Le bas de la pyramide d’abord

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Le souci du ministre Mashako Mamba de révolutionner le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire congolais est largement partagé au sein de la communauté nationale, surtout sa volonté de casser tous les « ligablos » fonctionnant comme universités et instituts supérieurs. Tout le monde est d’accord avec lui que le « génocide » intellectuel devrait subir un coup d’arrêt, toutes affaires cessantes. L’avenir du pays est en péril, avec des débrouillards qui se font passer pour des médecins, juristes, économistes, ingénieurs en électricité, en bâtiments, ponts et chaussées, en mécanique, chimistes, journalistes, politologues, psychologues, pédagogues…

Seulement voilà ! Alors qu’il n’a pas fini d’assainir les structures d’accueil, le ministre de l’ESU vient d’ouvrir un nouveau front, celui visant la réduction sensible de la durée du cursus de formation. L’intention est certainement noble, au regard de ce qui se fait autour de notre pays ainsi que dans les universités et instituts supérieurs occidentaux. C’est bien de permettre à l’étudiant congolais de boucler son graduat et sa licence en 3 ans, sa maîtrise en 2 ans et son doctorat en 3-4 ans.

Léonard Mashako s’inscrit là dans la logique de l’excellence. La grande interrogation réside présentement au niveau de la qualité des « produits » en provenance des cycles primaires et secondaires. Les écoliers que « libèrent » les écoles primaires pour les écoles secondaires et les lauréats de l’Examen d’Etat en provenance du secondaire répondent-ils au profil du trinôme « licence-master-doctorat » ? A la lumière de la descente aux enfers de l’enseignement de base en RDC, d’aucuns n’hésitent pas à répondre par la négative.

La formation au rabais dispensée aux élèves congolais, de la maternelle au secondaire, en passant par le primaire, n’appelle pas de débat.

Cela étant, s’il y a une nouvelle réforme à expérimenter dans le système éducatif congolais, elle devrait commencer par le bas de la pyramide. Concrètement, le ministre Léonard Mashako aurait intérêt à travailler en synergie avec son collègue Maker Mwangu de l’Enseignement Primaire et Secondaire, pour réhabiliter la maîtresse de la maternelle, le maître d’école et l’enseignant du secondaire. Au stade actuel, ces laissés pour comptes se sont mués en mendiants vivant aux crochets des parents d’élèves et distribuant des cotes au gré des espèces sonnantes et trébuchantes et autres cadeaux en nature.

La notion de l’échec a disparu du panorama scolaire congolais. Ainsi, il est difficile de savoir aujourd’hui si l’écolier ou l’élève crédité de 90% ou de 50% reflète effectivement le niveau de sa cotation. Il serait dangereux d’introduire le trinôme « Licence-Master-Doctorat » dans un pays où des millions d’écoliers et élèves étudient dans des établissements sans pupitres, sans tableaux noirs, sans bancs, sans bibliothèques, sans laboratoires, sans ateliers, sans manuels, etc.

La Seconde République avait cru résorber le déficit de formation de base et le trop plein de candidats aux études supérieures et universitaires en étirant le graduat sur 3 ans. En ramenant le binôme «graduat-licence» au format de trois ans, sans avoir soigné le mal à la base, le gâchis ne risque-t-il pas de s’aggraver ? Le débat est ouvert.

Jacques Kimpozo

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