L’assassinat d’un homme : des réactions inattendues

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New York, Washington, Paris, Bruxelles ont été si prompts à réagir pour exprimer l’indignation et la répulsion ressenties que jamais l’assassinat d’un homme en RDC au cours de cette législature n’a autant secoué en un temps record presque de concert tous ces hauts lieux politiques du monde. Si les auteurs du crime étaient des tueurs à gages qui ont accompli une mission qui leur était commandée, leurs maîtres supposés devraient se sentir aujourd’hui très mal à l’aise à cause de ces vives réactions des puissants de ce monde auxquelles ils ne pouvaient s’attendre. La nouvelle du meurtre de Floribert Chebeya Bahizire, leader des droits de l’homme très expérimenté et bien considéré sur le plan tant national qu’international, a retenti mercredi 02 juin 2010 à Kinshasa et à l’intérieur du pays tout comme à l’extérieur, pareille à un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Chebeya était à la tête d’une ONG de défense des droits de l’homme quasi hors série en RDC. La « Voix des sans voix » ou l’ASADHO (Association africaine défense des droits de l’homme) est activement sur le terrain depuis une vingtaine d’années, inlassablement toujours sur la brèche. Le drame est si horrible que le Président Joseph Kabila ne pouvait y rester indifférent.

Le Chef de l’Etat a réuni autour de lui le Conseil supérieur de la défense et pris certaines mesures d’urgence à titre de sanctions contre certains responsables des forces de police et des services secrets. Cela traduit le degré de la répugnance suscitée par cet assassinat. Un crime qu’on ne peut considérer comme passionnel ou crapuleux, mais politique commis avec préméditation, selon quelques bribes de la dernière communication qu’il avait eue avec son épouse, rapportée par Radio Okapi. « C’était vers 17 heures que son mari l’a appelée pour lui dire qu’il avait rendez-vous à l’Inspection générale de la Police et que le Général Numbi devait le recevoir vers 17 heures 30… Après quelque temps, il m’a envoyé un SMS pour confirmer qu’on allait le recevoir vers 17 heures 30. Comme je n’étais pas tranquille, je lui ai envoyé un SMS pour savoir s’il a été reçu. Il a répondu à mon SMS affirmant qu’il n’a pas pu rencontrer l’Inspecteur général de la Police et qu’il faisait maintenant un retour à l’UPN. Je sais que mon mari ne fait pas comme ça et n’avait pas un programme pour se rendre à l’UPN ». Une histoire à dormir débout. Un homme qui se rend à un rendez-vous connu pour rencontrer un interlocuteur connu, et de là il a la possibilité de communiquer tout cela à sa femme. Il n’y avait ensuite plus de communication entre ce couple. Le lendemain on trouve son corps étendu raide mort à bord de sa voiture dans la commune de Mont Ngafula.

Pareil meurtre odieux d’un activiste des droits de l’homme en vue ne pouvait manquer de choquer l’opinion et de susciter des réactions de désapprobation fusant du pays comme de l’étranger. Les concepteurs et les exécutants de ce drame ne pouvaient s’imaginer en quelle mauvaise posture ils enfonçaient encore l’Etat congolais dont la cote en matière de respect des droits humains et de sécurisation des personnes et des biens n’est jamais brillante selon le jugement de hautes sphères internationales. Les réactions condamnatoires en cascade de l’Onu, de l’Administration américaine, de France, de l’Union européenne, de Belgique, doivent avoir amené les ultras à mesurer les conséquences du comble de la bêtise qui vient d’être commise. D’autant plus que ce meurtre est l’illustration du sort d’une catégorie à part d’acteurs sociaux qui sont plus particulièrement dans le collimateur des tueurs en RDC, à savoir militants de défense des droits de l’homme et journalistes. L’épanouissement et le piétinement de la démocratie se mesurent aussi, pour les observateurs, aux conditions de liberté et de sécurité, ou de contrainte et de risques dans lesquelles travaillent ces acteurs sociaux dans leurs pays respectifs. De par le monde il n’y a pas de cas d’assassinat qui déchaînent des répercussions à l’échelle internationale autant que ceux de ces acteurs sociaux.

De ces acteurs sociaux déjà lâchement liquidés en RDC comme Chebeya, il y a lieu de rappeler pieusement le militant de défense des droits de l’homme Kabungulu à Bukavu, les journalistes Franck Ngyke (et son épouse), Louis Mwamba Bapuwa, Serge Maheshe, Didace Namyujimbo. Rien ne garantit que la liste noire est close avec Chebeya. Le premier acte d’assassinat odieux de ces acteurs sociaux fut celui de Kabungulu qui avait suscité beaucoup de réactions d’indignation et de condamnation presque partout dans le monde comme aujourd’hui. Mais il s’en est suivi d’autres meurtres lâches comme si de rien n’était. Peut-être cette fois-ci la mesure est comble à cause des avalanches des réactions internationales plus musclées et impératives que jamais, exigeant toute la lumière  sur ce drame. Les Etats-Unis et les Pays-Bas mobilisent des équipes de médecins légistes d’experts en enquête criminelle pour une enquête indépendante et approfondie. 55 ONG nationales et internationales ont adressé une pétition collective au Chef de l’Etat et au Premier ministre congolais demandant l’administration correcte de la justice au sujet de cette tragédie. Les commanditaires et les auteurs de cet assassinat de Floribert Chebeya ont mis le gouvernement dans une situation très délicate et embarrassante.

Jean N’Saka wa N’Saka

 

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