L’Afrique en quête des initiatives pour valoriser ses génies

0
76

Longtemps caricaturée comme une terre inconnue avec des savanes où des fauves sont des rois, des fleuves et des lacs poissonneux où des crocodiles s’attaquent aux hommes et aux animaux domestiques, l’Afrique, terre fertile aux conflits armés et aux dictatures sanguinaires, où des épidémies jadis éradiquées resurgissent en faisant des ravages, est en train de se métamorphoser.

Assiste-t-on à une sorte de prise de conscience collective au sein de son élite intellectuelle pour la transformation qualitative du continent ? Telle est la question que l’on peut se poser aujourd’hui.

A voir les travaux de recherche de grande facture, publiés depuis quelques temps, par des chercheurs, avec des moyens de bord, l’on croit savoir qu’au lieu de sombrer dans l’anonymat, de se laisser emporter par les vagues de l’oubli et de l’indifférence, quelques chercheurs à compter sur les bouts de doigts ont pris la résolution de forger leur destin et de bâtir l’avenir de l’Afrique.

Le cas de Bob Bobutaka Bateko, docteur en sciences de l’information et de la communication, professeur à l’Université de Kinshasa et à l’Institut supérieur de la statistique, est révélateur de cette prise de conscience qui a rongé plus d’un, au sein de l’enseignement supérieur et universitaire de notre pays.

L’année passée, ce chercheur s’est distingué en publiant coup sur coups trois ouvrages scientifiques dont l’interpellation des historiens suscite émulation et remise en cause des idées reçues. Le premier intitulé « RD Congo – Belgique : Archives, bibliothèque et bibliographie »a paru en 2013, aux Editions universitaires
européennes, à Saarbrücken en Allemagne.

Datant de 2014, le deuxième ouvrage porte sur « Archivologie, bibliologie et communicologie : approche épistémologique ». Il éclaire d’un jour nouveau les trois disciplines des sciences de l’information et de la communication sous le regard d’un spécialiste pointilleux et orgueilleux de son savoir.

Et comme s’il tenait à marquer la codification progressive de ces sciences que nous découvrons grâce à ses travaux de recherche, Docteur Bob Bobutaka est revenu à la charge avec : «  Archivistique, bibliothéconomie, documentation et légistique : disciplines de la bibliologie », paru aux éditions L’Harmattan en 2015. Dans cet
ouvrage, il dévoile les liens étroits existants entre ces quatre disciplines.

Avec une détermination de soldat qui va au front avec la volonté de gagner, quelques professeurs en RDC et en Afrique, ont choisi de se jeter à l’eau, de bousculer des pesanteurs et d’éradiquer la routine.

En effet, au-delà de leur mission traditionnelle de la transmission du savoir, ils sacrifient leur temps de loisir en se livrant à la recherche, confrontant leurs connaissances aux découvertes récentes de leurs contemporains de la planète. Quelques sujets scientifiques sont abordés, de nouvelles pistes de recherche explorées et des aspects
inexplorés, défrichés.  Et comme qui dit recherche, dit publication, la recherche comme la publication sont confrontées à la carence de financements.

A l’Université de Kinshasa, seule la faculté de droit vient en tête avec la série de publications de ses professeurs et de ses chercheurs, suivie par la faculté de l’économie et celle des sciences sociales de l’éducation.

Le niveau relativement bas de la production scientifique en RDC, serait imputable à l’absence d’une politique nationale de soutien à la recherche scientifique. Sans financement, les chercheurs sont bloqués, leurs travaux moisissent dans des tiroirs. Sans publication, donc sans divulgation de nouvelles découvertes scientifiques, personne ne saura ce qui est réalisé dans notre pays. C’est comme cela que beaucoup de travaux de recherche de grande facture n’ont connu aucune publication, et leurs auteurs ont sombré dans l’oubli de la nation, sans avoir bénéficié quelque honneur de leurs congénères et du pays.

L’heure est donc venue où l’Afrique sera présente au rendez-vous du donner et du recevoir scientifique, présentant ses élites et brandissant leurs travaux de recherche. Ce ne seront plus seulement des œuvres musicales congolaises qui seraient fredonnées au-delà de nos frontières, mais des découvertes scientifiques et des innovations technologiques rangées dans de grandes bibliothèques du monde qui feraient réfléchir d’autres experts de plus grands centres de recherche du monde.

En tous cas, il est temps de primer ces travaux, afin de déceler parmi les lauréats congolais qui rivalisent de génies comme des Einstein, des Lavoisier, des Newton, des Pythagore, des Marie Curie et des Leonardo da Vinci, pour ne citer que ceux-là.

J.R.T.