L’Ambassadeur de Belgique : «La RDC est un Etat trop souvent perçu comme impuissant pour résister aux prédateurs de ses propres richesses»

0
101

Lors de la réception organisée le 21 juillet dans les jardins de la résidence officielle de l’Ambassadeur de Sa Majesté Le Roi des Belges à l’occasion de la fête de l’Indépendance du Royaume de Belgique, un fait n’est pas passé inaperçu. A l’exception du patriarche Mario Cardoso Losembe, les membres du Bureau de l’Assemblée Nationale et du Sénat, des ministres et vice-ministres, des officiers supérieurs de l’armée nationale et ceux de la Police congolaise tout comme les hauts responsables des entreprises du Portefeuille ont brillé par leur absence. C’est pour la toute première fois que cela arrive, a indiqué un acteur politique souvent invité à ce genre de manifestations festives.

            Pourtant, les relations entre Kinshasa et Bruxelles sont au beau fixe, selon une expression diplomatique très en vogue. Témoin, l’Ambassadeur Henri Mova Sakanyi, actuellement secrétaire général du PPRD, après quatre ans d’un mandat fructueux à Bruxelles, a été aperçu en train d’embrasser Bruno Mavungu, son homologue de l’UDPS sous les regards fort intéressés du Cardinal Laurent Monsengwo, d’Arthur Z’Ahidi Ngoma, ancien vice-président de la République sous le système de 1+4 et président des Forces du Futur, son homologue Azarias Ruberwa, président du RCD et du Premier Ministre Honoraire Adolphe Muzito, haut cadre du Palu.

            Pourquoi cette absence fort remarquée ? Selon certains bruits qui ont couru tout au long de cette réception, les officiels congolais n’ont pas encore bien digéré la douche froide vécue le 14 juillet dernier à la résidence officielle de l’Ambassadeur de France. En effet, dans son discours de circonstance, Luc Hallade, avait prononcé des phrases qui doivent avoir déplu aux officiels congolais, notamment celles qui auraient sûrement choqué et refroidi les hommes du pouvoir : « L’alternance politique, quelle que soit la forme qu’elle prendra, pourvu qu’elle soit démocratique, est ou sera une bonne chose. Il faut savoir quitter le pouvoir, comme il faut savoir quitter ses fonctions, aussi intéressantes et prestigieuses soient-elles ».

            Les officiels congolais n’avaient peut-être pas tort d’avoir séché cette réception car, l’Ambassadeur belge y est aussi revenu avec des termes similaires : « ce retrait et cette discrétion ne nous empêcheront pas de croire et d’affirmer que les principes et les valeurs incarnés par la Constitution de 2006 sont des principes honorables, équilibrés et justes, suffisamment forts et stables que pour permettre la consolidation de l’Etat à travers et au-delà des échéances électorales. Je suis convaincu qu’il est important lorsque l’on assume des mandats politiques ou des responsabilités de gouvernement d’avoir toujours à l’esprit cette réflexion du philosophe et théologien Paul Ricoeur selon laquelle : « nous ne sommes libres pour et avec autrui que dans des institutions justes ».                                       F.M.         

DISCOURS PRONONCÉ LE 21 JUILLET 2015 À LA RÉSIDENCE DE BELGIQUE DE KINSHASA PAR M. MICHEL LASTSCHENKO, AMBASSADEUR DE S.M. LE ROI DES BELGES, À L’OCCASION DE LA FÊTE NATIONALE DE BELGIQUE

Excellence Monsieur le Représentant du Chef de l’Etat,

Eminence Monsieur le Cardinal,

Honorable  Présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale,

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de Missions diplomatiques et de Coopération , chers collègues

Monsieur le Président de la Cour Constitutionnelle,

Monsieur le Procureur de la République près la Cour Constitutionnelle

Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres

Messieurs les Gouverneurs

Honorables membres de l’Assemblée Nationale, du Sénat et du Conseil économique et Social,

Messieurs les Présidents des Cours et Tribunaux, messieurs les magistrats,

Messieurs les Officiers Généraux et officiers supérieurs

Messeigneurs les Evêques et prélats

Mesdames et Messieurs les représentants des Provinces

Mesdames et Messieurs  membres du Corps diplomatiques et consulaires

Mesdames et Messieurs les Bourgmestres

Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités

 

Liebe Landsleute

Chers compatriotes

Beste landgenoten

 

Chers amis

 

 

Bamama, Batata, Bandeko,  Mbote !

