L’ambassadeur du Portugal impressionné par le travail abattu par «Le Phare»

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 624_341_64a6b40e5c99e83d2781b2cddc9caf14-1302162020M. Joao Côrte-Real, ambassadeur du Portugal en   poste à Kinshasa en RDC, depuis le mois de mai 2013,  a visité hier lundi 12 août,  les bureaux du journal Le Phare dont il a apprécié particulièrement la qualité du travail abattu par l’équipe rédactionnelle dans le paysage médiatique congolais.

A son arrivée au Phare, Joao Côrte-Real a été accueilli par l’Editeur- directeur général Polydor Muboyayi Mubanga  qu’entourait l’équipe de coordonnateurs, pour un bref échange. Au cours de cette entrevue, l’ambassadeur du Portugal a indiqué d’emblée que depuis sa prise de fonction en RDC au mois de mai 2013, il tient à connaître ce pays et ses réalités. Aussi,  il s’est dit intéressé par l’évolution de la situation politique et pour ce faire, il lit chaque matin, des journaux, et apprécie particulièrement le journal Le Phare.  

Souhaitant la bienvenue à son hôte de marque, l’Editeur –directeur général du Phare s’est dit honoré par cette visite qui pour lui, représente un signe évident d’encouragement pour le travail réalisé au quotidien par les journalistes pour qu’il y ait plus de démocratie en RDC, plus de respect des droits de l’homme, de bonne gouvernance et également pour le développement de ce pays.

Mais Le Phare qui va accomplir ses 30 ans d’existence, le 8 septembre prochain, a connu une histoire que Polydor-Fortunat Muboyayi Mubanga a revisitée avec son hôte. Cette histoire, a-t-il rappelé, a commencé en 1983 avec Le Phare Contacts, un bulletin à distribution gratuite consacré aux petites annonces et à la publicité.  Cette publication, a rappelé l’éditeur-directeur général du quotidien de l’avenue colonel Lukusa, s’est alors constitué quelques moyens pour déboucher sur Le Phare Autrement qui alignait les rubriques culturelles, telles que le sport, la musique, la culture et les arts, la santé et l’éducation, sans aborder la politique, dans un contexte politique caractérisé par la dictature sous le règne de Mobutu, surtout que la censure battait son plein. A la suite de quelques problèmes de droits de l’homme, Polydor-Fortunat Muboyayi a fait l’objet des poursuites judiciaires qui ont entraîné son enfermement. Reconnu innocent, il sera libéré en se disant que dans ce pays, quand vous ne vous intéressez pas à la politique, la politique s’intéresse toujours à vous. Et depuis il a pris l’option de se jeter à l’eau et d’aborder la politique. D’où le passage au journal Le Phare dans sa configuration actuelle d’un journal abordant sans tabou des questions politiques et même celles qui fâchent.

La prison comme prix de la critique

Le choix de cette option, a indiqué l’éditeur-directeur général du Phare, ne s’est pas fait sans douleur. Car, la plupart des membres de son équipe rédactionnelle feront la prison, pour avoir écrit des articles qui n’avaient pas plu au régime en place. Il a rappelé cette période sombre de la démocratie congolaise en balbutiement, marquée par le plasticage des bureaux des journaux de l’opposition, mais aussi de leurs imprimeries. Le secteur médiatique connut alors sa descente aux enfers. Car, il ne restait plus en vue que les organes de presse favorables au régime dictatorial qui ne livraient à la population, que des informations à la gloire du dictateur. Les lecteurs se tournaient volontiers vers la presse étrangère qui de temps en temps, donnait quelques informations sur la RDC, et faisait des critiques sur la marche politique du pays.

L’éditeur-directeur général du Phare a également rappelé que pour sa ligne éditoriale qui prônait plus de démocratie, son journal fut taxé de proche de l’opposition, entraînant des mois d’emprisonnement pour ses cadres de commandement. Dans ce pays, quand on dénonce la marche tortueuse du pays, a-t-il fait remarquer, au lieu que cela inspire les dirigeants à plus de gouvernance, on indexe le journal.

L’ambassadeur du Portugal en RDC en a profité pour reconnaître que la presse est le 4 ème pouvoir, et que dans sa mission, elle est appelée à accompagner les dirigeants dans la marche du pays, en demeurant critique sur ce qui ne marche pas. Mais en RDC, a-t-on la même vision de l’action de la presse, s’est interrogé Polydor-Fortunat Muboyayi, avant de fustiger le fait qu’à une certaine époque, en défendant le droit à l’information ou était poursuivi pour atteinte à la sécurité. Et pour avoir vu défiler beaucoup des dirigeants politiques à la tête de ce pays, il sait que ceux qui accèdent au pouvoir, s’éloignent généralement de l’intérêt de la population et changent facilement de discours. Ils se désintéressent des préoccupations de la population, creusant ainsi un fossé entre eux et cette population qu’ils sont sensés servir. Le Phare, devait-il conclure dans ce registre, se veut un journal de proximité avec la population, en débattant de toutes les questions qui touchent à son vécu quotidien, donc à la marche du pays. Et il entend demeurer fidèle à cette ligne de conduite, en gardant son indépendance.

