieu de vie quotidienne, individuelle, familiale, sociale, professionnelle. Reconstruisons avec ardeur le tissu moral et spirituel de notre pays grâce à une cohérence chrétienne ouverte sur les autres confessions chrétiennes et sur la nation.
 
ll. Comme le Christ, ainsi que nous le dit la liturgie, luttons contre toutes les forces de la mort et du mal : la mort et la vie doivent se livrer tous les jours à un duel prodigieux et continuel, pour que le Maître de la vie qui mourut mais est vivant, puisse nous associer à sa victoire sur le mal et régner toujours dans nos coeurs.
Jésus Crucifié, prends pitié de l’homme victime de la répression et de la persécution.
Jésus Ressuscité, aide-nous à reconstruire moralement notre pays. Entraine-nous avec toi.
 
Je vous souhaite à tous (tes) de joyeuses Pâques.
 
Kinshasa, le 7-8 avril 2012
+ L. Card. Monsengwo Pasinya
Archevêque de Kinshasa

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