 

Tozali na esengo ndenge boye mingi mpe toyambi bino epayi na biso. Soki ezalaki bolingo na bino te, feti oyo ya ba noko (belge) nde ekokaki kozala lolenge oyo te. Na yango natombeli bino boyeyi malamu, mpe tosepela elongo. Merci mingi bandeko.

 

Bamama, Batata, Bampangi na munu,

 

Nkonso yi mvu, Mono na Nkento ya munu, beto kele na kiesse ya koyamba beno na inzo ya beto mpene pene na nzadi,  yayi kele inzo ya beno.

 

Muke na kutonda beno.

 

 

Ba Tatu  ne ba Mamu mioyo yenu bonso

Bua bualu bua Difesto dia dipanda dietu, mema ne mwena kuanyi tudji ne disanka dikole bua ku nuleja dinanga dia ditunga dia mwana wa bena belge kunudi; tuasakidila wa bungi kunudji nenu bonso.

 

 

Njambo Kwa wote

 

Tunafurahi sana kwa kuwapokea.

 

Kinshasa ina unganisha wa congomani wote kutoka mashariki, mangaribi, kaskazini, kussini.

 

Aksanti! Karibu kwa wote sana.

 

 

Mijn echtgenote en ik verheugen ons ten zeerste U vanavond welkom te heten in de tuin van de  Belgische Residentie. Het is in 2015 de derde keer dat wij het genoegen  hebben U te ontvangen  voor onze Nationale Feestdag, een tijd van vreugde en gezelligheid, een tijd ook om in het warme Kinshasa in gedachten even bij onze families en vrienden in het moederland te vertoeven.  Wij willen in het bijzonder vanavond  welkom heten aan onze landgenote, Mevrouw Hilde Jacques die vandaag haar verjaardag viert .

 

Mon épouse, les membres de l’Ambassade de Belgique et moi , sommes particulièrement heureux de vous accueillir dans ce jardin pour la fête nationale. Le 21 juillet est partout dans le monde une fête qui réunit tous les Belges et les amis de la Belgique, et c’est sans doute à Kinshasa, que cette manifestation répond le mieux à cet objectif d’amitié et de fraternité.  Nous célébrons cette année le 184e anniversaire de la prestation de serment de notre premier roi, le Roi Léopold 1er ,  l’occasion aussi d’adresser à LL MM  le Roi et la Reine  un hommage respectueux, puis nous  fêtons aujourd’hui le 2e anniversaire de la prestation du Roi Philippe   comme Roi des Belges.

 

Qu’il me soit permis de remercier l’artiste congolais Isaac Mondele , qui est parmi nous ce soir, et qui vient d’offrir à l’ambassade ce très beau portrait du Roi, un portrait qui accueillera désormais tous les visiteurs  de la résidence. Cher Isaac Mondele je ne manquerai pas d’informer S. M. le Roi et le Ministre belge des Affaires étrangères du geste plus qu’aimable et généreux que constitue le don de cette très belle œuvre d’art.

 

Le grand avantage de la saison sèche à Kinshasa est évidement qu’il ne pleut pas. Pour les Belges l’avantage de ces journées de saison sèche est que le ciel est souvent gris, un peu menaçant, nous donnant vraiment l’impression avec la douce chaleur de la nuit  que nous sommes bien à Bruxelles un 21 juillet, nous interrogeant avec une sorte d’inquiétude joyeuse s’il pleuvra ce soir ou pas . C’est cette situation climatique particulière qui fait que la réception dans ce jardin nous donne tant à penser à Bruxelles en ce moment-même où débute une soirée où la bière coulera à flot ,où des cornets de frites ou de crème glacée feront la joie des petits et des grands. Je voudrais remercier les différentes entreprises qui sont associées à cet évènement, mais en particulier remercier le Centre Wallonie Bruxelles pour son appui logistique et le Ministère belge de la Défense sans lequel nous ne serions pas en mesure chaque année de vous faire goûter quelques bières qui font la renommée de notre pays

