L’ambassadeur de Suisse fait l’éloge de la démocratie directe

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Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,

Honorables Députés et Sénateurs,

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Estimés membres du corps diplomatique, consulaire et des organismes internationaux

Mesdames et Messieurs,

Chers compatriotes,

Chers amis,

Permettez-moi de vous souhaiter la plus chaleureuse bienvenue dans les jardins de cette ambassade à l’occasion de la célébration anticipée de la Fête nationale suisse, mon pays fêtant le 1er août prochain ses 723 ans d’existence, dont 166 ans d’Etat fédéral.

La Suisse, en tant qu’ensemble étatique cohérent, débute à la fin du XIIIème siècle, mais elle n’est un Etat moderne et pleinement unifié que depuis 1848. Après un peu plus de 2 siècles de gloire militaire du XIVème au début du XVème siècle, les divisions internes amenées par la Réforme éloignèrent durablement les Suisses de tout projet politique commun d’envergure. Elles poussèrent au contraire au développement de la neutralité, cette invention devant maintenir la cohésion des Confédérés de confessions différentes, qui n’aurait pas survécu à une prise de parti ouvert des uns ou des autres face aux guerres de religion qui ensanglantaient l’Europe.

Comme un peu partout à travers le monde, il a fallu des siècles d’histoire pour façonner l’âme suisse. Cette histoire a été infiniment moins tranquille et sage qu’on aime souvent à penser depuis le raccourci spécieux de Victor Hugo (Le Suisse trait sa  vache et vis paisiblement). Au contraire, son histoire est une succession de luttes et de rivalités intestines, résolues le plus souvent par la conscience de dangers encore plus grands venus de l’extérieur. L’essentiel de l’énergie institutionnelle et politique de nos ancêtres s’est investie dans le pragmatisme nécessaire pour préserver une patrie sans cesse menacée de l’intérieur, autant, sinon plus, que du dehors. De ce fait, il n’y a pas eu, en Suisse, ni de politique de pouvoir et de puissance envers l’extérieur, ni de messianisme au sujet de modèles de société à exporter.

Certes, la Suisse s’est aussi beaucoup enrichie de l’apport de nombreux immigrés qui ont tant contribué à notre économie moderne. Ceux-ci fuyaient le plus souvent des troubles ou des jeux politiques délétères dans leur propre pays, et se réjouissaient de trouver chez nous la quiétude. Ils n’ont donc guère cherché à nous inciter à l’ouverture.

            A l’inverse, la pauvreté séculaire de nos ressources et l’exiguïté du territoire ont poussé aux échanges, au commerce, à l’exil. Le citoyen suisse voyage volontiers, se frotte au monde entier et s’enorgueillit aujourd’hui de la relative puissance de ses multinationales, de la réussite internationale de son secteur financier, de sa science et de sa recherche. Mais s’il cherche à prendre sa place comme individu, il reste la crainte que son Etat en prenne trop, s’aventure et se trompe de parti, et ainsi attire les concupiscences et l’ire des grands de ce monde.

Cette apparente schizophrénie est une résultante d’une très ancienne opposition entre deux tendances qui se sont manifestées sous l’ancien régime: le parti de l’intérieur et le parti de l’extérieur. Alors que nombre de Suisses, pendant des siècles, sont allés trouver gloire, richesses et opulence à travers le métier des armes à l’extérieur et le commerce, d’autres, restés au pays, ont longtemps décrié la relative superbe de ceux qui, ainsi enrichis, revenaient au pays. Beaucoup se sont mis à se méfier de l’influence de l’étranger sur le cours de la politique et de la société.

            Voilà qui s’est ajouté à une angoisse atavique répandue chez les Suisses: leur image face à l’étranger, que beaucoup souhaitent aussi lisse que possible, conséquence de générations d’une politique de neutralité fondée sur la crédibilité et la prévisibilité de nos actions. Aussi le Suisse a-t-il tendance à magnifier certaines de ses qualités, tout en jouant de modestie assez sincère sur un autre plan. Nulle part ailleurs sans doute a-t-on autant le culte du faussement petit, du prétendument modeste. Il s’agit d’un cocktail étonnant de complexes d’infériorité assaisonnés de sentiments de supériorité. Voyez l’art que nous mettons à réduire nos « signes extérieurs de richesse ». Voyez les raisonnements instinctifs et les présentations du pays, qui passent régulièrement par l’invocation de notre petitesse, avant d’asséner parfois nos qualités …

