L’agriculture n’a jamais été une priorité

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         La Rd Congo est un pays de contrastes. Il a un sous-sol très riche en ressources minières : pétrole, diamant, cuivre, cobalt, or, coltan…mais la grande partie de sa population vit misérablement. Son sol est fertile sur l’ensemble de son territoire. Des plantes, des arbres poussent, même dans des endroits réputés inhospitaliers, sans nécessiter l’utilisation d’engrais chimiques comme dans plusieurs pays européens, asiatiques et mêmes africains. Doit-on se le cacher ? Nombre d’observateurs qualifient les Rdcongolais de peuple paresseux et racontent mille et une histoires sur leur compte, particulièrement concernant le jour de la création où le Suprême créateur, après avoir doté notre pays de toutes ces richesses, a provoqué la jalousie des pays limitrophes. Pour les rassurer, il leur a dit qu’ils allaient aussi s’en servir à cause de l’immaturité dont feront montre les rdcongolais ; du manque de patriotisme de leurs dirigeants ; de la paresse intellectuelle de la population et de leur manque d’amour les uns pour les autres.
 
          Ces histoires qui se racontent à la cité incitent à réfléchir sur la famine qui frappe actuellement notre pays. Aucune de nos onze provinces ne peut prétendre se suffire sur le plan alimentaire. La capitale, les chefs-lieux des provinces, des districts ou des territoires sont frappés indistinctement par la faim alors qu’à quelques kilomètres de là, certains aliments pourrissent par manque des voies d’évacuation vers les centres de consommation. Les routes de desserte agricole ne sont pas entretenues. Impossible de transporter d’énormes charges sur le dos d’animaux ou sur des vélos. Le paysan qui aurait fait une bonne récolte et la verrait périr par manque de route pour l’écoulement, d’infrastructure de stockage pour la conservation, sera porté au découragement pour la saison prochaine.
          Dans certaines provinces, jadis greniers  agricoles, telles que la Province Orientale, le Katanga, le Grand Kivu ou les deux Kasaï, l’activité agricole a été abandonnée au profit de l’exploitation artisanale des minerais : diamants, or, cobalt, cuivre, coltan, etc. Aussi longtemps que ces exploitations artisanales rapportaient quelques profits pour leurs auteurs et pour les autorités en place, personne n’a osé les stopper. Pour la Province Orientale et le Grand Kivu, il faut ajouter une autre donne que sont les nombreux conflits qui ravagent constamment ces provinces et provoquent des tueries, des violations de Droits de l’homme et un déplacement quasi permanent de la population. Ces mouvements ont un impact négatif à long terme sur l’agriculture.
 
Agriculture ‘priorité de priorité’ à la télévision et non sur le terrain ou dans le Budget national
 
          Toutefois, le gouvernement – à travers son ministère de l’Agriculture et celui du Développement rural – doit être considéré comme le principal responsable de la régression de l’agriculture et du monde rural dans notre pays. Ce secteur n’est priorité de priorité que dans les discours des détenteurs du pouvoir politique. Qui ignore que le gouvernant congolais est amoureux de son image autant à la télévision que dans la presse écrite ou en ligne ? Surtout pour clamer que l’agriculture est et reste « priorité des priorité »? Tous les ministres ayant ce secteur dans leurs attributions n’ont pas dérogé à cette règle. La négligence du gouvernement est palpable, manifeste par le retard de développement agricole dans l’hinterland de la Ville-Province de Kinshasa et dans les provinces telles que l’Equateur, le Bas-Congo et le Bandundu où pourtant un simple appui pouvait donner une production agricole importante qui pouvait éviter la faim dans plusieurs centres urbains. Des timides programmes des partenaires bilatéraux ou multilatéraux tardent à produire des effets et pour cause : l’agriculture n’a jamais été une priorité au Congo.
          Et pourtant tous savent qu’en attribuant dans le budget national un pourcentage médiocre au secteur agricole (pourcentage qui n’est même pas exécuté) ; en négligeant la formation, la politique des intrants agricoles et l’encadrement des paysans et en banalisant les conditions sociales des travailleurs et paysans de ce secteur, ils ne peuvent prétendre  faire de l’agriculture une « priorité des priorités ». Les chercheurs en agronomie ont dénoncé plusieurs fois le manque d’une politique agricole cohérente dans notre pays. Chaque titulaire des ministères de l’Agriculture et du Développement rural vient avec une nouvelle approche du développement agricole, selon ses propres visions et intérêts, à tel point que même la Cellule technique de réforme du secteur agricole, animée conjointement par les experts de la Coopération belge et du gouvernement congolais a eu du mal à imposer une approche commune pour tout le pays à travers le Conseil agricole et de gestion (CAG).
 
 
SAKAZ
 

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