Concertations nationales : débattre les questions de la crise

M. Jôao Côrte-Real s’est alors intéressé à l’évolution des concertations nationales. A cette préoccupation de l’ambassadeur du Portugal, Polydor-Fortunat lui a donné un bref aperçu sur les sons discordants entendus dans les divers milieux politiques de notre pays, souhaitant que les acteurs politiques puissent se donner des garanties pour y aller, en évitant des agendas cachés. Pour ce faire, il faut qu’ils se mettent d’accord sur ce qu’ils doivent discuter et balayer la méfiance, comme première étape. «Au Phare, nous constatons malheureusement qu’au retour du déplacement de Brazzaville, les acteurs politiques changent de discours, alors que la grande préoccupation devait être la recherche d’un compromis politique».

M. Jôao Côrte-Real a saisi cette occasion, pour féliciter Le Phare pour avoir tenu bon durant son existence. Pour sa part, il a évoqué l’histoire politique du Portugal qui a connu des régimes dictatoriaux avant de déboucher sur la «  Révolution des œillets » en 1974.

L’ambassadeur du Portugal a dit sa préoccupation concernant la situation politique qui prévaut à l’Est de la RDC. Pour résoudre cette crise, il faut des solutions politiques. La guerre à l’Est est un sujet complexe, à son avis, et qui comporte beaucoup d’enjeux. Par solution politique, il croit savoir qu’il appartient à la RDC et aux pays de la région de privilégier la paix et la stabilité. Tous ces pays doivent trouver une solution acceptable par tous.

L’éditeur-directeur général du quotidien de l’avenue colonel Lukusa a abondé dans le même sens, reconnaissant que la RDC est confrontée à beaucoup des défis, notamment les infrastructures, la santé, l’éducation, l’économie… Tel doit être l’objectif principal des acteurs politiques en acceptant de participer aux concertations politiques appelées à débattre de tous les sujets qui divisent la classe politique congolaise.

Visite des installations du Phare

            Sous la conduite de Polydor-Fortunat Muboyayi, l’ambassadeur du Portugal a visité les services centraux du journal Le Phare. Cette visite guidée a débuté par la salle des machines où M. Jôao Côrte-Real s’est rendu compte des travaux réalisés à partir de la sélection des nouvelles provenant de différentes sources aussi bien nationales qu’étrangères. Une grande part de cet ouvrage revient au travail de la collecte des informations, et le tri de celles présentant un vif intérêt pour les lecteurs dont on connaît les préférences. La rédaction centrale se charge alors de les prioriser, en privilégiant la loi de l’intérêt pour le lectorat, et en donnant plus consistance aux articles par le jeu de questionnement pour des analyses plus pointues. L’ambassadeur du Portugal a terminé sa visite au Phare dans la salle de monitoring où Le Phare suit la situation mondiale, tant sur plan politique, économique, culturel et sportif, avec ce souci constant de moissonner davantage des informations pour l’édition du jour.

Dans la salle de rédaction, Joao Côrte-Real a fait face aux journalistes et de l’équipe des stagiaires venus fourbir leurs armes aux côtés des professionnels. Et il s’est prêté volontiers à une interview dont les principales questions ont gravité autour de son mandat, du silence du Portugal sur l’évolution de la politique congolaise, et le retour des commerçants portugais en RDC. L’éditeur-directeur général qui a assuré la modération, a indiqué que l’ambassadeur du Portugal qui vient de prendre son poste depuis mai 2013, veut connaître ce pays, et connaître aussi la société dans laquelle il va accomplir son mandat. Il suit la presse et s’intéresse au journal Le Phare. Et c’est pour cette raison qu’il est venu visiter ses bureaux. Après avoir revisité l’histoire du journal, en quelques grandes lignes, Polydor-Fortunat Muboyayi a évoqué leur entrevue sur la situation qui prévaut dans la partie Est de la RDC, avant d’accorder la parole aux membres de la rédaction pour poser des questions liées au rôle joué par les Portugais depuis l’époque de Diego Cao et sur celui mené au niveau de l’Union européenne. Dans son intervention, le diplomate portugais a dit sa joie de visiter un journal de référence qu’il lit chaque matin, avant d’expliquer les principales missions de son mandat, notamment celles de comprendre la situation politique, de renforcer les relations entre nos deux pays et d’œuvrer pour la promotion de la culture portugaise en RDC.