 

 

Excellences,

Mesdames et Messieurs

 

L’écrivain congolais Fiston Mwanza Mujila, qui vit et travaille en Autriche  écrit dans le très beau récit poétique qu’il a publié il y a deux ans déjà, qu’en saison sèche à Kinshasa «  le fleuve s’ennuie à longueur de journée….sans savoir trop pourquoi », sans savoir sans doute qu’il est une métaphore de la vie, que les eaux que nous voyons le jour et nous imaginons s’écouler la nuit ,sont des peuples, des foules, des nations et des langues ,tant l’immense Congo porte en lui des espérances et des défis, apparemment contradictoires , mais en fait unis par cette grandiose et puissante voie fluviale, l’une des plus importantes au monde avec le Nil, l’Amazone, le Gange , l’Euphrate et le Fleuve jaune.

 

Je songeais à ces fleuves lointains , à ces différents courants légendaires , à travers leurs cheminements,  leurs bifurcations, leurs méandres , leurs empierrement ou ensablement parfois, en songeant aussi au monde qui est le nôtre en cette deuxième décennie du siècle,  à cette violence aussi partout présente aujourd’hui  – au Congo aussi malheureusement-, à toutes ces nations au Proche et  au Moyen Orient, en Afrique du Nord, en Afrique sahélienne, en Afrique de l’Est , en Asie, qui sont sinon déchirées par la guerre du moins en proie à des violences barbares, à l’Europe aussi , que la désunion guète parfois et qui n’échappe pas  – qui n’échappe plus- aux actes les plus désespérés et les plus sanglants, le monde comme le fleuve donc, comme son histoire qui est, pour reprendre à nouveau ce qu’écrivait Fiston Mwanza Mujila «  une blessure aiguë et simultanée, une blessure sale, une espèce de cadavre gonflé et à la fois concassé »

 

Nous venons de célébrer il y a trois semaines le 55e anniversaire de l’Indépendance de la République démocratique du Congo, un anniversaire qui compte dans la vie d’une nation , d’autant plus que le pays se trouve au centre du continent, cette Afrique , qui malgré les drames qui la marquent et la martyrisent , est le continent , qui selon les plus grands experts économiques internationaux, est en passe de devenir , est d’ailleurs devenu après le spectaculaire développement de l’Asie depuis l’an 2000, le continent dont la croissance économique est la plus remarquable au monde.

 

Est-ce à dire que la République démocratique du Congo est définitivement sortie de la prophétie du malheur qui faisait dire il y des décennies, au lendemain des indépendances, que l’Afrique noire était mal partie,   sans doute non.  Pas encore .

 

Mais il est certain que malgré des analyses sur son développement et sur ses orientations qui restent toujours valables à bien des égards , l’Afrique a changé ses paradigmes de développement, est redevenue une terre de promesses  et d’opportunités économiques, même si l’on doit constater , particulièrement en République démocratique du Congo que la croissance n’est pas suffisamment inclusive, que nos investissements périclitent trop souvent , que l’enthousiasme est trop souvent aussi  absent lorsque l’on évoque avec des industriels et financiers européens les opportunités présentes dans ce vaste pays.

 

J’y reviendrai

 

