L’autre face d’un dossier : refoulés de Brazza : des infiltrés à Kinshasa ?

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refoulerAlors que les vagues des refoulés congolais en provenance de Brazzaville et Pointe Noire continuent d’indigner des millions de nos compatriotes, leur grand nombre ainsi que la manière dont ils débarquent à Kinshasa commencent à susciter des interrogations. Car, plafonnés à environ 3.000 par jour au départ,  il y a deux semaines, les statistiques des citoyens de la République Démocratique du Congo frappés de la mesure d’expulsion du Congo/Brazzaville frôlent quotidiennement les 20.000.

Les différents services d’accueil et de recensement des refoulés, à savoir la Direction générale de migration, l’Agence Nationale des renseignements et l’Hôtel de Ville de Kinshasa parviennent-ils à identifier correctement les nouveaux arrivants, de manière à s’assurer s’ils sont réellement originaires du Grand Congo ? Des milliers de « sans-papiers » qui affirment ne connaître ni parent, ni ami ou connaissance à Kinshasa disent-ils la vérité aux structures de filtrage du beach de Kinshasa ou de la commune de Kinshasa, avant leur casernement au Stade Cardinal Malula (ex-24 Novembre) ?

 Comment expliquer qu’un prétendu Congolais sorti de Kinshasa il y a dix, quinze ou vingt ans n’ait aucune attache familiale dans la capitale ou en provinces ? Ce qui a de quoi inquiéter davantage, c’est le phénomène des milliers de refoulés qui s’évanouissent dans la nature au sortir des bateaux-charters ou à partir des « centres d’hébergement » de la maison commune de Kinshasa ou du Stade Cardinal Malula. Un fichier complet de tous les refoulés est-il établi, de façon à assurer le suivi du point de chute d’un chacun à Kinshasa ou dans l’arrière-pays ?

En dépit de l’absence de preuves formelles pouvant soutenir la version de l’infiltration de Kinshasa par des éléments suspects en provenance de Brazzaville, le devoir de vigilance s’impose aux autorités politiques et administratives congolaises. C’est le moment de renforcer les mesures de contrôle et d’identification de tous les individus qui viennent de Brazzaville sous le label de « refoulés ».

Selon des indiscrétions en circulation de part et d’autre du fleuve Congo, il semble que la délégation de Kinshasa qui s’était rendue à Brazzaville il y a deux semaines, dans le but d’obtenir des éclaircissements au sujet des expulsions massives des ex-Zaïrois, s’était fait flouer. Car, au contraire des garanties lui fournies quant à la limitation des opérations uniquement aux étrangers en situation irrégulière et au respect des normes diplomatiques et humanitaires en matière, les Congolais de Kinshasa font l’objet d’une chasse à l’homme sans quartiers. Femmes enceintes ou allaitant des bébés, bureaucrates, électriciens, couturiers, agriculteurs, maraîchères, menuisiers, maçons, chauffeurs, charpentiers, briquetiers, commerçants, vendeurs ambulants, propriétaires de petites et moyennes entreprises (boulangeries, garages, ateliers de confection… sont arrêtés, soumis à des traitements inhumains et dégradants avant d’être conduits à la frontière.

Pareille naïveté devrait être évitée dans le traitement des dossiers des expulsés, au risque de favoriser des infiltrations des bandits et même de membres de forces négatives telles que les «Seleka» ou «Anti-balaka» qui font la pluie et le beau temps en République Centrafricaine.

Prévenir le piège de l’hospitalité africaine

 Il est vrai que les frères et sœurs qui reviennent du Congo/Brazzaville se trouvent presque tous dans une situation de précarité extrême sur tous les plans : logement, nourriture, soins médicaux, habillement, eau potable et de toilettes, installations sanitaires, argent, etc. L’hospitalité africaine et congolaise commande qu’ils ne puissent pas être abandonnés à leur triste sort. Mais l’obligation humanitaire de les assister ne devrait pas éclipser les mesures préventives de sécurité requises pour anticiper toute entreprise de déstabilisation du pays à partir de Kinshasa.

Le fâcheux précédent de 1994 au Nord-Kivu, où les portes de l’ex-Zaïre étaient grandement ouvertes, sans distinction ni discernement, aussi bien aux réfugiés civils qu’aux miliciens Hutu génocidaires et aux militaires des ex-FAR (Forces Armées du Rwanda) de feu Juvénal Habyarimana, devrait avoir suffisamment édifiés les Congolais sur les dangers d’une immigration désordonnée. Pour n’avoir pas fait attention aux personnes qui fuyaient les représailles de l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) de Paul Kagame, le régime de Mobutu a brutalement basculé dans un cercle vicieux d’insécurité dont les effets pervers continuent d’être ressentis 20 ans après.

Le feuilleton des guerres récurrentes de l’Est du pays devraient inciter les décideurs de Kinshasa à ne pas trop s’accrocher au volet humanitaire du dossier des refoulés de Brazzaville. Les « services » compétents devraient se focaliser sur les cas des suspects qui squattent encore la maison communale de Kinshasa, le Stade Cardinal Malula ainsi que plusieurs quartiers de la ville. Toutefois, le travail devrait être fait de manière professionnelle, afin de ne pas lancer une chasse aux sorcières et de passer à côté de véritables cibles.

Kimp

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