Le « 16 février » dérange-t-il ?

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Notre pays n’est pas le fruit d’une génération spontanée. Il a son histoire, son passé, ses bâtisseurs, ses pilleurs, ses dictateurs, ses démocrates, ses rebelles, ses héros et ses martyrs. La date du 16 février 1992 est inscrite dans les annales nationales comme celle du prix fort -en termes de morts, de blessés et d’arrestations – payé à la cause de la démocratie prise en otage par un dictateur.

Hier, des patriotes solidement attachés à l’idéal démocratique et se recrutant dans toutes les sensibilités des forces vives de la Nation, ont résolu de commémorer, par une marche pacifique, la mémoire de leurs frères et sœurs dont le sang avait coulé gratuitement il y a 18 ans pour faire tomber les barrières de la dictature. En principe, le souvenir d’un événement d’aussi haute portée politique et historique ne devrait déplaire à aucun de nos compatriotes réellement attachés à la démocratie.
Mais d’où est venu alors l’ordre d’empêcher des « survivants » du 16 février 1992 ainsi que de nombreux Congolais de Kinshasa épris de paix et de justice de revisiter le parcours du supplice des martyrs de la démocratie, de Limete à la Paroisse Saint Joseph de Matonge ? Qui se sent donc dérangé par le « 16 février » ? Qui est-ce qui ne voulait pas que des concitoyens se retrouvent, pour un culte d’actions de grâce, là même où la soldatesque de Mobutu avait abattu une quarantaine d’innocents et « kidnappés » de dizaines de cadavres non comptabilisés jusqu’à ce jour ?
Les veuves, veufs, orphelins, frères, sœurs, pères et mères des victimes de cette boucherie humaine aimeraient être éclairés sur les mobiles de la répression de la marche pacifique d’hier, qui a failli être une reproduction du carnage de 1992, si les marcheurs et leurs encadreurs n’avaient pas gardé leur calme face aux intimidations de la police et si celle-ci n’avait pas finalement reçu, pendant son « siège » autour de la paroisse Saint Joseph, l’ordre de se retirer.
L’obstruction des forces de l’ordre à la marche pacifique d’hier, qui agissaient certainement sous la dictée des responsables retranchés dans leurs bureaux climatisés, étonne et intrigue. Quel message voulait-on envoyer en direction du peuple, dans un pays qui prétend s’être affranchi de la dictature pour s’engager résolument dans la voie de l’Etat de droit, à la lumière du processus électoral entamé en 2005 par le référendum constitutionnel ? Est-ce la nouvelle démocratie congolaise va se construire en biffant à l’encre rouge la date du 16 février ? De quelle démocratie se réclame-t-on si l’on se met à cracher sur la mémoire de ceux qui avaient changé, en une journée, le cours de l’histoire nationale ?

 

Kimp

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