Nous vivons dans un monde où la réalité, la vérité d’un pays est de plus en plus difficile à saisir, malgré la vitesse de l’information, malgré la télévision ou internet qui nous font vivre l’évènement en direct. Mais parfois, trop souvent en fait, sans prendre le recul de la réflexion . Car ce qui est visible et apparent ne nous dit pas forcément grand-chose de ce qui se passe de façon moins visible .   Je reviens à ma métaphore du fleuve. Lorsque je le regarde chaque matin, il semble couler de façon lisse et régulière. Mais je ne sais rien des courants contradictoires qui le traversent sous la surface , même si j’en devine la force . Ce qui est paradoxal, ce qui fait la difficulté de nos analyses , des décisions politiques que nous recommandons à nos gouvernements , où des questions économiques et financières que des hommes d’affaires installés en Afrique sont appelés à trancher , est que l’Afrique comme tout autre continent est animée de mouvements de fonds contradictoires. Où est le lien entre la montée en puissance politique et économique des femmes et la progression d’un islam radical et en vérité tronqué dans son enseignement, dont on voit tous les jours les ravages, notamment au Nigeria ou au Cameroun ?  Comment concilier l’importance d’internet dans des pays où un modernisme,  que rien n’arrêtera, cohabite avec des archaïsmes traditionnels qui échappent à toute rationalité occidentale ? La politique, la religion, l’économie , l’écologie , ont toutes leur place dans cette Afrique en marche, mais elles se développent, me semble-t-il, selon des logiques et même avec des programmes logiciels  qui semblent échapper à toute cohérence, qui se heurtent les uns aux autres, et dont la conséquence  visible   paraît être  une grande confusion, alors que ce chaos apparent trouve sans doute un point d’équilibre quelque part. Malheureusement aussi ces tensions sont causes d’injustices, de spoliations, de violences diverses, comme si pour créer ce point d’équilibre il fallait passer par la loi de la jungle, la loi du plus fort.  C’est ce que nous disent les malheureux réfugiés d’Afrique qui s’échouent  sur nos plages, au terme de traversées dont les dangers et les risques témoignent de la violence et de la misère que ces hommes, femmes et enfants tentent de fuir.

 

Pour le diplomate européen, curieux des évolutions, il y une interrogation ; comment interpréter l’affirmation nouvelle de  cette souveraineté  voulue par l’Afrique  comment comprendre  cette appropriation de son destin   , de ses moyens et de ses ressources économiques , de cette volonté  d’un avenir radieux, alors que la corruption persiste et se développe même, alors que la misère s’aggrave parfois pour de larges couches de la population même si la pauvreté diminue dans son ensemble,   alors que le réel envol économique est encore trop souvent perturbé par les vents contraires que sont ces vielles pratiques prédatrices de la richesse nationale ?  C’est un défi que de comprendre tout ceci, d’essayer de comprendre l’Afrique  de comprendre sa logique si souvent irrévérencieuse à l’égard de nos schémas européens, toujours perturbante en fait.  Le danger qui nous guette à cet égard est une absence de vigilance, une absence d’attention. Il nous faut désormais nous battre non seulement pour le développement économique et social de l’Afrique, pour son épanouissement politique et démocratique , mais aussi lutter contre une sorte d’inquiétant glissement insidieux de nos opinions publiques et donc à terme de nos dirigeants politiques et leaders d’opinion , vers une sorte de placidité , d’acceptation de ce qui pourra advenir dans ces pays qui nous paraissent trop souvent négligés par leur propre gouvernements.

 

Excellences

Mesdames et Messieurs

Chers amis

 

Avec les Congolais, nous nous sommes félicités et réjouis le 30 juin dernier du 55e anniversaire de l’Indépendance . Cette célébration nous a permis de revenir sur le chemin parcouru depuis 1960, un chemin parcouru ensemble mais souvent aussi de façon séparée.  Cette différenciation s’explique naturellement par les bouleversements et les transformations radicales ou subtiles qu’ont connus nos deux pays sur le plan institutionnel, politique, économique et social. Mais un cheminement commun aussi, car malgré les soubresauts dans nos relations, les brouilles et les réconciliations, jamais le lien entre Bruxelles et Kinshasa n’a été rompu.  Même lorsque le ciel se couvrait de nuages, même lorsque l’orage grondait entre nos capitales et que nous tremblions sous le tonnerre , nous sommes toujours revenus l’un à l’autre , poussés par des aspirations communes et les liens indicibles qui unissent nos populations , quelles que soient les difficultés. Nos échanges restent riches et nos contacts sont permanents à tous les niveaux , plus fervents et fertiles peut-être qu’ils s’éloignent du pouvoir et touchent le cœur des gens.