A la question de savoir pourquoi en dépit de son long passé colonial en Afrique, on n’entend pas le Portugal donner de la voix sur les grands dossiers de la RDC, Jôao Côrte-Real a indiqué que son pays suit attentivement ce qui se passe dans notre pays. La RDC est au centre de l’Afrique, avec neuf voisins. Sa stabilité, a-t-il fait savoir, est une chose importante. Le Portugal doit aider à cette stabilité, à travers l’Union européenne, les Nations Unies. La situation de l’Est déstabilise la RDC et la région. Le Portugal suit le développement de la situation avec le déploiement de la Brigade internationale neutre. Le Portugal, a-t-il fait savoir, a été présent en Afrique. Beaucoup d’Africains parlent le Portugais (Angola, Mozambique, Cap Vert, Guinée Bissau).

            S’agissant du silence du Portugal en rapport avec le tollé général enregistré à travers le monde sur les  élections de 2011 en RDC, l’ambassadeur du Portugal en RDC a indiqué que son pays étant membre de l’Union européenne, et de Nations Unies, il ne pouvait faire entendre sa voix séparément. Le Portugal a une politique articulée sur celle de l’Union européenne et du Conseil de sécurité. Et ses propositions sont prises en compte dans les instances internationales, sans qu’il soit nécessaire de les exprimer séparément.

            A la question de savoir ce qu’envisage le Portugal pour les concertations nationales, le diplomate portugais a relevé que cette question relève de la souveraineté de la RDC. On ne peut qu’encourager les concertations, a-t-il fait savoir, avant de formuler le vœu de voir mis sur pied un processus national qui puisse concourir à la paix et à la stabilité.

Un membre de la rédaction s’est interressé au retour en RDC des investisseurs portugais comme à une certaine époque où on les retrouvait dans tous coins de la république. A cette question, Jôao Côrte-Real a répondu que cela dépend essentiellement de l’amélioration du climat des affaires en RDC, du climat des investissements. La question majeure est la stabilisation de la situation politique et économique. Si les conditions de stabilité sont réunies, les investisseurs de son pays pourront revenir en RDC.

Interrogé sur la réaction du Portugal à la suite de l’agression de la RDC par le Rwanda, le diplomate portugais a laissé entendre que les experts onusiens ont présenté un rapport qui indique que les combattants du M 23 bénéficient des appuis des pays extérieurs. Tous ces pays étant membres de la CIRGL, et signataires de l’accord d’Addis-Abeba, Jôao Côrte-Real  note qu’ils doivent mettre tout en œuvre pour aboutir à la paix et à la stabilité dans la région.

Promouvoir la culture portugaise en RDC

            Et qu’est-ce que les Congolais peuvent attendre de son mandat dans notre pays ? A cette question, Jôao Côrte-Real a décliné quelques-unes de ses missions qui sont de développer d’abord les relations bilatérales entre la RDC et le Portugal, contribuer au développement de la RDC, promouvoir les liens d’amitié entre nos populations et faire connaître la culture portugaise en RDC.

S’agissant de son parcours diplomatique, une autre question, il a fait savoir qu’il a été en poste en Autriche, au Brésil, avant de rentrer au ministère des Affaires étrangères et de repartir comme consul général en Espagne. De retour au ministère des Affaires étrangères, il est envoyé au Mozambique comme ministre-conseiller et c’est en RDC, qu’il est nommé  ambassadeur.

            Comment apprécie-t-il Le Phare ? A cette question, il a dit toute son admiration pour le grand travail abattu par Le Phare. Bien qu’il ne soit pas spécialiste des questions médiatiques, Jôao Côrte-Real considère Le Phare comme un grand journal. Il joue un rôle important dans la démocratisation de la vie politique en RDC. Ce qui est le rôle de toute presse libre et indépendante pour la consolidation de la démocratie. Et quels conseils peut-il prodiguer au Phare ? Là-dessus, il souhaite que le quotidien de l’avenue colonel Lukusa puisse continuer avec sa ligne éditoriale, en abordant la politique intérieure, extérieure, l’économie, la santé et l’éducation, avec le même sens critique.

Cet échange s’est clôturé par une séance des photos souvenirs avec tous les membres de la rédaction. Et c’est satisfait de cette visite et des contacts qu’il a eus avec cette rédaction, que l’ambassadeur du Portugal en RDC a quitté Le Phare avec l’espoir de revenir à une autre occasion.

J.R.T.  

1 COMMENT

  1. Faire connaître en RDC la culture portugaise, qui a tants de rapports avec l’Afrique, me semble un pari important.

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