L’artiste-musicien Likinga « Redo » tire sa révérence

0
353

Likinga-Redo-tres-malade-en-Belgique_full_articleUn artiste ne meurt jamais. Ses œuvres demeurent de génération en génération. A travers des compositions telles que « Montese», «Kamanzi », « Ariya Kefi », «Manzaka ebende», etc. Likinga Mangenza alias « Redo » a fait vivre, chanter et danser par son talent. Le jeudi 8 août 2013 tard dans la nuit, la nouvelle de sa disparition en France est tombée comme un couperet, moins d’une année après la mort de sa fille. La star a rejoint ainsi au panthéon du clan Langa Langa, ses amis  Mbuta Mashakado, Lengi Lenga dit « Ya Lengos », Bimi Ombale, Teddy Sukami, Enoch Zamuangana, Ilo Pablo, Matima, Alekanda, etc.

 Originaire de la province de l’Equateur, Likinga Mangenza «Redo» était un Ngombe de Lisala et ressortissant de Busu Djano. Né à Kinshasa en 1954, il fit ses débuts dans l’art d’Orphée en 1968 au sein de l’orchestre « Les Malou » de la commune de Kinshasa, puis «Sensationnel » aux côtés de Doris Ebuya à la guitare solo, Gerry Dialungana à la guitare basse, Ndundu Alhadji à la guitare d’accompagnement, les chanteurs Diavolo et Lovi ( Longomba Victor, fils du chanteur du même nom), etc.

A partir de 1971, Likinga marqua une discrète présence dans l’orchestre « Empire Bakuba », renforçant ainsi la section « chant » du trio KADIMA (Kabasele Yampanya dit Pépé Kallé, Dilu Dilumona et Matolu Dode dit Papy Tex). Et, les mélomanes découvrirent, de jour en jour, le talent de ce nouveau chanteur.

            Trois années plus tard, en 1974, le chanteur choisit d’entrer dans l’ensemble Zaïko Langa Langa qui venait d’enregistrer les départs d’Evoloko, Papa Wemba, Bozi Boziana et Mavuela «Somo». Il se révéla un feu follet de la chanson et composa «Kamanzi», «Ariya Kefi», etc. Ce fut, tout de suite, le triomphe. Le modus cantandi de l’artiste, a renseigné le professeur musicologue Jean-Pierre François Nimy Nzonga, déteint considérablement sur la polyphonie pratiquée par le nouvel ensemble. « Likinga Redo devint une sérieuse référence et apporta un vent vivificateur à l’orchestre Zaïko Langa Langa. Avant lui, le groupe récoltait, certes, un succès fous avec des artistes de grand gabarit tels Evoloko Joker, Papa Wemba, Efonge Gina, Mavuela Somo, Bimi Ombale, Bozi Boziana, etc. Mais, le genre développé par ces chanteurs, tranchant par leur volatilité, n’a pas influencé durablement l’orchestre. En revanche, l’entrée de Likinga Mangenza amena un style de chant incontestablement nouveau…», a témoigné ce spécialiste de la musique congolaise.

            En effet, son modus cantandi, se doublant d’un timbre vocal sui generis, singularisa dorénavant la ligne «chant» de l’orchestre Zaïko et apporta une sensibilité considérable au sein de cette grande formation. De « Yudasi» à «Obi», en passant par «Kamango» et une foultitude d’œuvres à grand retentissement, Likinga Mangenza prouva à suffisance ses qualités d’interprètes hors pair.

            Son style engendra une certaine mode et incité d’autres chanteurs à faire de même au sein de leurs groupes respectifs. Dans le lot de ses nombreux émules, on cite notamment Lukombo Djeffard, Yenga Yenga Junior, Carlito, JP Buse, Malage de Lugendo, etc.

            Son départ de l’orchestre ayant créé un vide énorme, le recrutement de JP Buse Mosongela, en 1982, ne poursuivait qu’un objectif : combler cette vacance, en obligeant la nouvelle recrue à chanter, coûte que coûte, dans le même registre que Likinga. Le nouveau musicien, en tout cas, s’en acquita admirablement.

            A la suite d’une sordide histoire de trafic de stupéfiants qui lui  valut un séjour carcéral au Portugal, en 1988, Likinga Mangenza réapparut sur la scène musicale et entra dans l’orchestre « Zaïko Langa Langa/Familia Dei ». Mais, le groupe, qu’il venait d’intégrer était issu d’un éclatement et regorgeait de vedettes. Aussi, des conflits de leadership minait-ils l’ensemble qui finit par se désagréger.

Likinga décida ainsi de repartir pour l’Europe, s’établissant à Paris et évoluant, désormais, en qualité de musicien indépendant jusqu’à ce que la mort l’emporte à la suite d’une longue maladie.

Tshieke Bukasa

LEAVE A REPLY

*