 

Je suis personnellement convaincu que nous ne pouvons pas nous contenter de cette situation. Le climat est serein certes, mais nous devons être les bergers des nuages, les regrouper, les disperser avant qu’ils ne décident de virer à l’orage.  Des groupes de jeunes gens en Belgique et en République démocratique du Congo – je pense au groupe du Vendredi à Bruxelles, à Génération Congo à Kinshasa , à l’association Filimbi – injustement poursuivie selon moi- s’interrogent sur les moyens d’améliorer nos relations, sur la nécessité d’inventer des liens nouveaux  reposant sur l’expertise, l’expérience et l’imagination de chacun. La question n’est pas de se demander uniquement ce que Bruxelles peut apporter à Kinshasa, mais aussi de comprendre que la Belgique peut beaucoup apprendre de l’expérience et des idées qui voient le jour et sont mises en oeuvre en République Démocratique du Congo.  L’une d’elle , paradoxalement , est qu’il faudrait renoncer à nos programmes traditionnels de coopération bilatérale, mais tout axer sur la promotion et le développement du secteur privé, créateur d’emplois , un secteur privé dont les exigences de qualité forceront les autorités et le secteur informel à améliorer   les niveaux de formations professionnelles et d’éducation en général , un secteur privé dynamique qui serait  à son tour le vivier de nouvelles initiatives, la nécessaire dimension supplémentaire indispensable pour le développement du secteur bancaire et du crédit,  et surtout le vecteur de changements profonds de mentalité

 

J’évoquais il y a quelques instant les difficultés que nous rencontrions à convaincre des investisseurs à s’établir ici.  Chaque année pourtant nous organisons des missions économiques importantes tant à Kinshasa et dans d‘autres villes du pays,  qu’en Belgique . Dans quelques semaines le Ministre régional wallon de l’Economie Monsieur Jean Claude  Marcourt  sera à Kinshasa à la tête d’une nouvelle mission économique regroupant une quarantaine d’entreprises, et non des moindres, dont, –  je l’espère vivement-,  quelques entrepreneurs . courageux. Car il faut en effet un certain courage, une patience réelle et une capacité de résistance non dénuée d’humour pour se lancer dans les affaires en République démocratique du Congo, notamment parce que nonobstant de nombreuses promesses, la convention pour la prévention de la double imposition signée entre la Belgique et la République démocratique du Congo n’est toujours pas complètement mise en œuvre ici, et parce que la convention pour la protection mutuelle des investissements, pourtant signée il y a plusieurs années, n’a toujours pas été ratifiée par le parlement congolais .

 

Excellences

Honorables, Mesdames et Messieurs

Chers amis,

 

Toute cette problématique dépasse en fait les problèmes rencontrés par des entrepreneurs étrangers, mais se rapporte , me semble-t-il , à la question centrale de la mise en œuvre et du respect du contrat social entre les gouvernants et les citoyens , à la question de la mise en œuvre et du respect de l’Etat de droit .

 

Malgré des efforts et des progrès en ce domaine la perception du monde persiste, selon laquelle ces principes fondamentaux de la bonne gouvernance ne sont pas encore  établis ou ne sont pas suffisamment respectés en République démocratique du Congo,   comme subsiste aussi la peur, malgré les mesures prises par le gouvernement,   d’un Etat trop souvent perçu comme impuissant pour résister aux prédateurs de ses propres richesses.  Ces perceptions constituent un lourd handicap pour le développement socio-économique du pays. Car si les investisseurs ne se précipitent pas dans ce pays de cocagne  que devrait être en principe la République démocratique du Congo, c’est que nous n’arrivons pas ensemble, Congolais et expatriés vivant ici, gouvernement et diplomates, à les convaincre d’avoir confiance en l’avenir. De nouveaux bâtiments publics sont construits  , comme le splendide hôtel du gouvernement inauguré hier par le Chef de l’Etat sur le boulevard du 30 Juin, de nouvelles routes,  de nouvelles écoles, de nouveaux dispensaires médicaux, sont construits et planifiés comme le sont également   la réhabilitation de centrales électriques existantes ou la construction de nouvelles . Ces projets concrets sont certes une priorité du gouvernement et des provinces, mais l’impression qui domine est que ces efforts sont insuffisants et ne changent pas la physionomie mentale du pays,  que ce qui compte est moins le travail, l’honnêteté et la volonté de promouvoir le bien commun, que la recherche par une minorité  d’avantages personnels et la protection de leurs intérêts privés

 