Une autre caractéristique fondamentale, plus évidente, celle-ci, est notre système particulier de démocratie directe. Le Suisse s’est même persuadé que parmi tous les Etats démocratiques, l’un de ceux-ci était plus démocratique que les autres. Il ne s’agit pas avant tout d’un réflexe critique envers les autres, d’ailleurs, mais une simple conviction que notre démocratie directe représente le summum de l’idéal démocratique. Ce système compte une particularité sous-jacente qui tranche sur l’habituel à l’étranger: ce ne sont pas les élites qui gouvernent vraiment chez nous, c’est l’ensemble des votants, la population in extenso constamment appelée à se  prononcer sur les faits de société, sur les changements politiques, économiques et sociaux, voire même sur le calibre des frites ou de la longueur des scoubidous. Or, l’on sait que le conservatisme face au changement domine l’être humain. Ce sont les changements, les déménagements, les modifications d’environnement qui constituent le principal facteur de stress pour tout un chacun. On ne s’étonnera donc pas que notre système de démocratie directe est peu favorable aux évolutions rapides.

C’est ainsi que si nous avons été, à l’instar de la Belgique, les premiers après l’Angleterre à vivre la révolution industrielle au XIXème siècle, si notre société relativement égalitaire et tolérante a permis l’accès des femmes aux universités et au savoir bien avant ce qui a été le cas dans certains pays limitrophes, il a fallu attendre 1971 pour généraliser le suffrage féminin en Suisse, c’est-à-dire 51 ans après la Belgique, trois après le Swaziland, notre quasi homonyme dans la langue anglaise, mais juste avant le Bangladesh, tout de même!

Aujourd’hui, la Suisse est un Etat avec une société ouverte sur l’extérieur, un pays solidaire avec le monde. Et si des divergences politiques nous divisent parfois, nous essayons de les surmonter sans recourir à la force. Ce qui est remarquable, c’est le fait que nous ayons réussi, tous ensemble, à partir de nos origines paysannes et de nos divergences culturelles, à construire un Etat moderne et démocratique. Un havre de paix pour les uns, un lieu de refuge pour les autres, un abri pour celles et ceux qui, chez eux, ont été ou sont menacés.

A nos amis Congolais qui affrontent aujourd’hui encore certaines turbulences, mobilisant ressources et énergies, ils se doivent de garder confiance en l’avenir. Je reste en effet convaincu que la RDC, qui partage de nombreuses similitudes avec la Suisse par son pluralisme culturel et linguistique, deux caractéristiques certes difficiles à conjuguer, saura construire, pour autant qu’on lui en laisse le temps, une démocratie dans laquelle chaque citoyen trouve sa place et peut revendiquer le respect de ses droits fondamentaux, à commencer par le droit à la vie, à l’éducation, à la santé et à la sécurité pour lui-même et sa famille. La RDC a suffisamment de ressources, humaines et naturelles, pour bâtir un pays qui soit non seulement plus beau qu’avant, mais qui soit aussi un havre de paix pour tous les citoyens. La RDC ne nous a-t-elle pas démontré qu’elle reste une des terres les plus hospitalières d’Afrique?

Si vous m’accordez encore un peu de temps, je voudrais aussi profiter de ce moment pour souhaiter à mes compatriotes la bienvenue dans les jardins de cette ambassade. Votre présence en ce jour de fête nationale, même anticipée, me démontre, chers compatriotes, votre attachement à votre pays d’origine. Je tiens à vous en remercier et vous souhaite une excellente soirée.

LiebeMitbürger und Mitbürgerine

I môchtSieherzlich in Gartevo der BotschatwiIlkomeheisse .

IriAwesaheitaüseremerschte August zeigtmir, dassSieihriHeimatnidvegesse

I hend.

I tankeIhnedafùr und wünschaIhne en schönaabig.

Cari compatrioti,

Vi do il più cordiale benvenutoneigiardinidell’ambasciata.

La vostrapresenza in questo giorno di FestaNazionale mi dimostra il vostroattaccamento alla Svizzera.

Tengodunque a ringraziarvi e approfitto di questaoccasione per augurarviunabuonafesta.

Je souhaiterais également remercier la Société Nestlé qui, une fois encore, nous a aidé par sa générosité à organiser cette manifestation. Mes remerciements s’adressent également au Grand Hôtel de Kinshasa, en particulier à son administrateur, M. Romain Felber, ainsi qu’à Mme Nathalie Poncet pour leur appui. Mes remerciements vont également à mes collaborateurs, à nos employés et à tous ceux qui, d’une façon où d’une autre, ont oeuvré à la préparation de cette fête.

Avant de vous. inviter à partager le buffet du Grand Hôtel de Kinshasa, comprenant quelques spécialités suisses, je souhaite porter un toast à la RDC et à la Suisse.

Je vous souhaite à toutes et à tous une agréable soirée.

Que vive la RDC, que vive la Suisse.

Je vous en remercie.

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