Et ce qui complique évidement cette défiance mutuelle sont ces conflits locaux, destructeurs et mortifères pour les populations concernées, des conflits qui sont toutefois,  sinon insignifiants,   du moins peu importants,  pour la stabilité du pays à l’échelle du continent qu’est la République démocratique du Congo.  Ces guerres locales sont pourtant  suffisamment  perturbatrices  que pour amplifier la méfiance internationale , d’autant plus qu’un accord simple sur le respect par toutes les parties concernées des Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies  et des dispositions de nombreux accords, dont l’Accord cadre d’Addis Abeba devraient permettre de régler rapidement  ce qui paraît parfois être une situation maintenue en état pour les besoins de je ne sais quelle cause.   J’ajouterai donc ma voix à toutes celles qui plaident pour un rétablissement rapide et sans conditions des relations de coopération entre le gouvernement et la MONUSCO dans tous ses domaines de compétences.

 

Excellences,

Honorables,

Mesdames et Messieurs,

 

Il est certain que 55 ans après l’indépendance,  le temps des leçons sur les vertus de la démocratie, de l’Etat de droit, du respect absolu des droits de l’homme n’est plus de mise.  La Belgique s’inscrit en tout cas dans cette vision du respect absolu de la souveraineté nationale des autres Etats du monde. Nous sommes parfaitement en mesure de comprendre que chaque Etat a ses propres conceptions de la vie en société, de ce compromis que sont  finalement le contrat social et la démocratie. Nous ne sommes pas suffisamment naïfs de croire que la démocratie est la réponse à tous les maux . Les questions de stabilité , de consolidation des institutions comptent aussi . Mais je  crois  fermement toutefois, qu’au-delà de ces dimensions de l’Etat, dès lors qu’il se prétend démocratique il faut finalement faire confiance au peuple.  A travers l’histoire des peuples, les questions des passations de pouvoir,  y compris même des successions monarchique, ont toujours été , à moins de déboucher sur des violences incontrôlées  , le fruit d’un consensus national, d’un dialogue ouvert et transparent, respectueux de tous et surtout respectueux des règles du jeu et des dispositions constitutionnelles   .  Nous nous félicitons que les consultations politiques menées pour l’instant à l’initiative du Chef de l’Etat démontrent une volonté claire de régler les questions politiques et sociétales du pays de manière consensuelle. Je suis persuadé que ce dialogue indispensable serait favorisé par des mesures de confiance appropriées et unilatérales ,y compris en faveur de certaines

personnes détenus,  dont plusieurs pourraient jouer un rôle positif pour le pays, comme les Concertations nationales l’avaient demandé.  Nous sommes prêts en Belgique, avec nos partenaires européens et d’autres membres de la communauté internationale, je n’en doute pas, à contribuer au bon déroulement du processus électoral, dès lors qu’il sera appuyé par l’ensemble de la population et répondra aux exigences de transparence et d’équité que requiert partout dans le monde un tel exercice démocratique.

 

Beste  landgenoten, chers compatriotes

 

Ik ben U allen dankbaar voor het werk dat U in de Democratische Republiek Congo uitvoert, voor uw engagement en uw gedrevenheid. Votre travail ici , à Kinshasa mais aussi à travers le pays, est non seulement un témoignage de votre foi personnelle en l’avenir du pays, mais aussi un signal fort, montrant qu’au-delà de l’ambassade et des discours officiels, la Belgique reste active ici et entend le rester pour un meilleur développement du pays. Soyez fiers de ce que vous représentez, soyez en aussi dignes,  car le comportement personnel de chacun répond à une exigence morale générale , et se reflète en bien ou en mal dans l’image que se forment de la Belgique nos amis congolais . Ik moet U niet uitleggen dat de toekomstige maanden bijzonder belangrijk zullen zijn voor de toekomst van het land. Aarzelt dan nooit beroep te doen op de Ambassade , en op mijzelf persoonlijk, blijft eerlijk en voorzichtig in uw gedrag, hebt vertrouwen in het leven en in de toekomst .

 

Je voudrais profiter de cette fête du 21 juillet pour dire à nouveau à quel point nous sommes tous heureux à l’ambassade de servir notre pays et  la coopération bilatérale entre la Belgique et la République démocratique du Congo dans ce très beau et très accueillant pays. L’année prochaine , à l’automne , nous espérons pouvoir vous accueillir pour l’inauguration de notre nouvelle ambassade

 

Notre fête cette année , ce soir, est l’occasion de remercier mes collaborateurs – en particulier évidement mon assistante personnelle,  Katleen De Vos qui,  avec mon épouse, Catherine  veille à ce que notre ambassade et notre maison restent ouvertes à tous et servent aux mieux les intérêts du Royaume . Qu’ils me soit permis toutefois, avant de clôturer mon propos de saluer et de rendre hommage à cette dizaine de collaborateurs qui nous ont quitté cet été ou partiront dans les jours qui viennent vers Bruxelles ou d’autres horizons. Je veux en particulier saluer Thomas Stevens, Conseiller politique qui nous quitte au bout de quatre ans, et qui mériterait bien, tant il connaît la vie politique congolaise d’être nommé Ministre , député ou sénateur honoraire.  Comme me le disait un parlementaire ce soir encore, avec le départ de Thomas, le Palais du Peuple ne sera plus le même. Salutations aussi et remerciements à  Ruth Osisi, Nela Bogavac, Frank Rysselinck et Paul Legrand de la section consulaire,  à Anthony Charles du département administratif et immobilier , à Eric Willemaers et Koen Van Acoleyn de la section de coopération, à Bart Uyttendaele, Directeur adjoint de la CTB,   à Mario Verleye, Guy Vanuytrecht et Eric Pigneur  des services de l’Attaché de Défense Je salue enfin Mme Marianne Lemarchand, Présidente du Conseil d’Administration du Lycée Prince de Liège qui quittera très bientôt Kinshasa .

 

Nous vous remercions pour votre engagement, regretterons votre absence, et vous souhaitons à vous et à vos familles,  le meilleur pour l’avenir.

 

Je remercie aussi l’Ambassadeur Henri Mova qui vient de quitter ses fonctions à Bruxelles pour assumer un difficile et prestigieux mandat politique à Kinshasa, et souhaite la bienvenu à Bruxelles à S. E l’Ambassadeur Dominique Kilufia à qui S. M le Roi vient de donner son agrément

 

 

Excellences

Honorables

Mesdames et Messieurs

 

Chers Amis

 

Il ne sert à rien de se mêler d’un débat auquel l’on n’est pas invité.  Le débat politique congolais est un débat entre Congolais . Mais notre silence  si on nous l’impose ne voudra pas dire notre indifférence , et ce retrait, cette discrétion  ne nous empêcheront pas de croire et d’affirmer que les principes et les valeurs incarnés par la Constitution de 2006 sont des principes honorables, équilibrés et justes , suffisamment forts et stables que pour permettre la consolidation de l’Etat à travers et au-delà des échéances électorales .   Nous sommes conscients aussi que notre responsabilité s’arrête à nos conseils , et que le libre arbitre de ceux que nous n’arriverons pas à convaincre est aussi respectable que le nôtre . Il faut pouvoir accepter les limites de notre pouvoir de persuasion , accepter notre impuissance , et laisser nos interlocuteurs prendre seuls leur destins en main , si telle est leur destinée et s’ils en acceptent les conséquences. Je suis convaincu qu’il est important lorsque que l’on assume des mandats politiques ou des responsabilités de gouvernement d’avoir toujours à l’esprit cette réflexion du philosophe et théologien Paul Ricoeur selon laquelle « nous ne sommes libres pour et avec autrui que  dans des institutions justes »

 

Je me garderais  donc de donner d’autres conseils .  Comme l’écrit Fiston Mwanza Mujila  – dont le livre  «  Le fleuve dans le ventre » m’accompagne depuis des mois-,   « le fleuve Congo n’entérinera pas de sitôt son troisième âge. Quoi qu’il arrive , quoi  qu’il adviendra, il demeure et demeurera beau, flexible, rageur et provocant » telle les générations futures , les enfants de ce pays et du monde entier, traversant nos nuits et nous menant de  l’océan des rêves  à l’accomplissement de leurs espérances

 

Je vous invite , à lever votre verre au bonheur, à la prospérité et à l’harmonie de la République démocratique du Congo et de la nation congolaise , au bonheur, à la prospérité  et à l’harmonie du Royaume de Belgique . Je lève aussi mon verre à la santé de S.E Le Président Joseph Kabila Kabange et à la santé de LL MM le Roi et la Reine

Je vous remercie.